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samedi 4 janvier 2020


GRETA 
Greta Thunberg est devenue la conscience environnementale du monde et la voix d'une génération exaspérée par l'inaction de ses dirigeants. Elle a aussi été couronnée en décembre plus jeune "personnalité de l'année" du magazine américain Time.
Tout commence en août 2018 lorsque la Suédoise de 16 ans entreprend de faire la "grève de l'école pour le climat". Armée d'une pancarte en carton, elle attire rapidement l'attention des médias suédois, puis internationaux. En quelques mois, la jeune fille atteinte du syndrome d'Asperger s'impose comme la pasionaria de la planète bleue.

2. LES ETUDIANTS DE HONG KONG

 Ex-colonie britannique, Hongkong traverse sa crise la plus grave depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Les manifestations sont nées du rejet d’un projet de loi, désormais abandonné, qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Avec leurs vêtements noirs, leurs masques à gaz et leurs cocktails Molotov, les étudiants de Hong Kong ont remisé leur image d'élèves modèles pour devenir des symboles de la lutte pour la démocratie.

3. MORT DE BAGDADI, CHEF DE L'ETAT ISLAMIQUE


 Le 26 octobre, Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’État islamique (EI) s’est fait exploser lors d’un raid américain en Syrie, puis a été immergé en mer. Juste après, Daech a désigné son nouveau dirigeant: Abou Ibrahim Al-Hachimi Al-Qourachi. Le nouveau chef reste pour l’heure un personnage mystérieux. D’après le haut responsable américain, cet homme est actuellement un «parfait inconnu». Personne ne sait non plus si Abou Ibrahim al-Hachemi al-Qourachi a déjà été, comme son prédécesseur, détenu par les forces américaines. Depuis qu’il s’était autoproclamé, en 2014, «calife» d’un territoire à cheval entre l’Irak et la Syrie, qui a compté jusqu’à sept millions d’habitants, Baghdadi était devenu l’homme le plus recherché du monde. Depuis sa mort, les attentats se sont multipliés dans le nord de la Syrie et en Afrique.

4. JEAN GUAIDO: LE DUEL DE USA-RUSSIE EN AMERIQUE LATINE
Guaido à gauche et  Maduro à droite (google)

Ce grand brun au large sourire, ingénieur industriel de formation et soutenu par les Etats-Unis et une cinquantaine de pays, dit avoir "tout essayé" pour pousser Nicolas Maduro vers la sortie, soutenu par la Chine, la Russie, l'Iran et Cuba, alors que le pays traverse une profonde crise économique qui a fait fuir 3,6 millions de Vénézuéliens depuis début 2016.
Le 23 février, il a tenté en vain de faire traverser la frontière colombienne à des convois de vivres et de médicaments, en appelant les militaires, principaux soutiens du gouvernement de Nicolas Maduro, à se ranger derrière lui.
Le 30 avril, il a lancé le soulèvement d'un groupe de militaires avec son mentor, l'opposant Leopoldo Lopez, jusque-là assigné à résidence et qui s'est depuis réfugié dans la résidence de l'ambassadeur d'Espagne. La tentative s'est soldée par un nouvel échec.

5. OMAR EL BECHIR: CHASSE DU POUVOIR A CAUSE DU PAIN
 L’ex-président soudanais renversé par la rue, après vingt-six ans au pouvoir lors des mois de manifestations, déclenchées le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain avant de se transformer en contestation du régime autoritaire d’Omar el-Béchir. Réprimée dans le sang, plus de 250 personnes y ont trouvé la mort, dont 127 lors de la dispersion brutale d’un sit-in devant le QG de l’armée à Khartoum le 3 juin.

6 INCENDIE DE NOTRE DAME DE PARIS: 
 Cette charpente magnifique, – qui était d’origine, une rareté en France et en Europe –, on l’appelait «la forêt» tant elle était vaste et grandiose. Elle avait requis les efforts de milliers d’ouvriers, pendant des siècles. Le bois de chêne avait demandé un travail inouï pour prendre place sur les toitures. Et cette charpente d’exception, comme un navire immense, avait traversé les siècles jusqu’à nous. Quoi que l’on dise, ce savoir-faire si extraordinaire, cet élan collectif a irrémédiablement disparu en quelques heures. 

7. RETRAT DE LA CAN A UN PAYS ORGANISATEUR
 Yaoundé s’est vu retirer l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations de football 2019. La CAF met en avant de graves retards dans la construction des infrastructures et dit assumer son choix. 

8. UN TUBE DE LIL NAS X QUI FAIT CARTON EN MELANGEANT COUNTRY ET RAP




9. ZOZIBINI TUNZI, SUD AFRICAINE ELUE MISS UNIVERS
Crédit Google


Silhouette longiligne, cheveux très courts au naturel, et grand sourire, Zozibini Tunzi a marqué l’édition 2019 de Miss Univers par son style original, et son discours final. « J’ai grandi dans un monde où une femme comme moi, avec mon type de peau et mon type de cheveux, n'a jamais été considérée comme étant belle », s’est-elle confiée, espérant que sa victoire permette de changer ces critères de beauté.
Sa prestation lui a permis de ravir la couronne à plus de 90 candidates, et de battre notamment les deux autres finalistes, Miss Porto Rico et Miss Mexique.

10. LA COTE D'IVOIRE PERD ARAFAT
 
Selon les autorités ivoiriennes, tout aurait été mis en œuvre pour sauver l’artiste. Mais c’était trop grave : « L’artiste serait arrivé à la polyclinique des Deux-Plateaux dans un état presque désespéré. Et il aurait finalement succombé à ses blessures vers 1heure du matin », indique le média ivoirien Abidjanshow.
Sa tombe sera profanée plus tard lors de ses obsèques par des fans en furie.

2019: De l'ombre à la Lumière, FLASHBACK


GRETA 
Greta Thunberg est devenue la conscience environnementale du monde et la voix d'une génération exaspérée par l'inaction de ses dirigeants. Elle a aussi été couronnée en décembre plus jeune "personnalité de l'année" du magazine américain Time.
Tout commence en août 2018 lorsque la Suédoise de 16 ans entreprend de faire la "grève de l'école pour le climat". Armée d'une pancarte en carton, elle attire rapidement l'attention des médias suédois, puis internationaux. En quelques mois, la jeune fille atteinte du syndrome d'Asperger s'impose comme la pasionaria de la planète bleue.

2. LES ETUDIANTS DE HONG KONG

 Ex-colonie britannique, Hongkong traverse sa crise la plus grave depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Les manifestations sont nées du rejet d’un projet de loi, désormais abandonné, qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Avec leurs vêtements noirs, leurs masques à gaz et leurs cocktails Molotov, les étudiants de Hong Kong ont remisé leur image d'élèves modèles pour devenir des symboles de la lutte pour la démocratie.

3. MORT DE BAGDADI, CHEF DE L'ETAT ISLAMIQUE


 Le 26 octobre, Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’État islamique (EI) s’est fait exploser lors d’un raid américain en Syrie, puis a été immergé en mer. Juste après, Daech a désigné son nouveau dirigeant: Abou Ibrahim Al-Hachimi Al-Qourachi. Le nouveau chef reste pour l’heure un personnage mystérieux. D’après le haut responsable américain, cet homme est actuellement un «parfait inconnu». Personne ne sait non plus si Abou Ibrahim al-Hachemi al-Qourachi a déjà été, comme son prédécesseur, détenu par les forces américaines. Depuis qu’il s’était autoproclamé, en 2014, «calife» d’un territoire à cheval entre l’Irak et la Syrie, qui a compté jusqu’à sept millions d’habitants, Baghdadi était devenu l’homme le plus recherché du monde. Depuis sa mort, les attentats se sont multipliés dans le nord de la Syrie et en Afrique.

4. JEAN GUAIDO: LE DUEL DE USA-RUSSIE EN AMERIQUE LATINE
Guaido à gauche et  Maduro à droite (google)

Ce grand brun au large sourire, ingénieur industriel de formation et soutenu par les Etats-Unis et une cinquantaine de pays, dit avoir "tout essayé" pour pousser Nicolas Maduro vers la sortie, soutenu par la Chine, la Russie, l'Iran et Cuba, alors que le pays traverse une profonde crise économique qui a fait fuir 3,6 millions de Vénézuéliens depuis début 2016.
Le 23 février, il a tenté en vain de faire traverser la frontière colombienne à des convois de vivres et de médicaments, en appelant les militaires, principaux soutiens du gouvernement de Nicolas Maduro, à se ranger derrière lui.
Le 30 avril, il a lancé le soulèvement d'un groupe de militaires avec son mentor, l'opposant Leopoldo Lopez, jusque-là assigné à résidence et qui s'est depuis réfugié dans la résidence de l'ambassadeur d'Espagne. La tentative s'est soldée par un nouvel échec.

5. OMAR EL BECHIR: CHASSE DU POUVOIR A CAUSE DU PAIN
 L’ex-président soudanais renversé par la rue, après vingt-six ans au pouvoir lors des mois de manifestations, déclenchées le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain avant de se transformer en contestation du régime autoritaire d’Omar el-Béchir. Réprimée dans le sang, plus de 250 personnes y ont trouvé la mort, dont 127 lors de la dispersion brutale d’un sit-in devant le QG de l’armée à Khartoum le 3 juin.

6 INCENDIE DE NOTRE DAME DE PARIS: 
 Cette charpente magnifique, – qui était d’origine, une rareté en France et en Europe –, on l’appelait «la forêt» tant elle était vaste et grandiose. Elle avait requis les efforts de milliers d’ouvriers, pendant des siècles. Le bois de chêne avait demandé un travail inouï pour prendre place sur les toitures. Et cette charpente d’exception, comme un navire immense, avait traversé les siècles jusqu’à nous. Quoi que l’on dise, ce savoir-faire si extraordinaire, cet élan collectif a irrémédiablement disparu en quelques heures. 

7. RETRAT DE LA CAN A UN PAYS ORGANISATEUR
 Yaoundé s’est vu retirer l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations de football 2019. La CAF met en avant de graves retards dans la construction des infrastructures et dit assumer son choix. 

8. UN TUBE DE LIL NAS X QUI FAIT CARTON EN MELANGEANT COUNTRY ET RAP




9. ZOZIBINI TUNZI, SUD AFRICAINE ELUE MISS UNIVERS
Crédit Google


Silhouette longiligne, cheveux très courts au naturel, et grand sourire, Zozibini Tunzi a marqué l’édition 2019 de Miss Univers par son style original, et son discours final. « J’ai grandi dans un monde où une femme comme moi, avec mon type de peau et mon type de cheveux, n'a jamais été considérée comme étant belle », s’est-elle confiée, espérant que sa victoire permette de changer ces critères de beauté.
Sa prestation lui a permis de ravir la couronne à plus de 90 candidates, et de battre notamment les deux autres finalistes, Miss Porto Rico et Miss Mexique.

10. LA COTE D'IVOIRE PERD ARAFAT
 
Selon les autorités ivoiriennes, tout aurait été mis en œuvre pour sauver l’artiste. Mais c’était trop grave : « L’artiste serait arrivé à la polyclinique des Deux-Plateaux dans un état presque désespéré. Et il aurait finalement succombé à ses blessures vers 1heure du matin », indique le média ivoirien Abidjanshow.
Sa tombe sera profanée plus tard lors de ses obsèques par des fans en furie.

Posté samedi 4 janvier 2020 à 21:01 |  par bbela

mardi 24 novembre 2015

Le président du Cameroun, Paul Biya, lors d'une visite à Paris en janvier 2013.
Le président du Cameroun, Paul Biya, lors d'une visite à Paris en janvier 2013. Crédits : PATRICK KOVARIK/AFP

Combien d’années encore Paul Biya sera-t-il président du Cameroun ? Qui pour lui succéder ? Dans ce pays d’Afrique centrale, ces questions ne divisent pas, parce que personne n’ose les poser ouvertement. Intimidations, accroissement des arrestations, nervosité évidente du pouvoir.

Début novembre, alors que les thuriféraires du régime et les militants du parti présidentiel célébraient dans un grand tapage médiatique les trente-trois ans de règne de Paul Biya, seules quelques « têtes brûlées » ont accepté d’évoquer la répression en cours et les conditions d’une alternance politique. Têtes brûlées, ou plutôt « ampoules grillées », comme se désignent eux-mêmes une poignée d’intellectuels et d’activistes issus de la société civile qui disent ainsi « ne pas craindre de court-circuit ».

« Nous assistons aux dérives d’un groupe de vieillards ayant pris le pays en otage. » Le militant Cabral Libii, par ailleurs enseignant en droit à l’Université de Yaoundé II, tient le chef de l’Etat, bientôt âgé de 83 ans, pour seul responsable de la situation délétère du Cameroun. Le pays a vu la pauvreté s’accroître fortement : un quart des 25 millions d’habitants vit désormais avec moins d’un euro par jour. « C’est la conséquence de l’usure et d’une présidence qui n’a jamais eu de cap, regrette Cabral Libii. Mais c’est surtout le signe que le système est en train de s’effondrer. »

Arrestations répétées

En ce mois de novembre, aux abords de plusieurs artères de Yaoundé, se dressent d’immenses affiches de Paul Biya le représentant jeune et triomphant dans les premières années qui ont suivi son arrivée au pouvoir, en 1982. « Aujourd’hui, son âge avancé est un signe avant-coureur de fin de règne, avance le militant Bernard Njonga, fondateur du parti Croire au Cameroun (CRAC). Ajoutez à cela des incohérences et des disputes au sein de l’appareil d’Etat. » Pour ce militant prodémocratie qui se bat depuis une vingtaine d’années, la communication qui a entouré l’anniversaire de l’accession de Paul Biya à la présidence cache mal la tournure autocratique prise par un régime qui avait pourtant promis « progrès et démocratie » à ses débuts.
 

En réalité, plus le régime de M. Biya s’éternise, moins il semble possible d’évoquer une alternance politique. La moindre velléité de contestation est aussitôt étouffée par les autorités. Des élections générales sont théoriquement prévues en 2018, mais « tenter de briser le tabou de l’après-Biya peut valoir d’être aussitôt broyé par le système », souligne Jean-Bosco Talla, initiateur de la Grande Palabre, une plate-forme de débats citoyens dont les réunions sont systématiquement interdites depuis un an.
Une réunion publique du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), un parti d’opposition créé par l’ancien ministre Maurice Kamto après sa démission en 2011, s’est finalement tenue samedi 21 novembre à Bafoussam (ouest) avec un important déploiement des forces de l’ordre après avoir été menacée d’interdiction.
Le 16 novembre, Thierry Batoum, président de l’Association pour la défense des droits des étudiants du Cameroun (Addec), le principal mouvement estudiantin du pays, est interpellé dans le campus de Yaoundé alors qu’il prépare une marche silencieuse pour protester contre l’augmentation des droits universitaires. Toujours en détention, il attend d’être jugé pour « trouble à l’ordre public et incitation à la révolte ».

Climat de suspicion et de peur

La suspicion qui règne dans tout le pays, et la peur de s’exprimer librement qu’elle entraîne, s’est accentuée depuis l’adoption, en décembre 2014, d’une loi « antiterroriste ». Cet arsenal législatif, censé contrer les exactions de la secte islamiste nigériane Boko Haram en territoire camerounais, est aussi un moyen de museler l’opposition.
La loi punit de la peine de mort « celui qui, à titre personnel, en complicité ou en co-action, commet tout acte ou menace d’acte susceptible de causer la mort (…), de perturber le fonctionnement normal des services publics (…), de créer une situation de crise au sein des populations (…), de créer une insurrection générale dans le pays ». Les autorités peuvent interpréter à leur guise cette disposition et donc assimiler à des actes de terrorisme tout regroupement public, même pacifique. Les étudiants qui manifestaient contre l’augmentation des frais universitaires ont ainsi été interpellés au nom de cette loi « antiterroriste ».
A la mi-septembre, neuf personnes ont été arrêtées au motif d’une réunion publique non déclarée. Il s’agissait d’un colloque initié par un collectif d’ONG sur le thème de la gouvernance électorale et de l’alternance démocratique. Les organisateurs sont poursuivis pour « désobéissance aux autorités administratives et policières et rébellion ».

Issa Tchiroma, le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, estime cependant que les libertés sont parfaitement garanties. « Le Cameroun respecte la liberté d’expression tant que la loi est respectée », tranche sans rire ce ministre de 68 ans entré au gouvernement en 1992. « Nous sommes un Etat de droit », ajoute M. Tchiroma qui fait partie, malgré son âge, des plus jeunes de la caste au pouvoir dont la moyenne d’âge est de 77 ans, d’après un calcul effectué en 2014 par Libre Afrique.

Le président Paul Biya n’a encore rien laissé transparaître de ses intentions quant à une candidature à un septième mandat de sept années. Mais, depuis la modification constitutionnelle de 2009, rien ne l’en empêche. Et le Code électoral, taillé sur mesure, lui garantit la victoire. Conséquence, la résignation est générale. « La vérité, regrette Cabral Libii, c’est qu’on en est à attendre que le système se désagrège tout seul. »

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/11/24/au-cameroun-poser-la-question-de-l-apres-biya-c-est-risquer-la-prison_4816190_3212.html

Le Journal [Le Monde] rebelotte: Au #Cameroun, poser la question de l’après-Biya, c’est risquer la prison

Le président du Cameroun, Paul Biya, lors d'une visite à Paris en janvier 2013.
Le président du Cameroun, Paul Biya, lors d'une visite à Paris en janvier 2013. Crédits : PATRICK KOVARIK/AFP

Combien d’années encore Paul Biya sera-t-il président du Cameroun ? Qui pour lui succéder ? Dans ce pays d’Afrique centrale, ces questions ne divisent pas, parce que personne n’ose les poser ouvertement. Intimidations, accroissement des arrestations, nervosité évidente du pouvoir.

Début novembre, alors que les thuriféraires du régime et les militants du parti présidentiel célébraient dans un grand tapage médiatique les trente-trois ans de règne de Paul Biya, seules quelques « têtes brûlées » ont accepté d’évoquer la répression en cours et les conditions d’une alternance politique. Têtes brûlées, ou plutôt « ampoules grillées », comme se désignent eux-mêmes une poignée d’intellectuels et d’activistes issus de la société civile qui disent ainsi « ne pas craindre de court-circuit ».

« Nous assistons aux dérives d’un groupe de vieillards ayant pris le pays en otage. » Le militant Cabral Libii, par ailleurs enseignant en droit à l’Université de Yaoundé II, tient le chef de l’Etat, bientôt âgé de 83 ans, pour seul responsable de la situation délétère du Cameroun. Le pays a vu la pauvreté s’accroître fortement : un quart des 25 millions d’habitants vit désormais avec moins d’un euro par jour. « C’est la conséquence de l’usure et d’une présidence qui n’a jamais eu de cap, regrette Cabral Libii. Mais c’est surtout le signe que le système est en train de s’effondrer. »

Arrestations répétées

En ce mois de novembre, aux abords de plusieurs artères de Yaoundé, se dressent d’immenses affiches de Paul Biya le représentant jeune et triomphant dans les premières années qui ont suivi son arrivée au pouvoir, en 1982. « Aujourd’hui, son âge avancé est un signe avant-coureur de fin de règne, avance le militant Bernard Njonga, fondateur du parti Croire au Cameroun (CRAC). Ajoutez à cela des incohérences et des disputes au sein de l’appareil d’Etat. » Pour ce militant prodémocratie qui se bat depuis une vingtaine d’années, la communication qui a entouré l’anniversaire de l’accession de Paul Biya à la présidence cache mal la tournure autocratique prise par un régime qui avait pourtant promis « progrès et démocratie » à ses débuts.
 

En réalité, plus le régime de M. Biya s’éternise, moins il semble possible d’évoquer une alternance politique. La moindre velléité de contestation est aussitôt étouffée par les autorités. Des élections générales sont théoriquement prévues en 2018, mais « tenter de briser le tabou de l’après-Biya peut valoir d’être aussitôt broyé par le système », souligne Jean-Bosco Talla, initiateur de la Grande Palabre, une plate-forme de débats citoyens dont les réunions sont systématiquement interdites depuis un an.
Une réunion publique du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), un parti d’opposition créé par l’ancien ministre Maurice Kamto après sa démission en 2011, s’est finalement tenue samedi 21 novembre à Bafoussam (ouest) avec un important déploiement des forces de l’ordre après avoir été menacée d’interdiction.
Le 16 novembre, Thierry Batoum, président de l’Association pour la défense des droits des étudiants du Cameroun (Addec), le principal mouvement estudiantin du pays, est interpellé dans le campus de Yaoundé alors qu’il prépare une marche silencieuse pour protester contre l’augmentation des droits universitaires. Toujours en détention, il attend d’être jugé pour « trouble à l’ordre public et incitation à la révolte ».

Climat de suspicion et de peur

La suspicion qui règne dans tout le pays, et la peur de s’exprimer librement qu’elle entraîne, s’est accentuée depuis l’adoption, en décembre 2014, d’une loi « antiterroriste ». Cet arsenal législatif, censé contrer les exactions de la secte islamiste nigériane Boko Haram en territoire camerounais, est aussi un moyen de museler l’opposition.
La loi punit de la peine de mort « celui qui, à titre personnel, en complicité ou en co-action, commet tout acte ou menace d’acte susceptible de causer la mort (…), de perturber le fonctionnement normal des services publics (…), de créer une situation de crise au sein des populations (…), de créer une insurrection générale dans le pays ». Les autorités peuvent interpréter à leur guise cette disposition et donc assimiler à des actes de terrorisme tout regroupement public, même pacifique. Les étudiants qui manifestaient contre l’augmentation des frais universitaires ont ainsi été interpellés au nom de cette loi « antiterroriste ».
A la mi-septembre, neuf personnes ont été arrêtées au motif d’une réunion publique non déclarée. Il s’agissait d’un colloque initié par un collectif d’ONG sur le thème de la gouvernance électorale et de l’alternance démocratique. Les organisateurs sont poursuivis pour « désobéissance aux autorités administratives et policières et rébellion ».

Issa Tchiroma, le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, estime cependant que les libertés sont parfaitement garanties. « Le Cameroun respecte la liberté d’expression tant que la loi est respectée », tranche sans rire ce ministre de 68 ans entré au gouvernement en 1992. « Nous sommes un Etat de droit », ajoute M. Tchiroma qui fait partie, malgré son âge, des plus jeunes de la caste au pouvoir dont la moyenne d’âge est de 77 ans, d’après un calcul effectué en 2014 par Libre Afrique.

Le président Paul Biya n’a encore rien laissé transparaître de ses intentions quant à une candidature à un septième mandat de sept années. Mais, depuis la modification constitutionnelle de 2009, rien ne l’en empêche. Et le Code électoral, taillé sur mesure, lui garantit la victoire. Conséquence, la résignation est générale. « La vérité, regrette Cabral Libii, c’est qu’on en est à attendre que le système se désagrège tout seul. »

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/11/24/au-cameroun-poser-la-question-de-l-apres-biya-c-est-risquer-la-prison_4816190_3212.html

Posté mardi 24 novembre 2015 à 20:47 |  par bbela

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