Actualité de la semaine

Translate

Affichage des articles dont le libellé est Interview. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Interview. Afficher tous les articles

mardi 26 décembre 2017

Selon l'historien américain Walter Scheidel, l'Histoire montrerait que la réduction des inégalités se produit au travers d'événements violents (effondrement de l'Etat, épidémie, luttes sociales et révolutions) car "la démocratie ne garantit pas l'égalité des conditions."

Atlantico : Selon l'historien américain Walter Scheidel (The Great Leveller - la violence et l'histoire des inégalités - 2017) l'histoire humaine révélerait que la réduction des inégalités se produit au travers d'événements violents : effondrement de l'Etat, épidémie, luttes sociales et révolution. Ceci tout en indiquant que "la démocratie ne garantit pas l'égalité des conditions." Alors que les inégalités n'ont eu de cesse de s'accroître depuis le début des années 80, comment imaginer un processus politique permettant de contourner cette fatalité d'un creusement irrépressible des inégalités ?

Comment ce processus prend il forme actuellement au sein des démocraties occidentales ? 

Edouard Husson : Les Etats-Unis sont l'un des pays du monde où les écarts de revenus ont le plus progressé depuis une quarantaine d'années. Mais c'est aussi le pays qui s'interroge le plus franchement sur le phénomène. Lors des dernières élections  présidentielles, Bernie Sanders et Donald Trump ont dénoncé, chacun selon son style, les inégalités croissantes.  Avoir nettement écarté Sanders des primaires par la fraude, a empêché Hillary Clinton de voir le piège que lui tendait Trump: il est devenu le candidat des perdants de l'inégalité croissante contre une Clinton qui apparaissait, à tort ou à raison, comme la candidate de Wall Street. Si Hillary Clinton, qui ne pouvait pas perdre les primaires, avait eu l'intelligence de laisser Sanders atteindre son vrai score, elle aurait dû, pour l'emporter sur lui, s'adresser aux classes moyennes inquiètes; elle aurait donc chassé sur les mêmes terres que Trump. Et aurait sans doute empêché la victoire de ce dernier. Je développe ce scénario de politique-fiction car je ne vois pas ce qui justifie la thèse de Scheidel. Dans la Grande-Bretagne du XIXè siècle, il n'y a pas besoin de guerre, internationale ou civile, pour qu'un Benjamin Disraëli fasse mentir Marx et fasse du parti conservateur l'allié de la classe ouvrière. Si Scheidel avait raison, Jaurès aurait été bien stupide de ne pas souhaiter la Première Guerre mondiale. Mais Jaurès était un coeur noble et il croyait à la victoire du socialisme par la paix et la démocratie; Léon Blum et Willy Brandt lui ont donné raison. Tandis que Lénine, être de ressentiment, se réjouit de la guerre internationale puis fait de la guerre civile russe le tremplin de sa carrière de meurtrier de masse; l'abominable Vladimir Illitch Oulianov a engendré Staline, Mao, Pol Pot et la dynastie des despotes nords-coréens. 

Le génie du christianisme, comme aurait dit Chateaubriand, tient à ce qu'il propose une révolution de la non-violence. Dès les premières pages de l'Evangile de Luc, dans le célèbre hymne du Magnificat, la mère du Christ chante le triomphe d'un Dieu d'amour qui « renverse les puissants de leurs trônes », et « renvoie les riches les mains vides » sans jamais exercer de violence. Le meilleur de la civilisation occidentale est venu boire à cette source. C'est Geneviève et Léon le Grand faisant plier Attila; Charles-Quint abdiquant lorsqu'il voit qu'il ne vaincra jamais le protestantisme par la violence; c'est la « Sainte Alliance » se réconciliant avec la France napoléonienne vaincue etc....Le meilleur de la politique moderne est imprégné du choix chrétien de la non-violence. La fin de la Guerre froide est d'ailleurs l'oeuvre commune de trois chrétiens (Reagan, Margaret Thatcher et Jean-Paul II) et d'un léniniste repenti (Gorbatchev). Choisir la violence pour mettre fin à des inégalités sociales ou des situations d'oppression est un choix - le plus mauvais même s'il est le plus fréquent dans l'histoire. Aujourd'hui, pour sortir des inégalités croissantes, on voit bien que s'affrontent tentation de violence, à commencer par l'islamisme, et aspiration démocratique - à commencer par le conservatisme qui vient remettre en cause la bonne conscience libérale de l'oligarchie. 

Comment expliquer cette poursuite du processus inégalitaires jusqu'au surgissement de crises violentes ? ​Faut-il voir un aveuglement des élites face à la conditions des autres couches de la société ou une conséquence d'une pensée réellement inégalitaire, laissant supposer que "chacun est à sa place"' ?

L'un des plus grands penseurs français de la seconde moitié du XXè siècle, René Girard, a proposé une extraordinaire théorie du désir: il est selon lui mimétique. Ce soir, habitant repu d'une grande capitale européenne, je n'avais pas spécialement faim. Mais j'ai vu en terrasse d'un restaurant des convives qui mangeaient des huitres; et je suis entré commander des huîtres à mon tour. J'avais assez d'appérit pour en manger une douzaine. Mais mes voisins de table en recommandaient et j'ai fait de même; je n'avais plus faim mais je ne voulais pas en commander moins qu'eux etc....Nous imitons toujours les désirs des autres, dit Girard.

Et les autres imitent nos désirs. Il s'agit d'un mécanisme sans fin qui amène les hommes soit à se disputer pour les mêmes objets soit, au fur et à mesure que la violence mimétique s'emballe, à se battre entre eux en ayant oublié l'objet de leur violence. Girard se rapproche de la thèse de Hobbes, « L'homme est un loup pour l'homme », mais, à la différence du théoricien anglais, ce qui l'intéresse c'est le moment qui sépare le pic de la violence (mimétique) de l'instauration d'un pouvoir pacificateur - moment faussement évident chez Hobbes. Au sommet de la guerre de tous contre tous se produit, pense Girard, une polarisation soudaine, contre un individu unique, le bouc émissaire, que le reste de la communauté rend responsable de la violence collective. Le groupe, redevenu unanime, se réconcilie devant le cadavre de l'être prétendument abject, rendu responsable de la violence....puis du retour de la paix. Le bouc émissaire, de démon devient dieu. C'est l'origine de la religion, nous dit l'anthropologue français. Il n'est pas possible de retracer toute la démonstration; que le lecteur veuille bien me croire si j'affirme que Girard propose une explication convaincante de la construction/reconstruction de la société selon un ordre suggéré par le bouc émissaire devenu dieu. Avant le meurtre fondateur, il y avait une violence croissante, devenue soudain universelle et incontrôlée; après le meurtre et la divinisation du bouc émissaire, s'instaure un ordre social: il peut impliquer des inégalités de revenus mais elles sont jugées légitimes, au moins un temps. Il existe un « monopole de la violence légitime », pour parler comme Max Weber: Girard l'observe du sacrificateur des sociétés anciennes à l'Etat moderne. Si l'on suit Girard, on fait éclater tous les schémas idéologiques, qu'ils soient religieux ou politiques, qui voudraient faire croire qu'il existe une violence légitime contre des ennemis de l'ordre social. Nous sommes tous frères en humanité et co-responsables de la violence sociale. Imprégné de la pensée de Saint Augustin, ce n'est pas un hasard si Girard rejoint la non-violence de l'Evangile: le pauvre ou l'exclu peuvent être regardés avec compassion par un Dieu qui est amour; mais, précisément, rien ne justifierait qu'ils usent de la violence contre le riche ou le puissant car ils entreraient alors dans le cercle vicieux de la violence mimétique. 

L'auteur indique que la période des 30 glorieuses, plus égalitaire, doit beaucoup, en termes de réformes "d'égalisation" à la guerre elle même, sa menace ayant été un puissant catalyseur permettant la mise en place de ces réformes. Cette vision de la France de 1945 à 1980 est-elle correcte ? Quelles ont été les forces à l'oeuvre ayant provoqué le démantèlement de ce consensus d'après guerre ?

La société de la Belle Epoque, juste avant 1914, est d'un côté prospère, libre et rend heureux bien des individus. Evidemment, elle contient sa part d'inégalités, de fortunes accumulées, de bonne conscience bourgeoise. Mais le libéralisme et le radicalisme républicain sont combattus par le catholicisme social et le socialisme démocratique. L'avènement d'une « isocratie », d'une démocratie redistributrice, était possible. Pourtant, les Européens ont préféré la guerre. Le gouvernement français républicain se laisse aller à la haine de l'Autriche catholique; le gouvernement wilhelmien est devenu paranoïaque au point d'interpréter toute initiative politique russe comme dirigée contre l'Allemagne.

Et le coeur désséché de Lénine s'enflamme à l'idée d'une grande convulsion sociale. Alors, oui, évidemment, le Moloch de la guerre est le grand égalisateur entre les hommes - encore que les plus riches sont dispensés de combattre

 - puis suivent non seulement l'hydre de l'inflation mais l'avènement de nouveaux régimes, autoritaires et militaristes. Là où la thèse de Scheidel ne tient pas, c'est que, fasciné par un certain nivellempnt des fortunes dans les sociétés occidentales en 1920 ou en 1950, il ne veut pas voir que la guerre, internationale ou civile, prduit certaines des inégalités les plus monstrueuses de l'histoire: l'Europe nazie se construit sur la mise en esclavage de dizaine de millions d'individus; la société soviétique est dirigée par une nomenklatura de plus en plus détachée du peuple. Alors oui, le libéralisme n'échappe pas plus que le fascisme ou le communisme à la différenciation entre les individus. Après la génération des reconstructeurs frugaux (« les trente glorieuses ») est venue celle de 1968, rongée par le désir mimétique; elle a sécrété d'immenses inégalités de fortunes; mais aussi le monde divisé entre gagnants et perdants de la conquête sexuelle qui fait la substance des romans de Houellebecq. Si Houellebecq avoue être fasciné par le renouveau catholique, c'est sans doute qu'il y discerne non pas le retour d'un « ordre moral » mais d'un apaisement dans la guerre des sexes. Et si le conservatisme est de retour, partout en Occident, c'est parce que, de Disraëli à de Gaulle, la droite a souvent été la plus efficace pour réintégrer concrètement les classes défavorisées ou exploitées à la vie en société. L'Occident est traversé de deux forces émancipatrices, qui triomphent en alternance: la première est l'indvidualisme (libéral); la seconde est le conservatisme: il veut rétablir le lien, entre les individus mais aussi les classes sociales et les générations tout en acceptant le noyau du progrès; le conservatisme veut encadrer l'émancipation individuelle, pour mieux la faire aboutir et en faire profiter le plus grand nombre. Tandis que l'individualisme libéral produit des rejetons monstrueux, les totalitarismes, qui poussent la logique de l'émancipation jusqu'à la transformer en son contraire, la gauche a produit son propre conservatisme, la social-démocratie, qui refuse de voir dans la fidélité au passé un puissant allié contre l'individualisme absolu; mais, en revanche trouve une voix de réduction pacifique des inégalités sociales. 
--

Seules les guerres ou les destructions ont permis de remettre les pendules à zéro au cours de l’histoire

Selon l'historien américain Walter Scheidel, l'Histoire montrerait que la réduction des inégalités se produit au travers d'événements violents (effondrement de l'Etat, épidémie, luttes sociales et révolutions) car "la démocratie ne garantit pas l'égalité des conditions."

Atlantico : Selon l'historien américain Walter Scheidel (The Great Leveller - la violence et l'histoire des inégalités - 2017) l'histoire humaine révélerait que la réduction des inégalités se produit au travers d'événements violents : effondrement de l'Etat, épidémie, luttes sociales et révolution. Ceci tout en indiquant que "la démocratie ne garantit pas l'égalité des conditions." Alors que les inégalités n'ont eu de cesse de s'accroître depuis le début des années 80, comment imaginer un processus politique permettant de contourner cette fatalité d'un creusement irrépressible des inégalités ?

Comment ce processus prend il forme actuellement au sein des démocraties occidentales ? 

Edouard Husson : Les Etats-Unis sont l'un des pays du monde où les écarts de revenus ont le plus progressé depuis une quarantaine d'années. Mais c'est aussi le pays qui s'interroge le plus franchement sur le phénomène. Lors des dernières élections  présidentielles, Bernie Sanders et Donald Trump ont dénoncé, chacun selon son style, les inégalités croissantes.  Avoir nettement écarté Sanders des primaires par la fraude, a empêché Hillary Clinton de voir le piège que lui tendait Trump: il est devenu le candidat des perdants de l'inégalité croissante contre une Clinton qui apparaissait, à tort ou à raison, comme la candidate de Wall Street. Si Hillary Clinton, qui ne pouvait pas perdre les primaires, avait eu l'intelligence de laisser Sanders atteindre son vrai score, elle aurait dû, pour l'emporter sur lui, s'adresser aux classes moyennes inquiètes; elle aurait donc chassé sur les mêmes terres que Trump. Et aurait sans doute empêché la victoire de ce dernier. Je développe ce scénario de politique-fiction car je ne vois pas ce qui justifie la thèse de Scheidel. Dans la Grande-Bretagne du XIXè siècle, il n'y a pas besoin de guerre, internationale ou civile, pour qu'un Benjamin Disraëli fasse mentir Marx et fasse du parti conservateur l'allié de la classe ouvrière. Si Scheidel avait raison, Jaurès aurait été bien stupide de ne pas souhaiter la Première Guerre mondiale. Mais Jaurès était un coeur noble et il croyait à la victoire du socialisme par la paix et la démocratie; Léon Blum et Willy Brandt lui ont donné raison. Tandis que Lénine, être de ressentiment, se réjouit de la guerre internationale puis fait de la guerre civile russe le tremplin de sa carrière de meurtrier de masse; l'abominable Vladimir Illitch Oulianov a engendré Staline, Mao, Pol Pot et la dynastie des despotes nords-coréens. 

Le génie du christianisme, comme aurait dit Chateaubriand, tient à ce qu'il propose une révolution de la non-violence. Dès les premières pages de l'Evangile de Luc, dans le célèbre hymne du Magnificat, la mère du Christ chante le triomphe d'un Dieu d'amour qui « renverse les puissants de leurs trônes », et « renvoie les riches les mains vides » sans jamais exercer de violence. Le meilleur de la civilisation occidentale est venu boire à cette source. C'est Geneviève et Léon le Grand faisant plier Attila; Charles-Quint abdiquant lorsqu'il voit qu'il ne vaincra jamais le protestantisme par la violence; c'est la « Sainte Alliance » se réconciliant avec la France napoléonienne vaincue etc....Le meilleur de la politique moderne est imprégné du choix chrétien de la non-violence. La fin de la Guerre froide est d'ailleurs l'oeuvre commune de trois chrétiens (Reagan, Margaret Thatcher et Jean-Paul II) et d'un léniniste repenti (Gorbatchev). Choisir la violence pour mettre fin à des inégalités sociales ou des situations d'oppression est un choix - le plus mauvais même s'il est le plus fréquent dans l'histoire. Aujourd'hui, pour sortir des inégalités croissantes, on voit bien que s'affrontent tentation de violence, à commencer par l'islamisme, et aspiration démocratique - à commencer par le conservatisme qui vient remettre en cause la bonne conscience libérale de l'oligarchie. 

Comment expliquer cette poursuite du processus inégalitaires jusqu'au surgissement de crises violentes ? ​Faut-il voir un aveuglement des élites face à la conditions des autres couches de la société ou une conséquence d'une pensée réellement inégalitaire, laissant supposer que "chacun est à sa place"' ?

L'un des plus grands penseurs français de la seconde moitié du XXè siècle, René Girard, a proposé une extraordinaire théorie du désir: il est selon lui mimétique. Ce soir, habitant repu d'une grande capitale européenne, je n'avais pas spécialement faim. Mais j'ai vu en terrasse d'un restaurant des convives qui mangeaient des huitres; et je suis entré commander des huîtres à mon tour. J'avais assez d'appérit pour en manger une douzaine. Mais mes voisins de table en recommandaient et j'ai fait de même; je n'avais plus faim mais je ne voulais pas en commander moins qu'eux etc....Nous imitons toujours les désirs des autres, dit Girard.

Et les autres imitent nos désirs. Il s'agit d'un mécanisme sans fin qui amène les hommes soit à se disputer pour les mêmes objets soit, au fur et à mesure que la violence mimétique s'emballe, à se battre entre eux en ayant oublié l'objet de leur violence. Girard se rapproche de la thèse de Hobbes, « L'homme est un loup pour l'homme », mais, à la différence du théoricien anglais, ce qui l'intéresse c'est le moment qui sépare le pic de la violence (mimétique) de l'instauration d'un pouvoir pacificateur - moment faussement évident chez Hobbes. Au sommet de la guerre de tous contre tous se produit, pense Girard, une polarisation soudaine, contre un individu unique, le bouc émissaire, que le reste de la communauté rend responsable de la violence collective. Le groupe, redevenu unanime, se réconcilie devant le cadavre de l'être prétendument abject, rendu responsable de la violence....puis du retour de la paix. Le bouc émissaire, de démon devient dieu. C'est l'origine de la religion, nous dit l'anthropologue français. Il n'est pas possible de retracer toute la démonstration; que le lecteur veuille bien me croire si j'affirme que Girard propose une explication convaincante de la construction/reconstruction de la société selon un ordre suggéré par le bouc émissaire devenu dieu. Avant le meurtre fondateur, il y avait une violence croissante, devenue soudain universelle et incontrôlée; après le meurtre et la divinisation du bouc émissaire, s'instaure un ordre social: il peut impliquer des inégalités de revenus mais elles sont jugées légitimes, au moins un temps. Il existe un « monopole de la violence légitime », pour parler comme Max Weber: Girard l'observe du sacrificateur des sociétés anciennes à l'Etat moderne. Si l'on suit Girard, on fait éclater tous les schémas idéologiques, qu'ils soient religieux ou politiques, qui voudraient faire croire qu'il existe une violence légitime contre des ennemis de l'ordre social. Nous sommes tous frères en humanité et co-responsables de la violence sociale. Imprégné de la pensée de Saint Augustin, ce n'est pas un hasard si Girard rejoint la non-violence de l'Evangile: le pauvre ou l'exclu peuvent être regardés avec compassion par un Dieu qui est amour; mais, précisément, rien ne justifierait qu'ils usent de la violence contre le riche ou le puissant car ils entreraient alors dans le cercle vicieux de la violence mimétique. 

L'auteur indique que la période des 30 glorieuses, plus égalitaire, doit beaucoup, en termes de réformes "d'égalisation" à la guerre elle même, sa menace ayant été un puissant catalyseur permettant la mise en place de ces réformes. Cette vision de la France de 1945 à 1980 est-elle correcte ? Quelles ont été les forces à l'oeuvre ayant provoqué le démantèlement de ce consensus d'après guerre ?

La société de la Belle Epoque, juste avant 1914, est d'un côté prospère, libre et rend heureux bien des individus. Evidemment, elle contient sa part d'inégalités, de fortunes accumulées, de bonne conscience bourgeoise. Mais le libéralisme et le radicalisme républicain sont combattus par le catholicisme social et le socialisme démocratique. L'avènement d'une « isocratie », d'une démocratie redistributrice, était possible. Pourtant, les Européens ont préféré la guerre. Le gouvernement français républicain se laisse aller à la haine de l'Autriche catholique; le gouvernement wilhelmien est devenu paranoïaque au point d'interpréter toute initiative politique russe comme dirigée contre l'Allemagne.

Et le coeur désséché de Lénine s'enflamme à l'idée d'une grande convulsion sociale. Alors, oui, évidemment, le Moloch de la guerre est le grand égalisateur entre les hommes - encore que les plus riches sont dispensés de combattre

 - puis suivent non seulement l'hydre de l'inflation mais l'avènement de nouveaux régimes, autoritaires et militaristes. Là où la thèse de Scheidel ne tient pas, c'est que, fasciné par un certain nivellempnt des fortunes dans les sociétés occidentales en 1920 ou en 1950, il ne veut pas voir que la guerre, internationale ou civile, prduit certaines des inégalités les plus monstrueuses de l'histoire: l'Europe nazie se construit sur la mise en esclavage de dizaine de millions d'individus; la société soviétique est dirigée par une nomenklatura de plus en plus détachée du peuple. Alors oui, le libéralisme n'échappe pas plus que le fascisme ou le communisme à la différenciation entre les individus. Après la génération des reconstructeurs frugaux (« les trente glorieuses ») est venue celle de 1968, rongée par le désir mimétique; elle a sécrété d'immenses inégalités de fortunes; mais aussi le monde divisé entre gagnants et perdants de la conquête sexuelle qui fait la substance des romans de Houellebecq. Si Houellebecq avoue être fasciné par le renouveau catholique, c'est sans doute qu'il y discerne non pas le retour d'un « ordre moral » mais d'un apaisement dans la guerre des sexes. Et si le conservatisme est de retour, partout en Occident, c'est parce que, de Disraëli à de Gaulle, la droite a souvent été la plus efficace pour réintégrer concrètement les classes défavorisées ou exploitées à la vie en société. L'Occident est traversé de deux forces émancipatrices, qui triomphent en alternance: la première est l'indvidualisme (libéral); la seconde est le conservatisme: il veut rétablir le lien, entre les individus mais aussi les classes sociales et les générations tout en acceptant le noyau du progrès; le conservatisme veut encadrer l'émancipation individuelle, pour mieux la faire aboutir et en faire profiter le plus grand nombre. Tandis que l'individualisme libéral produit des rejetons monstrueux, les totalitarismes, qui poussent la logique de l'émancipation jusqu'à la transformer en son contraire, la gauche a produit son propre conservatisme, la social-démocratie, qui refuse de voir dans la fidélité au passé un puissant allié contre l'individualisme absolu; mais, en revanche trouve une voix de réduction pacifique des inégalités sociales. 
--

Posté mardi 26 décembre 2017 à 19:30 |  par bbela

mardi 3 mars 2015

Le général Asso’o Emane Benoît , photo | illustration/afriqinter


Avant votre arrivée au commandement du Quartier général, le colonel Bouba Kaélé avait longtemps dirigé cette unité. On le présentait alors comme l’un des fidèles du président Ahidjo. Paul Biya arrive au pouvoir et vous êtes promu aux fonctions de commandant du Quartier général quelques temps plus tard.

Peut-on considérer que vous êtes « le Bouba Kaélé » du président Paul Biya ?


Si vous voulez… Cela se comprend et se justifie à travers les événements de 1984. Figurez-vous que j’arrive au Quartier général, et, en 1984, il y a ce que vous connaissez : la tentative de coup d’Etat du 6 avril 1984. Je me positionne du côté du pouvoir, c’est-à-dire du côté du chef de l’Etat. Et tout le monde sait comment ça s’est passé…


Parlant des événements d’avril 1984, le général Pierre Semengue a commis un ouvrage il y a quelque temps, dans lequel il raconte sa version du putsch manqué.

Pensez-vous que ce récit qui montre finalement que le général Semengue a occupé une place centrale dans la défense du pouvoir de Paul Biya est exact ? Quel a été votre rôle à vous ?

Vous savez très bien que tout le monde a défendu le chef de l’Etat. Et chacun l’a défendu à sa manière… Depuis que le général a écrit son livre, il y a beaucoup de choses qui ont été dites par des officiers qui ont servi sous son commandement. Moi, je relaterai seulement ce qui s’est passé. Et je peux vous dire que quelques semaines avant les événements, j’ai été informé de ce qui se tramait du côté de la Garde républicaine…


Comment vous réagissez ?

… J’invite chez moi le général Pierre Semengue, chef d’état major des Armées, le commandant Benaé Mpeké, le capitaine Roger Bolo notamment, et je leur dis que je possède des informations selon lesquelles les officiers de la Garde républicaine envisagent d’organiser un coup de force. Et je leur précise mon intention d’aller désarmer les hommes du colonel Salé Ibrahim en enlevant les percuteurs de leurs canons. Nous commençons la discussion à 21h et elle s’achève à 5h. Le général Semengue me fait savoir qu’il ne faut pas chercher des problèmes aux gens du Nord. Et qu’il ne faut pas absolument embêter mes camarades du Nord en leur cherchant des histoires ; parce ce que si je vais à la Garde républicaine enlever les percuteurs des canons, le colonel Salé Ibrahim risque de se fâcher. On se sépare donc à 5h du matin sans arriver à adopter une position commune.


Au sortir de notre rencontre, le général Semengue s’en va voir Gilbert Andzé Tsoungui, le ministre d’Etat en charge des Forces armées, pour lui faire part des mes intentions et de son désaccord. Lorsque j’arrive donc pour voir le ministre des Forces armées à 8h30, celui-ci me dit : « Il ne faut pas chercher cette affaire-là, il faut plutôt suivre les gens du Nord.  » Et je lui demande comment je pourrais les suivre, puisque je suis à pied. A ce moment-là, le ministre des Forces armées me dit : « Dans l’armée, on exécute les ordres ! » Je rentre donc chez moi sans l’autorisation d’enlever les percuteurs des canons de la Garde républicaine. Pourquoi enlever les percuteurs ? Parce que tant que l’on a des percuteurs, des coups peuvent partir…


Qu’est-ce qui se passe effectivement ?

Le colonel René Claude Meka, directeur de la Sécurité présidentielle, m’appelle le 5 avril et me demande de renforcer la garde. Je lui demande pour quelles raisons. Il me répond qu’on en parlera. Ce soir-là, je reçois chez moi le secrétaire général du ministère des Forces armées et le ministre de l’Administration territoriale, accompagnés de leurs épouses que j’ai invité à dîner. Il s’avère que c’est pendant qu’on mangeait que les gars ont réussi à enlever toutes les munitions des points sensibles du Plateau Atemengue.


Et quand vous finissez votre dîner, qu’est-ce qui se passe le 6 avril au matin ? Comment réagissez-vous aux premiers coups de canon?

Après le dîner, mon épouse et moi décidons de regarder un film. Je me couche vers 3h45… Et ce sont les coups de feu qui me réveillent. Et je me dis : « Je savais bien que ces gars-là allaient passer à l’action et voici maintenant qu’ils nous surprennent… » A ce moment, j’avais déjà deux chars dans ma concession et j’entendais des voix me dire : « Asso’o, rendez-vous ! » C’est alors que le général Semengue m’appelle et me demande : « Qu’est-ce qui se passe ? » Je lui réponds : « Mon général, je vous avais dit que ces gars allaient passer à l’action. Moi, je ne suis pas dehors et je suis sûr que c’est eux qui sont là, parce qu’on me demande de me rendre. » Quelque temps après, Gilbert Andzé Tsoungui appelle à son tour pour savoir ce qui se passe. Je lui dis : « Monsieur le ministre d’Etat, je vous avais dit que ces gars allaient passer à l’action. Ils me demandent de me rendre. »


Dans l’ouvrage commis par le général Pierre Semengue, on se rend compte que, finalement, la riposte du pouvoir s’organise autour de lui. Quelle est votre appréciation de la manière dont a été défendu le pouvoir ?

A partir de ce moment-là, ma femme, mon beau-frère et ma belle-soeur me conseillent de me réfugier dans le plafond, mais je me rends compte qu’il y a trop de fils électriques. Je descends et j’essaye de gagner mon bureau. Lorsque j’arrive au premier poste de garde, tout près de l’actuelle direction du Budget, je demande aux soldats s’ils ont des armes. Ils me disent qu’ils ont été désarmés. A ce moment, j’essaye de traverser la route et je tombe nez à nez avec un blindé qui venait du coté de la résidence du président de l’Assemblée. J’effectue un bond, je me renverse et me reçois sur mon épaule, malade jusqu’à ce jour. Je parviens néanmoins à ma résidence avec un seul bras. Alors j’appelle le commandant de la Légion de gendarmerie à Bertoua. Sa première épouse me répond qu’il n’a pas dormi à la maison. J’attends une heure et je me dis alors que, peut-être, ces gens sont dans le coup. J’appelle le commandant Yakana Guebama à Douala et lui demande de préparer deux avions pour aller chercher deux compagnies à Koutaba. Une compagnie de cette unité devait être parachutée autour du stade Omnisports pour aller reprendre le Palais et libérer le président de la République, parce que à ce moment, je sais où il se trouve. Et l’autre compagnie devait débarquer à l’aéroport de Yaoundé pour venir me sauver au Quartier général, parce que je suis déjà bloqué.


Après Yakana, j’appelle Bafoussam. Je tombe sur le capitaine Barnabas Enanga (qui est actuellement aux ordres du Premier ministre). Je demande au capitaine de dire au colonel Mathurin Meyong, qui commandait alors le 22è bataillon d’infanterie, de convaincre Koutaba de préparer deux compagnies de parachutistes qui doivent débarquer à  Yaoundé. Après Bafoussam, j’appelle un commissaire en service à l’ambassade du Cameroun en France et je luis dis ceci : « Cette affaire ne nous a pas encore dépassé, il ne faut pas que nos amis français interviennent. Nous mêmes on va résoudre le problème à notre niveau. » Et c’est là que je prends le commandement.


Vous êtes-là en train d’organiser la riposte. Est-ce que ce sont des prérogatives liées à la fonction de commandant du Quartier général ? Il y a un chef au-dessus de vous… Comment vous faites ?


Ce que je dis, c’est qu’il faut que la vérité se sache : jusqu’à la libération du chef de l’Etat, aucun général n’a pris le commandement des opérations. Le seul commandant des opérations, c’était moi !


Comment évoluent donc les choses dès ce moment ?

Je souhaite un peu revenir aux conditions de ma libération. Quand ma maison est attaquée, aux environs de 10h et que je réussis à en sortir, je rencontre Eno Belinga et mon petit frère. Je dis à Eno Belinga d’aller à Ebolowa prévenir les unités qui y sont basées, afin qu’elles viennent défendre le chef de l’Etat. Je demande à mon petit frère, Benjamin, d’aller à Sangmélima pour que les gars viennent défendre le chef de l’Etat. Lorsque je reviens chez moi, je dis à ma femme que j’ai vu des gens attroupés devant la résidence du général Semengue. C’est à ce moment que les putschistes étaient venus enlever le général. C’est à ce moment là également que les amis du général sont venus le chercher pour le sortir de sa concession et de Yaoundé. Je ne sais pas où il est parti. Mais, moi, je suis resté seul au Plateau Atemengue.


Quand je rentre dans ma chambre, je vois deux blindés qui se dirigent vers ma maison : un venant du côté du domicile du général Semengue, l’autre venant du domicile du président de l’Assemblée nationale. Quand les deux chars s’arrêtent, ils pointent leurs canons vers ma maison et je dis à ma femme : « Nous sommes morts ! » Les gars savaient que je me trouvais dans cette chambre là.


Ils savaient que c’était là qu’il fallait absolument frapper. Ils ont donc commencé à tirer sur la maison. Ma femme et moi nous sommes réfugiés dans des coins différents de la chambre que j’ai appelée par la suite « la chambre de Dieu ». Pendant une heure, ma maison a été bombardée. J’ai demandé à ma famille de ne pas dire où je me trouve parce que  c’est moi qu’on cherche. Car si on me tuait, le pouvoir allait tomber.


Je suis donc rentré dans les douches. Et Dieu seul sait que moi, je suis originaire d’une zone de pygmées. J’ai été obligé d’employer des méthodes qu’on nous apprend au village et qui me rendent invisible. Lorsque les gars sont arrivés, la première question qu’ils ont posée était : « Où est le colonel ? » Mon fils Bernard leur a dit que je n’étais pas là, que j’étais déjà avec eux sur le terrain. Ils ont ensuite dit: « Debout ! » Mon grand frère, qui devait être évacué en France pour se faire opérer, leur a répondu: « Moi je suis malade. »  Puis, j’ai entendu : « Mettez vous sur la route! » J’ai dit. :  » Ça y est, on va les tuer ! »


Après, les putschistes ont dit : « Tirez sur la maison, la révolution va reconstruire ! » A ce moment-là, je me suis couché dans la douche. J’ai dit à Dieu : « C’est toi qui a donné le pouvoir au président Biya, Ahidjo n’a été qu’un relais, maintenant que nous devons mourir entre tes mains, Dieu, je te remets mon destin ! » Ils ont tiré sur la maison, et, comme par miracle, rien n’est tombé sur moi, aucune caillasse ! Les débris tombaient entre mes genoux. Après une heure de tirs, le froid du ciment m’a endormi. J’ai été projeté dans mon village. J’ai trouvé ma mère, décédée en 1973, debout sur la tombe de mon père. Elle m’a dit: « Mon fils, tu vas gagner ce combat. »


Lorsque je me suis réveillé, il faisait une chaleur de tonnerre ce jour-là. Je n’ai plus entendu de bruit. Je suis sorti et j’ai mis une cartouche dans mon pistolet. Je voudrais signaler qu’il ne me restait que neuf cartouches. Je suis descendu pour aller reconquérir le Quartier général. Je tombe sur mon petit frère qui revenait, sur mes instructions, de Sangmélima où on lui avait remis 36 grenades. Quand il m’a vu, il s’est mis à pleurer. Je lui ai dit : « Ce n’est pas le moment de pleurer, je suis libre et à partir de maintenant commence la guerre ! »

Quelle heure est-il à ce moment-là?

Il doit être 14h. Alors, je me couche donc sur le siège arrière du taxi et je demande à mon petit frère quel itinéraire il a emprunté. Il me dit qu’il a roulé comme je le lui ai recommandé. Je lui dis : « On refait le même itinéraire. Mais cette fois-ci, destination état-major de l’Armée de terre. » On chemine sous les balles. Ça siffle de partout. On suit alors l’itinéraire ambassade de France-pont d’Olezoa-carrefour de la Mefou. Et on arrive devant une pharmacie. A ce moment, le taxi tombe en panne sèche. Et, lorsque les populations se rendent compte que c’est moi qui suis couché-là, elles poussent le taxi jusqu’à la station Shell. Je n’avais pas d’argent en poche et ce sont les populations qui ont payé la note et me disant : « Nos prières t’accompagnent. »


Je vous précise que si une seule balle touchait les grenades, mon petit frère et moi étions pulvérisés… Quand j’arrive devant la cathédrale, je m’assois. Je sais que l’état-major de l’Armée de terre n’est pas très loin. Quand j’arrive à l’état-major, je vois des soldats qui se réjouissent : « Le colonel est vivant ! » Je leur demande où se trouve le ministre, car il faut reprendre le Quartier général.


Quand j’arrive donc dans le bureau du ministre, je lui montre les grenades et je dis : « Monsieur le ministre, on doit prendre le Quartier général ! » Il me répond : « Mon fils, bonne chance ! » A ce moment-là, dans le bureau du ministre, il n’y a aucun général. Aucun !


Il y a combien de personnes dans le bureau lorsque vous arrivez ?

Quand j’arrive, je trouve Gilbert Andzé Tsoungui et quelques hommes, quelques officiers qui avaient réussi à s’exfiltrer.

Donc, entre 3h du matin et 16h, à peu près, lorsque vous arrivez dans ce bureau, il n’y a aucune coordination entre vous, le commandant du Quartier général et un quelconque général…
Il n’y a aucune coordination en ce moment-là. Nous prenons le chemin du Quartier général. Je vous fais remarquer que mes hommes sont très peu nombreux, car depuis l’état-major de l’Armée de terre jusqu’au Quartier général, je n’ai rencontré des soldats qu’au niveau du monument de la Réunification. C’était la compagnie que le commandant Benaé Mpéké m’avait envoyée. A ce moment, je peux dire que je travaille avec Benaé. C’est le seul  officier avec lequel j’ai un contact.


Comment organisez-vous la riposte?

Quand j’arrive devant la maison du général Semengue, il n’y a personne. Là, je tourne à gauche et j’arrive chez moi. Je trouve que ma maison continue de brûler. Lorsque je parviens au Quartier général, les soldats qui me croyaient mort, en me voyant, s’enfuient apeurés. Il y a là le corps d’un lieutenant – dont je tais le nom – qui avait été abattu. C’est avec le Motorola (l’émetteur récepteur, Ndlr) de ce lieutenant, que j’ai récupéré, que je communique avec le ministre pour lui annoncer que j’ai repris possession du Quartier général. Et que je veux organiser la contre-offensive.

Je forme alors trois bataillons. Je demande au premier d’aller reprendre la radio. Ensuite, je rentre dans mon bureau et me rends compte que l’ordre donné d’aller reprendre la radio, par exemple, n’est pas exécuté. Il me revient que personne ne bouge. Je prends alors mon pistolet et je tire en disant : « Si jamais vous ne partez pas, je vous fais exécuter ! » Et je demande : “Qui sait ce que c’est qu’une arme ? Je vais lui montrer comment on l’utilise… » Constatant ma détermination, ils sont partis. L’homme qui a repris la radio c’est le colonel Samobo. A ce moment-là, un général – dont je tais le nom – qui a rejoint le Poste de commandement (PC), me demande  de lui passer le commandement.

Je lui dis: « Mon général, depuis le matin, je ne savais pas où étaient les généraux, donc je ne peux pas vous passer le commandement. » Et le général ira se plaindre chez  le ministre en disant que, comme d’habitude, Asso’o ne veut pas se soumettre. Le ministre me contacte pour savoir ce qui se passe et je lui dis : « Monsieur le ministre, tant que je ne sais pas où se trouve le président Biya, je ne remets le commandement à personne ! » Le ministre me dit alors: « Mon fils, continue ce que tu as commencé. »

Le général Semengue affirme dans son ouvrage que, après avoir piloté toutes les opérations pendant toute la journée (ce que vous démentez à travers le récit que vous venez de faire, parce que nulle part, on ne le voit), il est venu au Palais de l’unité. Il a rencontré le chef de l’Etat. Tout le monde pense alors qu’il est venu prendre le pouvoir. Et c’est lui qui a, de sa propre volonté, déposé ses armes et annoncé au président de la République que tout était rentré dans l’ordre. Est-ce que vous avez souvenance de la survenance  d’un tel acte ?


Dans quelle mesure cela est-il possible ?

Je dis que tout ceci est faux ! Le seul officier que le chef de l’Etat a vu le 8 avril, avant le discours, c’était le colonel Asso’o. C’est moi, je l’affirme ! Et le président aussi est prêt à l’affirmer. Le président n’a jamais perdu connaissance. Quand je l’ai trouvé, il était lui-même et il était vraiment maître de lui-même. Et ce  que vous devez savoir, c’est que, au Palais, il y a un abri souterrain. Je ne l’avais pas trouvé dans l’abri souterrain : il était dans son bureau, celui réservé de la résidence privée. Et c’est là donc que je lui fais comprendre que le peuple veut entendre sa voix et qu’il est encore le patron de ce pays. Tout ce que je sais, c’est que c’est moi qui étais armé.

C’est moi seul qui étais armé. Et quand les gens disent partout qu’Asso’o veut faire un coup d’Etat, si je voulais faire le coup d’Etat, je le faisais à ce moment. Mais c’était le président Biya que je voulais libérer. Je ne peux pas dire que le général n’est pas intervenu après. Non ! Je veux préciser qu’il est intervenu après son retour de là où il était parti. Il n’y a que le colonel Titus Ebogo qui peut vous dire là où il a rencontré le général Semengue. De toutes les façons, j’ai un livre que je publierai lorsque j’aurai quitté l’armée et qui s’intitule : « Mon combat du 6 avril ». Il aura plus de détails sur cette question, et plus de photos.

Immédiatement après cette épreuve-là, vous connaissez comme une sorte de passage à vide dans le cadre de votre propre parcours. On a le sentiment que c’est vous, finalement, qui avez libéré le président. Mais après, vous publiez un ouvrage plus ou moins controversé. Quel problème posait ce livre ?
Le problème, c’est que j’écris dans mon livre que les chefs doivent être à leur place, et, surtout, que la doctrine d’emploi des forces en vigueur au Cameroun date du temps de Bismarck. Voilà, semble-t-il, ce qui posait problème. Je faisais remarquer que nous sommes déjà à la troisième année de la Réforme, nous n’avons toujours pas de doctrine d’emploi des forces.

Vous quittez quand même Yaoundé dans des conditions un peu douloureuses. Il nous revient que vous partez à peu près avec un baluchon, dans un train. Est-ce que vous ne trouvez pas que c’est un peu ingrat, de la part du président Biya, que vous avez libéré quelque temps plus tôt, de vous avoir fait subir de telles humiliations ?

Je ne pense pas. Je ne me suis pas senti humilié parce que ma famille m’a bien conseillé. C’est l’histoire de Job avec Dieu. Je suis Job pour le président Biya, et le président Biya est Dieu. Ce qui est important à mes yeux, c’est qu’il a vu la vérité. Il a restauré mon autorité. La preuve, il vient de me donner une troisième étoile…

Quelle est votre réaction au livre de Fréderic Fenkam, dans lequel, selon des confidences de Jean Fochivé, vous avez été à l’origine de son arrestation, car vous aviez peur qu’il ne démontre que la tentative de putsch d’avril 1984 n’était qu’un moyen pour éliminer les officiers de l’armée originaires du Nord ?
Je n’ai pas de commentaires à faire au sujet de cet ouvrage, qui contient beaucoup de fausses affirmations. Je ne sais pas ce que recherche son auteur. Je pense que le président Biya a déjà passé l’éponge sur cette affaire avec la loi d’amnistie.


© L’Oeil du Sahel : PROPOS RECUEILLIS PAR MBANGA KACK, DANS LES CAHIERS DE MUTATIONS

http://www.camer.be/32946/11:1/cameroun-general-benoit-assoo-emane-le-general-semengue-a-menti-sur-le-06-avril-cameroon.html#at_pco=smlwn-1.0&at_si=54f225ae6a521915&at_ab=per-2&at_pos=0&at_tot=1



Ce courrier électronique ne contient aucun virus ou logiciel malveillant parce que la protection Antivirus avast! est active.

CAMEROUN : GÉNÉRAL BENOÎT ASSO'O EMANE, «LE GÉNÉRAL SEMENGUE A MENTI SUR LE 06 AVRIL»

Le général Asso’o Emane Benoît , photo | illustration/afriqinter


Avant votre arrivée au commandement du Quartier général, le colonel Bouba Kaélé avait longtemps dirigé cette unité. On le présentait alors comme l’un des fidèles du président Ahidjo. Paul Biya arrive au pouvoir et vous êtes promu aux fonctions de commandant du Quartier général quelques temps plus tard.

Peut-on considérer que vous êtes « le Bouba Kaélé » du président Paul Biya ?


Si vous voulez… Cela se comprend et se justifie à travers les événements de 1984. Figurez-vous que j’arrive au Quartier général, et, en 1984, il y a ce que vous connaissez : la tentative de coup d’Etat du 6 avril 1984. Je me positionne du côté du pouvoir, c’est-à-dire du côté du chef de l’Etat. Et tout le monde sait comment ça s’est passé…


Parlant des événements d’avril 1984, le général Pierre Semengue a commis un ouvrage il y a quelque temps, dans lequel il raconte sa version du putsch manqué.

Pensez-vous que ce récit qui montre finalement que le général Semengue a occupé une place centrale dans la défense du pouvoir de Paul Biya est exact ? Quel a été votre rôle à vous ?

Vous savez très bien que tout le monde a défendu le chef de l’Etat. Et chacun l’a défendu à sa manière… Depuis que le général a écrit son livre, il y a beaucoup de choses qui ont été dites par des officiers qui ont servi sous son commandement. Moi, je relaterai seulement ce qui s’est passé. Et je peux vous dire que quelques semaines avant les événements, j’ai été informé de ce qui se tramait du côté de la Garde républicaine…


Comment vous réagissez ?

… J’invite chez moi le général Pierre Semengue, chef d’état major des Armées, le commandant Benaé Mpeké, le capitaine Roger Bolo notamment, et je leur dis que je possède des informations selon lesquelles les officiers de la Garde républicaine envisagent d’organiser un coup de force. Et je leur précise mon intention d’aller désarmer les hommes du colonel Salé Ibrahim en enlevant les percuteurs de leurs canons. Nous commençons la discussion à 21h et elle s’achève à 5h. Le général Semengue me fait savoir qu’il ne faut pas chercher des problèmes aux gens du Nord. Et qu’il ne faut pas absolument embêter mes camarades du Nord en leur cherchant des histoires ; parce ce que si je vais à la Garde républicaine enlever les percuteurs des canons, le colonel Salé Ibrahim risque de se fâcher. On se sépare donc à 5h du matin sans arriver à adopter une position commune.


Au sortir de notre rencontre, le général Semengue s’en va voir Gilbert Andzé Tsoungui, le ministre d’Etat en charge des Forces armées, pour lui faire part des mes intentions et de son désaccord. Lorsque j’arrive donc pour voir le ministre des Forces armées à 8h30, celui-ci me dit : « Il ne faut pas chercher cette affaire-là, il faut plutôt suivre les gens du Nord.  » Et je lui demande comment je pourrais les suivre, puisque je suis à pied. A ce moment-là, le ministre des Forces armées me dit : « Dans l’armée, on exécute les ordres ! » Je rentre donc chez moi sans l’autorisation d’enlever les percuteurs des canons de la Garde républicaine. Pourquoi enlever les percuteurs ? Parce que tant que l’on a des percuteurs, des coups peuvent partir…


Qu’est-ce qui se passe effectivement ?

Le colonel René Claude Meka, directeur de la Sécurité présidentielle, m’appelle le 5 avril et me demande de renforcer la garde. Je lui demande pour quelles raisons. Il me répond qu’on en parlera. Ce soir-là, je reçois chez moi le secrétaire général du ministère des Forces armées et le ministre de l’Administration territoriale, accompagnés de leurs épouses que j’ai invité à dîner. Il s’avère que c’est pendant qu’on mangeait que les gars ont réussi à enlever toutes les munitions des points sensibles du Plateau Atemengue.


Et quand vous finissez votre dîner, qu’est-ce qui se passe le 6 avril au matin ? Comment réagissez-vous aux premiers coups de canon?

Après le dîner, mon épouse et moi décidons de regarder un film. Je me couche vers 3h45… Et ce sont les coups de feu qui me réveillent. Et je me dis : « Je savais bien que ces gars-là allaient passer à l’action et voici maintenant qu’ils nous surprennent… » A ce moment, j’avais déjà deux chars dans ma concession et j’entendais des voix me dire : « Asso’o, rendez-vous ! » C’est alors que le général Semengue m’appelle et me demande : « Qu’est-ce qui se passe ? » Je lui réponds : « Mon général, je vous avais dit que ces gars allaient passer à l’action. Moi, je ne suis pas dehors et je suis sûr que c’est eux qui sont là, parce qu’on me demande de me rendre. » Quelque temps après, Gilbert Andzé Tsoungui appelle à son tour pour savoir ce qui se passe. Je lui dis : « Monsieur le ministre d’Etat, je vous avais dit que ces gars allaient passer à l’action. Ils me demandent de me rendre. »


Dans l’ouvrage commis par le général Pierre Semengue, on se rend compte que, finalement, la riposte du pouvoir s’organise autour de lui. Quelle est votre appréciation de la manière dont a été défendu le pouvoir ?

A partir de ce moment-là, ma femme, mon beau-frère et ma belle-soeur me conseillent de me réfugier dans le plafond, mais je me rends compte qu’il y a trop de fils électriques. Je descends et j’essaye de gagner mon bureau. Lorsque j’arrive au premier poste de garde, tout près de l’actuelle direction du Budget, je demande aux soldats s’ils ont des armes. Ils me disent qu’ils ont été désarmés. A ce moment, j’essaye de traverser la route et je tombe nez à nez avec un blindé qui venait du coté de la résidence du président de l’Assemblée. J’effectue un bond, je me renverse et me reçois sur mon épaule, malade jusqu’à ce jour. Je parviens néanmoins à ma résidence avec un seul bras. Alors j’appelle le commandant de la Légion de gendarmerie à Bertoua. Sa première épouse me répond qu’il n’a pas dormi à la maison. J’attends une heure et je me dis alors que, peut-être, ces gens sont dans le coup. J’appelle le commandant Yakana Guebama à Douala et lui demande de préparer deux avions pour aller chercher deux compagnies à Koutaba. Une compagnie de cette unité devait être parachutée autour du stade Omnisports pour aller reprendre le Palais et libérer le président de la République, parce que à ce moment, je sais où il se trouve. Et l’autre compagnie devait débarquer à l’aéroport de Yaoundé pour venir me sauver au Quartier général, parce que je suis déjà bloqué.


Après Yakana, j’appelle Bafoussam. Je tombe sur le capitaine Barnabas Enanga (qui est actuellement aux ordres du Premier ministre). Je demande au capitaine de dire au colonel Mathurin Meyong, qui commandait alors le 22è bataillon d’infanterie, de convaincre Koutaba de préparer deux compagnies de parachutistes qui doivent débarquer à  Yaoundé. Après Bafoussam, j’appelle un commissaire en service à l’ambassade du Cameroun en France et je luis dis ceci : « Cette affaire ne nous a pas encore dépassé, il ne faut pas que nos amis français interviennent. Nous mêmes on va résoudre le problème à notre niveau. » Et c’est là que je prends le commandement.


Vous êtes-là en train d’organiser la riposte. Est-ce que ce sont des prérogatives liées à la fonction de commandant du Quartier général ? Il y a un chef au-dessus de vous… Comment vous faites ?


Ce que je dis, c’est qu’il faut que la vérité se sache : jusqu’à la libération du chef de l’Etat, aucun général n’a pris le commandement des opérations. Le seul commandant des opérations, c’était moi !


Comment évoluent donc les choses dès ce moment ?

Je souhaite un peu revenir aux conditions de ma libération. Quand ma maison est attaquée, aux environs de 10h et que je réussis à en sortir, je rencontre Eno Belinga et mon petit frère. Je dis à Eno Belinga d’aller à Ebolowa prévenir les unités qui y sont basées, afin qu’elles viennent défendre le chef de l’Etat. Je demande à mon petit frère, Benjamin, d’aller à Sangmélima pour que les gars viennent défendre le chef de l’Etat. Lorsque je reviens chez moi, je dis à ma femme que j’ai vu des gens attroupés devant la résidence du général Semengue. C’est à ce moment que les putschistes étaient venus enlever le général. C’est à ce moment là également que les amis du général sont venus le chercher pour le sortir de sa concession et de Yaoundé. Je ne sais pas où il est parti. Mais, moi, je suis resté seul au Plateau Atemengue.


Quand je rentre dans ma chambre, je vois deux blindés qui se dirigent vers ma maison : un venant du côté du domicile du général Semengue, l’autre venant du domicile du président de l’Assemblée nationale. Quand les deux chars s’arrêtent, ils pointent leurs canons vers ma maison et je dis à ma femme : « Nous sommes morts ! » Les gars savaient que je me trouvais dans cette chambre là.


Ils savaient que c’était là qu’il fallait absolument frapper. Ils ont donc commencé à tirer sur la maison. Ma femme et moi nous sommes réfugiés dans des coins différents de la chambre que j’ai appelée par la suite « la chambre de Dieu ». Pendant une heure, ma maison a été bombardée. J’ai demandé à ma famille de ne pas dire où je me trouve parce que  c’est moi qu’on cherche. Car si on me tuait, le pouvoir allait tomber.


Je suis donc rentré dans les douches. Et Dieu seul sait que moi, je suis originaire d’une zone de pygmées. J’ai été obligé d’employer des méthodes qu’on nous apprend au village et qui me rendent invisible. Lorsque les gars sont arrivés, la première question qu’ils ont posée était : « Où est le colonel ? » Mon fils Bernard leur a dit que je n’étais pas là, que j’étais déjà avec eux sur le terrain. Ils ont ensuite dit: « Debout ! » Mon grand frère, qui devait être évacué en France pour se faire opérer, leur a répondu: « Moi je suis malade. »  Puis, j’ai entendu : « Mettez vous sur la route! » J’ai dit. :  » Ça y est, on va les tuer ! »


Après, les putschistes ont dit : « Tirez sur la maison, la révolution va reconstruire ! » A ce moment-là, je me suis couché dans la douche. J’ai dit à Dieu : « C’est toi qui a donné le pouvoir au président Biya, Ahidjo n’a été qu’un relais, maintenant que nous devons mourir entre tes mains, Dieu, je te remets mon destin ! » Ils ont tiré sur la maison, et, comme par miracle, rien n’est tombé sur moi, aucune caillasse ! Les débris tombaient entre mes genoux. Après une heure de tirs, le froid du ciment m’a endormi. J’ai été projeté dans mon village. J’ai trouvé ma mère, décédée en 1973, debout sur la tombe de mon père. Elle m’a dit: « Mon fils, tu vas gagner ce combat. »


Lorsque je me suis réveillé, il faisait une chaleur de tonnerre ce jour-là. Je n’ai plus entendu de bruit. Je suis sorti et j’ai mis une cartouche dans mon pistolet. Je voudrais signaler qu’il ne me restait que neuf cartouches. Je suis descendu pour aller reconquérir le Quartier général. Je tombe sur mon petit frère qui revenait, sur mes instructions, de Sangmélima où on lui avait remis 36 grenades. Quand il m’a vu, il s’est mis à pleurer. Je lui ai dit : « Ce n’est pas le moment de pleurer, je suis libre et à partir de maintenant commence la guerre ! »

Quelle heure est-il à ce moment-là?

Il doit être 14h. Alors, je me couche donc sur le siège arrière du taxi et je demande à mon petit frère quel itinéraire il a emprunté. Il me dit qu’il a roulé comme je le lui ai recommandé. Je lui dis : « On refait le même itinéraire. Mais cette fois-ci, destination état-major de l’Armée de terre. » On chemine sous les balles. Ça siffle de partout. On suit alors l’itinéraire ambassade de France-pont d’Olezoa-carrefour de la Mefou. Et on arrive devant une pharmacie. A ce moment, le taxi tombe en panne sèche. Et, lorsque les populations se rendent compte que c’est moi qui suis couché-là, elles poussent le taxi jusqu’à la station Shell. Je n’avais pas d’argent en poche et ce sont les populations qui ont payé la note et me disant : « Nos prières t’accompagnent. »


Je vous précise que si une seule balle touchait les grenades, mon petit frère et moi étions pulvérisés… Quand j’arrive devant la cathédrale, je m’assois. Je sais que l’état-major de l’Armée de terre n’est pas très loin. Quand j’arrive à l’état-major, je vois des soldats qui se réjouissent : « Le colonel est vivant ! » Je leur demande où se trouve le ministre, car il faut reprendre le Quartier général.


Quand j’arrive donc dans le bureau du ministre, je lui montre les grenades et je dis : « Monsieur le ministre, on doit prendre le Quartier général ! » Il me répond : « Mon fils, bonne chance ! » A ce moment-là, dans le bureau du ministre, il n’y a aucun général. Aucun !


Il y a combien de personnes dans le bureau lorsque vous arrivez ?

Quand j’arrive, je trouve Gilbert Andzé Tsoungui et quelques hommes, quelques officiers qui avaient réussi à s’exfiltrer.

Donc, entre 3h du matin et 16h, à peu près, lorsque vous arrivez dans ce bureau, il n’y a aucune coordination entre vous, le commandant du Quartier général et un quelconque général…
Il n’y a aucune coordination en ce moment-là. Nous prenons le chemin du Quartier général. Je vous fais remarquer que mes hommes sont très peu nombreux, car depuis l’état-major de l’Armée de terre jusqu’au Quartier général, je n’ai rencontré des soldats qu’au niveau du monument de la Réunification. C’était la compagnie que le commandant Benaé Mpéké m’avait envoyée. A ce moment, je peux dire que je travaille avec Benaé. C’est le seul  officier avec lequel j’ai un contact.


Comment organisez-vous la riposte?

Quand j’arrive devant la maison du général Semengue, il n’y a personne. Là, je tourne à gauche et j’arrive chez moi. Je trouve que ma maison continue de brûler. Lorsque je parviens au Quartier général, les soldats qui me croyaient mort, en me voyant, s’enfuient apeurés. Il y a là le corps d’un lieutenant – dont je tais le nom – qui avait été abattu. C’est avec le Motorola (l’émetteur récepteur, Ndlr) de ce lieutenant, que j’ai récupéré, que je communique avec le ministre pour lui annoncer que j’ai repris possession du Quartier général. Et que je veux organiser la contre-offensive.

Je forme alors trois bataillons. Je demande au premier d’aller reprendre la radio. Ensuite, je rentre dans mon bureau et me rends compte que l’ordre donné d’aller reprendre la radio, par exemple, n’est pas exécuté. Il me revient que personne ne bouge. Je prends alors mon pistolet et je tire en disant : « Si jamais vous ne partez pas, je vous fais exécuter ! » Et je demande : “Qui sait ce que c’est qu’une arme ? Je vais lui montrer comment on l’utilise… » Constatant ma détermination, ils sont partis. L’homme qui a repris la radio c’est le colonel Samobo. A ce moment-là, un général – dont je tais le nom – qui a rejoint le Poste de commandement (PC), me demande  de lui passer le commandement.

Je lui dis: « Mon général, depuis le matin, je ne savais pas où étaient les généraux, donc je ne peux pas vous passer le commandement. » Et le général ira se plaindre chez  le ministre en disant que, comme d’habitude, Asso’o ne veut pas se soumettre. Le ministre me contacte pour savoir ce qui se passe et je lui dis : « Monsieur le ministre, tant que je ne sais pas où se trouve le président Biya, je ne remets le commandement à personne ! » Le ministre me dit alors: « Mon fils, continue ce que tu as commencé. »

Le général Semengue affirme dans son ouvrage que, après avoir piloté toutes les opérations pendant toute la journée (ce que vous démentez à travers le récit que vous venez de faire, parce que nulle part, on ne le voit), il est venu au Palais de l’unité. Il a rencontré le chef de l’Etat. Tout le monde pense alors qu’il est venu prendre le pouvoir. Et c’est lui qui a, de sa propre volonté, déposé ses armes et annoncé au président de la République que tout était rentré dans l’ordre. Est-ce que vous avez souvenance de la survenance  d’un tel acte ?


Dans quelle mesure cela est-il possible ?

Je dis que tout ceci est faux ! Le seul officier que le chef de l’Etat a vu le 8 avril, avant le discours, c’était le colonel Asso’o. C’est moi, je l’affirme ! Et le président aussi est prêt à l’affirmer. Le président n’a jamais perdu connaissance. Quand je l’ai trouvé, il était lui-même et il était vraiment maître de lui-même. Et ce  que vous devez savoir, c’est que, au Palais, il y a un abri souterrain. Je ne l’avais pas trouvé dans l’abri souterrain : il était dans son bureau, celui réservé de la résidence privée. Et c’est là donc que je lui fais comprendre que le peuple veut entendre sa voix et qu’il est encore le patron de ce pays. Tout ce que je sais, c’est que c’est moi qui étais armé.

C’est moi seul qui étais armé. Et quand les gens disent partout qu’Asso’o veut faire un coup d’Etat, si je voulais faire le coup d’Etat, je le faisais à ce moment. Mais c’était le président Biya que je voulais libérer. Je ne peux pas dire que le général n’est pas intervenu après. Non ! Je veux préciser qu’il est intervenu après son retour de là où il était parti. Il n’y a que le colonel Titus Ebogo qui peut vous dire là où il a rencontré le général Semengue. De toutes les façons, j’ai un livre que je publierai lorsque j’aurai quitté l’armée et qui s’intitule : « Mon combat du 6 avril ». Il aura plus de détails sur cette question, et plus de photos.

Immédiatement après cette épreuve-là, vous connaissez comme une sorte de passage à vide dans le cadre de votre propre parcours. On a le sentiment que c’est vous, finalement, qui avez libéré le président. Mais après, vous publiez un ouvrage plus ou moins controversé. Quel problème posait ce livre ?
Le problème, c’est que j’écris dans mon livre que les chefs doivent être à leur place, et, surtout, que la doctrine d’emploi des forces en vigueur au Cameroun date du temps de Bismarck. Voilà, semble-t-il, ce qui posait problème. Je faisais remarquer que nous sommes déjà à la troisième année de la Réforme, nous n’avons toujours pas de doctrine d’emploi des forces.

Vous quittez quand même Yaoundé dans des conditions un peu douloureuses. Il nous revient que vous partez à peu près avec un baluchon, dans un train. Est-ce que vous ne trouvez pas que c’est un peu ingrat, de la part du président Biya, que vous avez libéré quelque temps plus tôt, de vous avoir fait subir de telles humiliations ?

Je ne pense pas. Je ne me suis pas senti humilié parce que ma famille m’a bien conseillé. C’est l’histoire de Job avec Dieu. Je suis Job pour le président Biya, et le président Biya est Dieu. Ce qui est important à mes yeux, c’est qu’il a vu la vérité. Il a restauré mon autorité. La preuve, il vient de me donner une troisième étoile…

Quelle est votre réaction au livre de Fréderic Fenkam, dans lequel, selon des confidences de Jean Fochivé, vous avez été à l’origine de son arrestation, car vous aviez peur qu’il ne démontre que la tentative de putsch d’avril 1984 n’était qu’un moyen pour éliminer les officiers de l’armée originaires du Nord ?
Je n’ai pas de commentaires à faire au sujet de cet ouvrage, qui contient beaucoup de fausses affirmations. Je ne sais pas ce que recherche son auteur. Je pense que le président Biya a déjà passé l’éponge sur cette affaire avec la loi d’amnistie.


© L’Oeil du Sahel : PROPOS RECUEILLIS PAR MBANGA KACK, DANS LES CAHIERS DE MUTATIONS

http://www.camer.be/32946/11:1/cameroun-general-benoit-assoo-emane-le-general-semengue-a-menti-sur-le-06-avril-cameroon.html#at_pco=smlwn-1.0&at_si=54f225ae6a521915&at_ab=per-2&at_pos=0&at_tot=1



Ce courrier électronique ne contient aucun virus ou logiciel malveillant parce que la protection Antivirus avast! est active.

Posté mardi 3 mars 2015 à 16:27 |  par bbela

mercredi 10 décembre 2014

Photo Serge Simon

Africolor A projetté «Une Pensée du Courneau, le mystère du Camp nègre », documentaire édifiant de Serge Simon. Entrée libre, au Méliès de Montreuil (93). Interview.

Pour ses vingt-cinq ans, le festival Africolor (www.africolor.com) a ajouté, à sa luxuriante programmation musicale, des rendez-vous qui s’inscrivent dans la commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale. Ce soir, courons au cinéma Le Méliès (https://fr-fr.facebook.com/melies.demontreuil), à Montreuil-sous-Bois, pour la projection du documentaire «Une Pensée du Courneau, le mystère du Camp nègre », aussi pédagogique que bouleversant.

Pour la première fois, le réalisateur, Serge Simon, ancien rugbyman et médecin, révèle les conditions infâmes infligées aux soldats africains (sommairement appelés « tirailleurs sénégalais »), dans ce camp de la misère situé dans une zone marécageuse de la Gironde.  A l’issue de la projection, aura lieu une rencontre avec le réalisateur. Autre invitation essentielle d’Africolor, sur le même thème : la conférence de l’historien Tidiane Diakité (http://ti.diak.over-blog.com/), le 12 à Evry et le 13 à Montreuil (entrée libre). Elle porte sur les Maliens dans la Grande guerre, leurs conditions et les révoltes d’appelés contre leur enrôlement.

Entretien réalisépar Faca C. : https://www.facebook.com/faracnews

Un événement a-t-il déclenché, en vous, le besoin de vous lancer dans la réalisation du documentaire «Une Pensée du Courneau, le mystère du Camp nègre » ?

Serge Simon : Un voyage initiatique  au Sénégal avec un ami dakarois a déclenché chez moi un besoin de comprendre l’histoire de mon pays, notamment celle de ses liens avec ses anciennes colonies. Pour la première de ma vie, je prenais conscience d’avoir une couleur de peau. Ma peau signifiait quelque chose que j’ignorais. J’étais le Blanc, le Toubab, cela portait une histoire. A partir de là, j’ai effectué beaucoup de travail, en particulier sur notre historie coloniale, dont les Tirailleurs sont une de facettes. Très naturellement, lorsque je suis tombé sur l’histoire inédite du Camp du Courneau se situant à quelques kilomètres de chez moi, j’ai décidé d’en faire un film.


Peut-on évaluer le nombre d’Africains ayant combattu pour la France lors de la première guerre mondiale et, parmi eux, le nombre de morts ?

Serge Simon : 200 000 soldats africains ont combattu pour la France, dont 30 000 sont morts.

Votre documentaire révèle, pour la première fois, le sort qui leur a été infligé. Quels étaient les conditions d’hébergement et le contexte sanitaire ?

Serge Simon : Tout d’abord, rappelons le caractère d’urgence. C’est le début de l’enracinement du conflit. Il y des centaines de milliers de blessés, c’est une catastrophe sanitaire. Le service de Santé des Armées est dépassé. Problème particulier dans ce contexte : les soldats africains supportent très mal le froid de l’hiver français. Décision est prise de construire des camps d’hivernage dans le Sud de la France. Il faut trouver un site, vite, et pas forcément bien. Le Courneau n’est pas adapté. De plus, les baraques Adrian en carton goudronné explosent avec les premières pluies d’automne. Le sol en terre battue devient une funeste mare. Pas de couverture, pas de chauffage. Le froid, l’humidité, la promiscuité font le lit d’une épidémie de pneumonies  à pneumocoques.

L’armée française semble avoir traité les soldats africains comme des animaux...

Serge Simon : Non, on ne peut pas dire cela. L’armée française a traité les Tirailleurs sénégalais comme le faisait le sens commun de l’époque: un paternalisme colonial. On devait « civiliser ces indigènes », considérés comme inférieurs. « Grands enfants », « sauvages », « combattants féroces, mais dociles » : les stéréotypes raciaux étaient la norme.

L’Institut Pasteur a mené un programme de vaccinations expérimentales, réduisant ces valeureux combattants à des cobayes. Y a-t-il eu, à l’époque, des plaintes ?

Serge Simon : En général, la guerre donnait l’occasion à des campagnes de vaccinations par la disponibilité de la soldatesque. Là où le bât blesse, c’est que le protocole habituel n’a pas été respecté et que l’essai a été arrêté parce qu’il n’avait pas mis en place d’essai animal avant.  Il n’y  a pas eu de plainte, mais des débats tendus, des condamnations éthiques…

En tant que médecin, comment avez-vous vécu cette violation du serment d’Hippocrate ?

Serge Simon : Il est impossible de juger une pratique datant de 100 ans. Mon film ne juge pas, il montre une polémique qui a eu lieu à l’époque.

En avril 1917, la tragédie s’aggrava encore: 3000 survivants du camp du Courneau périrent au cours de la bataille meurtrière du Chemin des Dames. Sont-ils honorés lors des commémorations annuelles ?

Serge Simon : Non, ils sont morts au Chemin des Dames, comme tant d’autres malheureusement.

A-t-on une idée de la raison pour laquelle les Tirailleurs africains ont disparu de la mémoire collective de la Gironde, à la différence d’autres régions comme le Nord, l’Est et le Sud-est de la France ?

Serge Simon : Je n’ai pas trouvé d’explication simple et unique. Mais citons le fait que les structures ont disparu (il n’y a plus de traces du camp du Courneau, contrairement au camp de Fréjus) et qu’il n’y a pas eu de combat. Il y a, aussi, le fait que l’histoire du Courneau n’est pas très glorieuse. Dans ce genre de situation, ce serait les victimes qui pourraient entretenir la mémoire. La communauté sénégalaise de Bordeaux s’y emploie depuis quelques années.

INFORMATIONS PRATIQUES :
Dans le cadre du festival (www.africolor.com):
Deux projections de «Une Pensée du Courneau, le mystère du Camp nègre », documentaire de Serge Simon (entrée libre) :
-Mardi 9 décembre, 20h30, soir, au Méliès (https://fr-fr.facebook.com/melies.demontreuil), à Montreuil (93). Métro Croix-de-Chavaux. Tél. 01 48 58 90 13.
-Mercredi 10 décembre, 19h30, autre projection du documentaire, à la Médiathèque Albert-Camus (http://mediatheques.agglo-evry.fr/EXPLOITATION/mediatheque-camus.aspx), Evry. Tél. 01 60 91 07 46.
Deux conférences de l’historien Tidiane Diakité  (entrée libre) :
-Vendredi 12 décembre, 19h30, Médiathèque de l’Agora (http://mediatheques.agglo-evry.fr/EXPLOITATION/mediatheque-agora.aspx), Evry. Tél. 01 69 91 59 59.
-Samedi 13 décembre, 16 heures, Bibliothèque Robert-Desnos (http://www.bibliotheque-montreuil.fr/pratique/ou-sommes-nous/bibliotheque-robert-desnos/), Montreuil (93). Tél. 01 48 70 69 04.
http://www.humanite.fr/lenfer-des-soldats-africains-durant-la-premiere-guerre-mondiale-559704


L’enfer des soldats africains durant la Première Guerre mondiale

Photo Serge Simon

Africolor A projetté «Une Pensée du Courneau, le mystère du Camp nègre », documentaire édifiant de Serge Simon. Entrée libre, au Méliès de Montreuil (93). Interview.

Pour ses vingt-cinq ans, le festival Africolor (www.africolor.com) a ajouté, à sa luxuriante programmation musicale, des rendez-vous qui s’inscrivent dans la commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale. Ce soir, courons au cinéma Le Méliès (https://fr-fr.facebook.com/melies.demontreuil), à Montreuil-sous-Bois, pour la projection du documentaire «Une Pensée du Courneau, le mystère du Camp nègre », aussi pédagogique que bouleversant.

Pour la première fois, le réalisateur, Serge Simon, ancien rugbyman et médecin, révèle les conditions infâmes infligées aux soldats africains (sommairement appelés « tirailleurs sénégalais »), dans ce camp de la misère situé dans une zone marécageuse de la Gironde.  A l’issue de la projection, aura lieu une rencontre avec le réalisateur. Autre invitation essentielle d’Africolor, sur le même thème : la conférence de l’historien Tidiane Diakité (http://ti.diak.over-blog.com/), le 12 à Evry et le 13 à Montreuil (entrée libre). Elle porte sur les Maliens dans la Grande guerre, leurs conditions et les révoltes d’appelés contre leur enrôlement.

Entretien réalisépar Faca C. : https://www.facebook.com/faracnews

Un événement a-t-il déclenché, en vous, le besoin de vous lancer dans la réalisation du documentaire «Une Pensée du Courneau, le mystère du Camp nègre » ?

Serge Simon : Un voyage initiatique  au Sénégal avec un ami dakarois a déclenché chez moi un besoin de comprendre l’histoire de mon pays, notamment celle de ses liens avec ses anciennes colonies. Pour la première de ma vie, je prenais conscience d’avoir une couleur de peau. Ma peau signifiait quelque chose que j’ignorais. J’étais le Blanc, le Toubab, cela portait une histoire. A partir de là, j’ai effectué beaucoup de travail, en particulier sur notre historie coloniale, dont les Tirailleurs sont une de facettes. Très naturellement, lorsque je suis tombé sur l’histoire inédite du Camp du Courneau se situant à quelques kilomètres de chez moi, j’ai décidé d’en faire un film.


Peut-on évaluer le nombre d’Africains ayant combattu pour la France lors de la première guerre mondiale et, parmi eux, le nombre de morts ?

Serge Simon : 200 000 soldats africains ont combattu pour la France, dont 30 000 sont morts.

Votre documentaire révèle, pour la première fois, le sort qui leur a été infligé. Quels étaient les conditions d’hébergement et le contexte sanitaire ?

Serge Simon : Tout d’abord, rappelons le caractère d’urgence. C’est le début de l’enracinement du conflit. Il y des centaines de milliers de blessés, c’est une catastrophe sanitaire. Le service de Santé des Armées est dépassé. Problème particulier dans ce contexte : les soldats africains supportent très mal le froid de l’hiver français. Décision est prise de construire des camps d’hivernage dans le Sud de la France. Il faut trouver un site, vite, et pas forcément bien. Le Courneau n’est pas adapté. De plus, les baraques Adrian en carton goudronné explosent avec les premières pluies d’automne. Le sol en terre battue devient une funeste mare. Pas de couverture, pas de chauffage. Le froid, l’humidité, la promiscuité font le lit d’une épidémie de pneumonies  à pneumocoques.

L’armée française semble avoir traité les soldats africains comme des animaux...

Serge Simon : Non, on ne peut pas dire cela. L’armée française a traité les Tirailleurs sénégalais comme le faisait le sens commun de l’époque: un paternalisme colonial. On devait « civiliser ces indigènes », considérés comme inférieurs. « Grands enfants », « sauvages », « combattants féroces, mais dociles » : les stéréotypes raciaux étaient la norme.

L’Institut Pasteur a mené un programme de vaccinations expérimentales, réduisant ces valeureux combattants à des cobayes. Y a-t-il eu, à l’époque, des plaintes ?

Serge Simon : En général, la guerre donnait l’occasion à des campagnes de vaccinations par la disponibilité de la soldatesque. Là où le bât blesse, c’est que le protocole habituel n’a pas été respecté et que l’essai a été arrêté parce qu’il n’avait pas mis en place d’essai animal avant.  Il n’y  a pas eu de plainte, mais des débats tendus, des condamnations éthiques…

En tant que médecin, comment avez-vous vécu cette violation du serment d’Hippocrate ?

Serge Simon : Il est impossible de juger une pratique datant de 100 ans. Mon film ne juge pas, il montre une polémique qui a eu lieu à l’époque.

En avril 1917, la tragédie s’aggrava encore: 3000 survivants du camp du Courneau périrent au cours de la bataille meurtrière du Chemin des Dames. Sont-ils honorés lors des commémorations annuelles ?

Serge Simon : Non, ils sont morts au Chemin des Dames, comme tant d’autres malheureusement.

A-t-on une idée de la raison pour laquelle les Tirailleurs africains ont disparu de la mémoire collective de la Gironde, à la différence d’autres régions comme le Nord, l’Est et le Sud-est de la France ?

Serge Simon : Je n’ai pas trouvé d’explication simple et unique. Mais citons le fait que les structures ont disparu (il n’y a plus de traces du camp du Courneau, contrairement au camp de Fréjus) et qu’il n’y a pas eu de combat. Il y a, aussi, le fait que l’histoire du Courneau n’est pas très glorieuse. Dans ce genre de situation, ce serait les victimes qui pourraient entretenir la mémoire. La communauté sénégalaise de Bordeaux s’y emploie depuis quelques années.

INFORMATIONS PRATIQUES :
Dans le cadre du festival (www.africolor.com):
Deux projections de «Une Pensée du Courneau, le mystère du Camp nègre », documentaire de Serge Simon (entrée libre) :
-Mardi 9 décembre, 20h30, soir, au Méliès (https://fr-fr.facebook.com/melies.demontreuil), à Montreuil (93). Métro Croix-de-Chavaux. Tél. 01 48 58 90 13.
-Mercredi 10 décembre, 19h30, autre projection du documentaire, à la Médiathèque Albert-Camus (http://mediatheques.agglo-evry.fr/EXPLOITATION/mediatheque-camus.aspx), Evry. Tél. 01 60 91 07 46.
Deux conférences de l’historien Tidiane Diakité  (entrée libre) :
-Vendredi 12 décembre, 19h30, Médiathèque de l’Agora (http://mediatheques.agglo-evry.fr/EXPLOITATION/mediatheque-agora.aspx), Evry. Tél. 01 69 91 59 59.
-Samedi 13 décembre, 16 heures, Bibliothèque Robert-Desnos (http://www.bibliotheque-montreuil.fr/pratique/ou-sommes-nous/bibliotheque-robert-desnos/), Montreuil (93). Tél. 01 48 70 69 04.
http://www.humanite.fr/lenfer-des-soldats-africains-durant-la-premiere-guerre-mondiale-559704


Posté mercredi 10 décembre 2014 à 11:22 |  par bbela

lundi 8 décembre 2014


Que fait l'armée française en Afrique ? (1) , c'est le titre du dernier " Dossier noir " de l'association Survie paru aux éditions Agone. Un dossier on ne peut plus actuel. Rencontre avec son auteur, Raphaël Granvaud, qui revient sur certaines questions abordées dans ce dossier.

La troisième partie de votre livre s'intitule "la réhabilitation du colonial", j'ai ressenti un vrai malaise à sa lecture. Je ne savais pas que l'armée française, du moins les forces spéciales opérant en Afrique, étaient travaillées à ce point par la nostalgie du colonialisme. Je me demande s'il ne faut pas voir dans la forte implication militaire française en Afrique, au-delà des enjeux économiques et géopolitiques, une manifestation de puissance. Comme si la France n'avait toujours pas digéré les indépendances africaines, comme si elle ne pouvait renoncer à être une "plus grande France" (formule qui désignait l'empire français)…

Les hommes politiques le revendiquent très clairement, qu'il s'agisse de Mitterrand, de Chirac ou de Sarkozy, on retrouve toujours dans leurs discours l'idée que "la France doit garder son rang dans le monde". On sent bien que c'est l'argument qui légitime le maintien de cette présence militaire en Afrique. Bien sûr cette présence offre de nombreux avantages : elle conditionne, dans une large mesure, la possibilité d'entretenir des situations de monopole économique dans certains pays et de surveiller des ressources stratégiques.

D'ailleurs certains régimes africains comme ceux du Tchad ou de la Centrafrique ne tiennent que par la force des armes, que par le soutien de l'armée française.

Depuis les indépendances, le prétexte majeur du maintien de la présence militaire française c'est de défendre les pays africains, avec lesquels on a passé des accords militaires, contre des agressions extérieures. Dans les faits, il n'y a quasiment jamais eu d'agressions extérieures, l'armée française n'a servi qu'à gérer les problèmes internes à des régimes confrontés à des rébellions armées ou à des mouvements populaires.

Le plus souvent, les armées des Etats africains postcoloniaux se comportent vis-à-vis de leurs propres populations comme des armées d'occupation. Leurs forces armées sont conçues avant tout pour répondre au péril de l' "ennemi intérieur" et non à celui d'une agression extérieure. Vos analyses montrent clairement la responsabilité de la France dans cet état de choses.

Absolument, ça faisait partie du kit théorique doctrinal qui a été inculqué aux officiers africains formés dans les écoles militaires françaises. Il faut rappeler qu'au moment des indépendances, les armées africaines sont créées de toute pièce : elles constituent alors une sorte de prolongement de l'armée coloniale française. Les armées africaines sont des filiales de l'armée française, elles sont structurées sur le même modèle, formées à partir de la même idéologie : la doctrine militaire de la "guerre révolutionnaire", de la "contre-insurrection" qui veut que le rôle principal de l'armée soit le "contrôle de la population". Mais pour les armées africaines, il ne s'agit pas du contrôle d'une population étrangère comme dans le cas de l'armée française en Algérie. La mission des militaires africains est de contrôler leurs propres populations, mais avec les mêmes méthodes que l'armée française a employées dans ses guerres coloniales. C'est ce qui s'est passé au Cameroun, au moment de l'indépendance, dans la guerre sanglante menée contre les maquis de l'UPC (Union des Populations du Cameroun). Dans le cas du Rwanda, le chercheur Gabriel Périès a retrouvé des mémoires d'officiers rwandais, formés en France dans les années 80-90, dans lesquels on retrouve cette obsession de lutter contre l'ennemi intérieur, de mettre en œuvre des tactiques contre-insurrectionnelles. Menée à son terme, la logique du " contrôle de la population " conduit au génocide…

En dressant la généalogie de la guerre contre-insurrectionnelle, votre livre souligne les continuités et similitudes qui existent entre guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie et guerres postcoloniales du Cameroun (une guerre occultée) et du Rwanda.

Je n'ai fait que rapporter des travaux qui existent sur le sujet. Officiellement, depuis la fin de la guerre d'Algérie, ces théories contre-insurrectionnelles sont remisées et des méthodes comme la torture ou la guerre psychologique proscrites. Dans les faits, il y a eu une première vague d'exportation des tactiques anti-subversives françaises à destination des dictatures sud-américaines : des gens comme le général Aussaresse (connu pour ses révélations sur l'usage systématique de la torture en Algérie) ont pu ainsi continuer à transmettre leur " savoir-faire "… Puis ce savoir-faire anti-insurrectionnel a été recyclé en Afrique francophone pour gérer les indépendances et la période post-indépendance. Moi, ce que j'ai essayé de montrer, c'est que cette tradition de la "guerre révolutionnaire" se poursuit aujourd'hui, de façon plus subtile. Quand on lit les publications militaires contemporaines, on retrouve des références à des gens comme Trinquier (théoricien principal de la "guerre contre-insurrectionnelle"), mais aussi des références aux techniques de conquête coloniale de Liautey ou de Gallieni (guerres coloniales de "pacification" fin 19ème – début 20ème siècle) ; des stratèges qui reviennent au goût du jour quand il s'agit de penser des situations de conflit comme celles de l'Afghanistan ou de la Côte d'ivoire.

Sur le plan des savoir-faire et des discours, l'armée française entretient donc un rapport intime avec son histoire coloniale. Y a-t-il une spécificité de l'armée française de ce point de vue là ?

Les militaires français considèrent qu'il y a une tradition culturelle française plus forte que celle des anglo-saxons sur le plan du contact avec les populations. L'armée française prétend détenir un vrai savoir-faire lui permettant de mieux se faire accepter en tant qu'armée d'occupation. C'est la question du "contrôle des populations". Pour les militaires français, il ne faut pas faire comme les Américains qui arrivent, militairement par la force, et qui ensuite se barricadent. L'armée française se flatte d'être capable d'agir de manière psychologique, en menant des opérations "civilo-militaires" pour faire accepter auprès des populations civiles la présence des militaires. Toujours avec cette idée, qui remonte à l'Indochine, qu'on va pouvoir séparer dans la population le bon grain de l'ivraie, et couper les rébellions de leurs bases populaires.

L'armée française a-t-elle recours à des savoirs de type ethnologique dans son approche des populations des pays occupés ?

Quand on gratte un peu, on retombe toujours sur une espèce de prêt à penser, directement issu de la période coloniale. Les forces spéciales françaises sont sensées, en plus d'un savoir-faire proprement militaire, posséder un savoir culturel, ethnologique qui les rendrait plus à même d'opérer dans certaines zones géographiques du monde, en particulier en Afrique. Ces savoirs "culturalistes" reposent sur des conceptions complètement dépassées d'un point de vue universitaire. Quand on lit des interventions d'officiers dans des colloques, on trouve des choses absolument ahurissantes comme : "la présence de l'armée française est nécessaire parce que les Africains ont du mal à se projeter dans l'avenir". Les mêmes clichés éculés qui émaillaient le discours de Dakar de Sarkozy : ce vieux fond colonial qui prétend être une connaissance permettant une intervention sur des populations.

Revenons sur le cas du Cameroun, le premier pays africain, en 1960, à accéder à l'indépendance (le 1er janvier). Du milieu des années 50 au début des années 70, il s'est produit une véritable guerre dans ce pays : des dizaines de milliers de morts, plus de 100 000 selon certaines sources. Cette guerre menée contre l'UPC par un régime à la solde de la France relève-t-elle, elle aussi, de la guerre "anti-insurrectionnelle" ?

Le chercheur Gabriel Périès a montré récemment comment les dispositifs mis en place en Algérie ont été décalqués au Cameroun à la même époque (2). Le quadrillage des territoires, la torture à grande échelle, la déportation des populations, la politique de la terre brûlée, tout ce qui se faisait en Algérie a été repris tel quel au Cameroun. Il faut signaler sur le sujet l'excellent documentaire "Autopsie d'une indépendance" (3) dans lequel on peut entendre Mesmer déclarer à propos des bombardements des villages au napalm que "ce n'est pas important". Ce sont des choses qui, ces dernières années, commencent à remonter à la surface.

Cela remet donc complètement en question le mythe d'une "décolonisation douce"…

La " décolonisation en douceur " reste la version officielle si l'on se réfère aux programmes scolaires en histoire au collège ou au lycée. Un des enjeux de l'étude de la décolonisation c'est de montrer qu'il y a eu, d'un côté, une décolonisation violente, celle de l'Algérie et, de l'autre, une décolonisation qualifiée de pacifique, de "douce". Les cas du Cameroun et de Madagascar suffisent à montrer que c'est un mythe complet : le mythe des indépendances en douceur préparées par Deferre et de Gaulle après la conférence de Brazzaville en 46. Dans les faits, tout ce qui a été concédé par la France l'a été contre le gré de la métropole, souvent après des tentatives désespérées de reprise en main violentes. Cela s'est accompagné d'un processus d'élimination des mouvements indépendantistes et de leurs leaders, mais aussi de la promotion d'hommes politiques à la dévotion des intérêts français. Dans l'après-guerre, il y a eu une émergence de mouvements indépendantistes, autonomistes, progressistes, révolutionnaires, un vent d'espoir irrésistible : il y avait des idéologies variées qui mobilisaient les populations, et ces mouvements ont été étouffés, brisés, parfois, comme dans le cas du Cameroun, complètement éradiqués. Il y a donc eu une longue période où les populations africaines ont été orphelines d'un certain nombre de mouvements et de leaders. Ça commence à renaître maintenant avec les mouvements sociaux africains et les contre-sommets où la question de la domination néocoloniale est au centre des préoccupations de la société civile ; qu'il s'agisse de la présence française ou de systèmes plus mondialisés comme la dette et les politiques imposées par le FMI et la Banque Mondiale.

Revenons à l'armée française. Dans votre livre vous mentionnez un "détail" qui fait froid dans le dos : les troupes de marine sont toujours surnommées la "Coloniale"…

Les questions de tradition et d'identité sont des questions extrêmement fortes, en particulier dans les forces spéciales, dans cette composante de l'armée française issue de l'armée coloniale. Les troupes de marine sont extrêmement fières de leur passé colonial, elles en revendiquent l'esprit et les méthodes. Les prises d'armes comme les éditoriaux de leur revue L'Ancre d'or continuent à se clôturer sur ces mots " Et, au nom de Dieu, vive la Coloniale ! "

Et j'imagine qu'on retrouve souvent ces troupes de marine dans les opérations françaises menées en terre africaine.

Elles composent en effet la majeure partie des forces spéciales auxquelles on fait appel lors des opérations sensibles : des opérations "coups de poing", des opérations à forte teneur en renseignement. On les retrouve également dans les opérations européennes (EUFOR). Lors de la première d'entre elles, en République Démocratique du Congo, en 2003, la France s'était flattée d'avoir inculqué un certain nombre de méthodes à des forces militaires européennes, en particulier aux forces spéciales suédoises. Depuis on se demande quelles méthodes puisque parmi ces forces suédoises, certains militaires s'étaient plaints auprès de leur hiérarchie d'avoir eu à subir la vision d'actes de torture pratiqués par des militaires français sur des congolais. Ca a fait beaucoup de bruit en Suède, beaucoup moins en France…

Est-ce qu'il y a un contrôle du Parlement français sur les opérations militaires menées en Afrique ?

Théoriquement, depuis la modification constitutionnelle opérée à l'été 2008, il y a un droit de regard du parlement sur les opérations extérieures, mais un droit extrêmement limité. Les députés ont le droit d'être informé d'une opération extérieure dans les 3 jours après son déclenchement, ils restent donc mis devant le fait accompli. Le parlement ne possède un pouvoir de contrôle que sur les opérations lourdes de plus de 4 mois (qui ne représentent qu'une petite partie des opérations militaires) dont il peut refuser le renouvellement. Il n'y a aucun contrôle par contre sur les opérations secret-défense spéciales et les opérations clandestines de la DGSE.

Le Tchad et la République Centrafricaine (RCA) représentent certainement aujourd'hui l'exemple le plus caricatural de l'ingérence militaire française dans certaines régions d'Afrique. Vous consacrez d'ailleurs une place importante dans votre livre à ces deux terrains d'intervention.

En 2006, en RCA, la France a monté une opération du même type que Kolwezi (sauvetage du régime de Mobutu grâce à l'intervention des parachutistes français) : l'armée française a largué des parachutistes pour reconquérir Birao, dans l'ignorance totale de la population française mais aussi des parlementaires. Cette opération a sauvé le régime du président centrafricain Bozizé. Ce type d'opération reste aujourd'hui tout à fait possible. Plus récemment, lors de la dernière offensive sérieuse des rebelles sur la capitale tchadienne, il y a eu une intervention officielle de l'armée française sous prétexte de sécuriser ses ressortissants. Cette opération a permis de sécuriser l'aéroport d'où ont pu décoller les mercenaires d'Idriss Deby… D'après le journal La Croix, la "sécurisation" de l'aéroport de N'Djamena s'est accompagnée aussi d'une intervention militaire des forces spéciales françaises qui ont pris directement part aux combats contre les rebelles : une opération clandestine qui n'est toujours pas reconnue par les autorités françaises…

Dans son dernier rapport sur la Centrafrique, Human Rights Watch est très critique par rapport aux dernières interventions de l'armée française en RCA.

Dans le rapport qu'elle a publié en 2007, l'ONG a pointé un certain nombre de choses : elle a détaillé la politique de terre brûlée menée par l'armée centrafricaine à l'égard des populations du Nord, des populations accusées de soutenir les mouvements rebelles. Là aussi, on retrouve les techniques coloniales françaises : il s'agit de terroriser les populations afin de priver de leur soutien les mouvements rebelles. Les exactions les plus graves ont été commises dans le sillage direct des interventions militaires françaises. Après la reprise de Birao par l'armée française, cette ville a été ravagée par les forces centrafricaines. A l'époque, dans les journaux, les militaires français ont fait peser la responsabilité des destructions sur les rebelles. On sait depuis qu'il s'agissait d'une tentative de dissimulation qui relève de la complicité de crime de guerre. Il y a également dans le rapport de HRW des photos qui interrogent : on voit des officiers français à proximité directe de l'OCRB (Office Central de Répression du Banditisme), une sorte de milice qui se livre à des exécutions sommaires.

Vu la nature de ses interventions en Afrique, la France est-elle vraiment en mesure de commémorer le cinquantenaire des "indépendances" africaines ?  On sent qu'il y a un gros malaise au niveau de la commémoration de ce cinquantenaire. Ce malaise n'est pas étranger au fait que toutes les interventions orales de Nicolas Sarkozy [ et François Hollande] sur la question de l'Afrique affirment une volonté de rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs. Mais en dehors des discours, de rupture on n'en voit pas : c'est toujours le règne des pressions diverses, des émissaires occultes, des accords secrets, des opérations clandestines. On va avoir en guise de célébration des choses assez caricaturales : un défilé du 14 juillet où, sous couvert de rendre hommage aux tirailleurs africains, on va inviter des armées comme celles du Cameroun ou du Congo connues pour leurs exactions envers les populations. La véritable décolonisation et la célébration de cette décolonisation restent à faire…

Source : http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-17055.html

Notes

1. Que fait l'armée française en Afrique ? Editions Agone, oct. 2009.

2. cf. Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994), Gabriel Périès et David Servenay, Editions La Découverte, 2007.

3. Cameroun, Autopsie d'une indépendance, réalisation Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, durée 52′, production : France 5 / Program 33, 2007.
Quelques références :

En Centrafrique, stratégie française et enjeux régionaux http://www.monde-diplomatique.fr/20…

État d'anarchie (rapport Human Rights Watch sur la RCA) Rébellions et exactions contre la population civile http://www.hrw.org/fr/reports/2007/…

Cameroun : retour sur une décolonisation sanglante http://www.afriscope.fr/spip.php?ar…

Où est le "centre" de l'Afrique ? http://www.africultures.com/php/ind…

Marchés militaires et économie de la prédation, des pays du lac Tchad et du Soudan occidental au Golfe de Guinée. http://www.africultures.com/php/ind…

Cinquante ans de décolonisation africaine http://www.africultures.com/php/ind…

Le « Dossier noir » de l'armée française en Afrique


Que fait l'armée française en Afrique ? (1) , c'est le titre du dernier " Dossier noir " de l'association Survie paru aux éditions Agone. Un dossier on ne peut plus actuel. Rencontre avec son auteur, Raphaël Granvaud, qui revient sur certaines questions abordées dans ce dossier.

La troisième partie de votre livre s'intitule "la réhabilitation du colonial", j'ai ressenti un vrai malaise à sa lecture. Je ne savais pas que l'armée française, du moins les forces spéciales opérant en Afrique, étaient travaillées à ce point par la nostalgie du colonialisme. Je me demande s'il ne faut pas voir dans la forte implication militaire française en Afrique, au-delà des enjeux économiques et géopolitiques, une manifestation de puissance. Comme si la France n'avait toujours pas digéré les indépendances africaines, comme si elle ne pouvait renoncer à être une "plus grande France" (formule qui désignait l'empire français)…

Les hommes politiques le revendiquent très clairement, qu'il s'agisse de Mitterrand, de Chirac ou de Sarkozy, on retrouve toujours dans leurs discours l'idée que "la France doit garder son rang dans le monde". On sent bien que c'est l'argument qui légitime le maintien de cette présence militaire en Afrique. Bien sûr cette présence offre de nombreux avantages : elle conditionne, dans une large mesure, la possibilité d'entretenir des situations de monopole économique dans certains pays et de surveiller des ressources stratégiques.

D'ailleurs certains régimes africains comme ceux du Tchad ou de la Centrafrique ne tiennent que par la force des armes, que par le soutien de l'armée française.

Depuis les indépendances, le prétexte majeur du maintien de la présence militaire française c'est de défendre les pays africains, avec lesquels on a passé des accords militaires, contre des agressions extérieures. Dans les faits, il n'y a quasiment jamais eu d'agressions extérieures, l'armée française n'a servi qu'à gérer les problèmes internes à des régimes confrontés à des rébellions armées ou à des mouvements populaires.

Le plus souvent, les armées des Etats africains postcoloniaux se comportent vis-à-vis de leurs propres populations comme des armées d'occupation. Leurs forces armées sont conçues avant tout pour répondre au péril de l' "ennemi intérieur" et non à celui d'une agression extérieure. Vos analyses montrent clairement la responsabilité de la France dans cet état de choses.

Absolument, ça faisait partie du kit théorique doctrinal qui a été inculqué aux officiers africains formés dans les écoles militaires françaises. Il faut rappeler qu'au moment des indépendances, les armées africaines sont créées de toute pièce : elles constituent alors une sorte de prolongement de l'armée coloniale française. Les armées africaines sont des filiales de l'armée française, elles sont structurées sur le même modèle, formées à partir de la même idéologie : la doctrine militaire de la "guerre révolutionnaire", de la "contre-insurrection" qui veut que le rôle principal de l'armée soit le "contrôle de la population". Mais pour les armées africaines, il ne s'agit pas du contrôle d'une population étrangère comme dans le cas de l'armée française en Algérie. La mission des militaires africains est de contrôler leurs propres populations, mais avec les mêmes méthodes que l'armée française a employées dans ses guerres coloniales. C'est ce qui s'est passé au Cameroun, au moment de l'indépendance, dans la guerre sanglante menée contre les maquis de l'UPC (Union des Populations du Cameroun). Dans le cas du Rwanda, le chercheur Gabriel Périès a retrouvé des mémoires d'officiers rwandais, formés en France dans les années 80-90, dans lesquels on retrouve cette obsession de lutter contre l'ennemi intérieur, de mettre en œuvre des tactiques contre-insurrectionnelles. Menée à son terme, la logique du " contrôle de la population " conduit au génocide…

En dressant la généalogie de la guerre contre-insurrectionnelle, votre livre souligne les continuités et similitudes qui existent entre guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie et guerres postcoloniales du Cameroun (une guerre occultée) et du Rwanda.

Je n'ai fait que rapporter des travaux qui existent sur le sujet. Officiellement, depuis la fin de la guerre d'Algérie, ces théories contre-insurrectionnelles sont remisées et des méthodes comme la torture ou la guerre psychologique proscrites. Dans les faits, il y a eu une première vague d'exportation des tactiques anti-subversives françaises à destination des dictatures sud-américaines : des gens comme le général Aussaresse (connu pour ses révélations sur l'usage systématique de la torture en Algérie) ont pu ainsi continuer à transmettre leur " savoir-faire "… Puis ce savoir-faire anti-insurrectionnel a été recyclé en Afrique francophone pour gérer les indépendances et la période post-indépendance. Moi, ce que j'ai essayé de montrer, c'est que cette tradition de la "guerre révolutionnaire" se poursuit aujourd'hui, de façon plus subtile. Quand on lit les publications militaires contemporaines, on retrouve des références à des gens comme Trinquier (théoricien principal de la "guerre contre-insurrectionnelle"), mais aussi des références aux techniques de conquête coloniale de Liautey ou de Gallieni (guerres coloniales de "pacification" fin 19ème – début 20ème siècle) ; des stratèges qui reviennent au goût du jour quand il s'agit de penser des situations de conflit comme celles de l'Afghanistan ou de la Côte d'ivoire.

Sur le plan des savoir-faire et des discours, l'armée française entretient donc un rapport intime avec son histoire coloniale. Y a-t-il une spécificité de l'armée française de ce point de vue là ?

Les militaires français considèrent qu'il y a une tradition culturelle française plus forte que celle des anglo-saxons sur le plan du contact avec les populations. L'armée française prétend détenir un vrai savoir-faire lui permettant de mieux se faire accepter en tant qu'armée d'occupation. C'est la question du "contrôle des populations". Pour les militaires français, il ne faut pas faire comme les Américains qui arrivent, militairement par la force, et qui ensuite se barricadent. L'armée française se flatte d'être capable d'agir de manière psychologique, en menant des opérations "civilo-militaires" pour faire accepter auprès des populations civiles la présence des militaires. Toujours avec cette idée, qui remonte à l'Indochine, qu'on va pouvoir séparer dans la population le bon grain de l'ivraie, et couper les rébellions de leurs bases populaires.

L'armée française a-t-elle recours à des savoirs de type ethnologique dans son approche des populations des pays occupés ?

Quand on gratte un peu, on retombe toujours sur une espèce de prêt à penser, directement issu de la période coloniale. Les forces spéciales françaises sont sensées, en plus d'un savoir-faire proprement militaire, posséder un savoir culturel, ethnologique qui les rendrait plus à même d'opérer dans certaines zones géographiques du monde, en particulier en Afrique. Ces savoirs "culturalistes" reposent sur des conceptions complètement dépassées d'un point de vue universitaire. Quand on lit des interventions d'officiers dans des colloques, on trouve des choses absolument ahurissantes comme : "la présence de l'armée française est nécessaire parce que les Africains ont du mal à se projeter dans l'avenir". Les mêmes clichés éculés qui émaillaient le discours de Dakar de Sarkozy : ce vieux fond colonial qui prétend être une connaissance permettant une intervention sur des populations.

Revenons sur le cas du Cameroun, le premier pays africain, en 1960, à accéder à l'indépendance (le 1er janvier). Du milieu des années 50 au début des années 70, il s'est produit une véritable guerre dans ce pays : des dizaines de milliers de morts, plus de 100 000 selon certaines sources. Cette guerre menée contre l'UPC par un régime à la solde de la France relève-t-elle, elle aussi, de la guerre "anti-insurrectionnelle" ?

Le chercheur Gabriel Périès a montré récemment comment les dispositifs mis en place en Algérie ont été décalqués au Cameroun à la même époque (2). Le quadrillage des territoires, la torture à grande échelle, la déportation des populations, la politique de la terre brûlée, tout ce qui se faisait en Algérie a été repris tel quel au Cameroun. Il faut signaler sur le sujet l'excellent documentaire "Autopsie d'une indépendance" (3) dans lequel on peut entendre Mesmer déclarer à propos des bombardements des villages au napalm que "ce n'est pas important". Ce sont des choses qui, ces dernières années, commencent à remonter à la surface.

Cela remet donc complètement en question le mythe d'une "décolonisation douce"…

La " décolonisation en douceur " reste la version officielle si l'on se réfère aux programmes scolaires en histoire au collège ou au lycée. Un des enjeux de l'étude de la décolonisation c'est de montrer qu'il y a eu, d'un côté, une décolonisation violente, celle de l'Algérie et, de l'autre, une décolonisation qualifiée de pacifique, de "douce". Les cas du Cameroun et de Madagascar suffisent à montrer que c'est un mythe complet : le mythe des indépendances en douceur préparées par Deferre et de Gaulle après la conférence de Brazzaville en 46. Dans les faits, tout ce qui a été concédé par la France l'a été contre le gré de la métropole, souvent après des tentatives désespérées de reprise en main violentes. Cela s'est accompagné d'un processus d'élimination des mouvements indépendantistes et de leurs leaders, mais aussi de la promotion d'hommes politiques à la dévotion des intérêts français. Dans l'après-guerre, il y a eu une émergence de mouvements indépendantistes, autonomistes, progressistes, révolutionnaires, un vent d'espoir irrésistible : il y avait des idéologies variées qui mobilisaient les populations, et ces mouvements ont été étouffés, brisés, parfois, comme dans le cas du Cameroun, complètement éradiqués. Il y a donc eu une longue période où les populations africaines ont été orphelines d'un certain nombre de mouvements et de leaders. Ça commence à renaître maintenant avec les mouvements sociaux africains et les contre-sommets où la question de la domination néocoloniale est au centre des préoccupations de la société civile ; qu'il s'agisse de la présence française ou de systèmes plus mondialisés comme la dette et les politiques imposées par le FMI et la Banque Mondiale.

Revenons à l'armée française. Dans votre livre vous mentionnez un "détail" qui fait froid dans le dos : les troupes de marine sont toujours surnommées la "Coloniale"…

Les questions de tradition et d'identité sont des questions extrêmement fortes, en particulier dans les forces spéciales, dans cette composante de l'armée française issue de l'armée coloniale. Les troupes de marine sont extrêmement fières de leur passé colonial, elles en revendiquent l'esprit et les méthodes. Les prises d'armes comme les éditoriaux de leur revue L'Ancre d'or continuent à se clôturer sur ces mots " Et, au nom de Dieu, vive la Coloniale ! "

Et j'imagine qu'on retrouve souvent ces troupes de marine dans les opérations françaises menées en terre africaine.

Elles composent en effet la majeure partie des forces spéciales auxquelles on fait appel lors des opérations sensibles : des opérations "coups de poing", des opérations à forte teneur en renseignement. On les retrouve également dans les opérations européennes (EUFOR). Lors de la première d'entre elles, en République Démocratique du Congo, en 2003, la France s'était flattée d'avoir inculqué un certain nombre de méthodes à des forces militaires européennes, en particulier aux forces spéciales suédoises. Depuis on se demande quelles méthodes puisque parmi ces forces suédoises, certains militaires s'étaient plaints auprès de leur hiérarchie d'avoir eu à subir la vision d'actes de torture pratiqués par des militaires français sur des congolais. Ca a fait beaucoup de bruit en Suède, beaucoup moins en France…

Est-ce qu'il y a un contrôle du Parlement français sur les opérations militaires menées en Afrique ?

Théoriquement, depuis la modification constitutionnelle opérée à l'été 2008, il y a un droit de regard du parlement sur les opérations extérieures, mais un droit extrêmement limité. Les députés ont le droit d'être informé d'une opération extérieure dans les 3 jours après son déclenchement, ils restent donc mis devant le fait accompli. Le parlement ne possède un pouvoir de contrôle que sur les opérations lourdes de plus de 4 mois (qui ne représentent qu'une petite partie des opérations militaires) dont il peut refuser le renouvellement. Il n'y a aucun contrôle par contre sur les opérations secret-défense spéciales et les opérations clandestines de la DGSE.

Le Tchad et la République Centrafricaine (RCA) représentent certainement aujourd'hui l'exemple le plus caricatural de l'ingérence militaire française dans certaines régions d'Afrique. Vous consacrez d'ailleurs une place importante dans votre livre à ces deux terrains d'intervention.

En 2006, en RCA, la France a monté une opération du même type que Kolwezi (sauvetage du régime de Mobutu grâce à l'intervention des parachutistes français) : l'armée française a largué des parachutistes pour reconquérir Birao, dans l'ignorance totale de la population française mais aussi des parlementaires. Cette opération a sauvé le régime du président centrafricain Bozizé. Ce type d'opération reste aujourd'hui tout à fait possible. Plus récemment, lors de la dernière offensive sérieuse des rebelles sur la capitale tchadienne, il y a eu une intervention officielle de l'armée française sous prétexte de sécuriser ses ressortissants. Cette opération a permis de sécuriser l'aéroport d'où ont pu décoller les mercenaires d'Idriss Deby… D'après le journal La Croix, la "sécurisation" de l'aéroport de N'Djamena s'est accompagnée aussi d'une intervention militaire des forces spéciales françaises qui ont pris directement part aux combats contre les rebelles : une opération clandestine qui n'est toujours pas reconnue par les autorités françaises…

Dans son dernier rapport sur la Centrafrique, Human Rights Watch est très critique par rapport aux dernières interventions de l'armée française en RCA.

Dans le rapport qu'elle a publié en 2007, l'ONG a pointé un certain nombre de choses : elle a détaillé la politique de terre brûlée menée par l'armée centrafricaine à l'égard des populations du Nord, des populations accusées de soutenir les mouvements rebelles. Là aussi, on retrouve les techniques coloniales françaises : il s'agit de terroriser les populations afin de priver de leur soutien les mouvements rebelles. Les exactions les plus graves ont été commises dans le sillage direct des interventions militaires françaises. Après la reprise de Birao par l'armée française, cette ville a été ravagée par les forces centrafricaines. A l'époque, dans les journaux, les militaires français ont fait peser la responsabilité des destructions sur les rebelles. On sait depuis qu'il s'agissait d'une tentative de dissimulation qui relève de la complicité de crime de guerre. Il y a également dans le rapport de HRW des photos qui interrogent : on voit des officiers français à proximité directe de l'OCRB (Office Central de Répression du Banditisme), une sorte de milice qui se livre à des exécutions sommaires.

Vu la nature de ses interventions en Afrique, la France est-elle vraiment en mesure de commémorer le cinquantenaire des "indépendances" africaines ?  On sent qu'il y a un gros malaise au niveau de la commémoration de ce cinquantenaire. Ce malaise n'est pas étranger au fait que toutes les interventions orales de Nicolas Sarkozy [ et François Hollande] sur la question de l'Afrique affirment une volonté de rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs. Mais en dehors des discours, de rupture on n'en voit pas : c'est toujours le règne des pressions diverses, des émissaires occultes, des accords secrets, des opérations clandestines. On va avoir en guise de célébration des choses assez caricaturales : un défilé du 14 juillet où, sous couvert de rendre hommage aux tirailleurs africains, on va inviter des armées comme celles du Cameroun ou du Congo connues pour leurs exactions envers les populations. La véritable décolonisation et la célébration de cette décolonisation restent à faire…

Source : http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-17055.html

Notes

1. Que fait l'armée française en Afrique ? Editions Agone, oct. 2009.

2. cf. Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994), Gabriel Périès et David Servenay, Editions La Découverte, 2007.

3. Cameroun, Autopsie d'une indépendance, réalisation Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, durée 52′, production : France 5 / Program 33, 2007.
Quelques références :

En Centrafrique, stratégie française et enjeux régionaux http://www.monde-diplomatique.fr/20…

État d'anarchie (rapport Human Rights Watch sur la RCA) Rébellions et exactions contre la population civile http://www.hrw.org/fr/reports/2007/…

Cameroun : retour sur une décolonisation sanglante http://www.afriscope.fr/spip.php?ar…

Où est le "centre" de l'Afrique ? http://www.africultures.com/php/ind…

Marchés militaires et économie de la prédation, des pays du lac Tchad et du Soudan occidental au Golfe de Guinée. http://www.africultures.com/php/ind…

Cinquante ans de décolonisation africaine http://www.africultures.com/php/ind…

Posté lundi 8 décembre 2014 à 11:48 |  par bbela

mardi 4 novembre 2014


 Dr Francis Boyle

Vous devez probablement être soûlé du virus Ebola à force (et c'est compréhensible) mais cette interview vaut vraiment le coup d'être lue. Elle confirme une fois encore que les américains sont mouillés jusqu'au cou dans ce qui se passe actuellement. Comme ce genre d'article ne passera jamais dans les médias de masse, (le professeur confirme d'ailleurs ce point), n'hésitez pas à relayer l'info autour de vous malgré tout car cela change de la langue de bois usuelle sur le sujet et que le bonhomme connait son sujet.

Malheureusement, le seul impact qu'aura eu cette épidémie aura été de doper le nombre de téléchargements du jeu Plague, un jeu de stratégie consistant à "éradiquer l'humanité ene faisant évoluer un virus mortel sur la planète tout en l'adaptant pour contrer tout ce que les êtres humains feront pour se défendre." Voilà ce que le virus Ebola aura inspiré comme réaction à des millions de gens jusque là. ça se passe de commentaire... Fawkes

*****
Voici la retranscription en français de l’interview récente du spécialiste en guerre biologique, Francis Boyle(*), auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet des armes biologiques américaines, dont celui paru en français aux Editions Demi Lune "Guerre biologique et terrorisme".
L’enregistrement audio de cette émission se trouve ici :http://prn.fm/cant-happening-102214/

* * *
T R A N S C R I P T I O N

David Lindorff (du site ThisCantBeHappening) : Nous avons l’honneur d’accueillir sur notre antenne le juriste (lawyer) Francis Boyle, qui s’est distingué en portant plainte auprès d’un tribunal de Malaysie contre George W. Bush et Dick Cheney pour Crime contre l’humanité. Il va nous parler de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Il a une opinion assez sinistre sur cette affaire. Francis, vous êtes là ?
Francis Boyle : Merci beaucoup David de m’avoir invité. Pour contextualiser cette conversation, je suis celui qui a écrit le brouillon de la loi anti-terroriste contre les armes biologiques (Biological weapons anti-terrorism act) en 1989. Les États-Unis ont mis en place cette loi au titre de la Convention sur les armes biologiques, qui a été votée à l’unanimité par les deux chambres du Congrès US et mise en application par George W. Bush, et vous pouvez lire tous les détails dans mon livre « Guerre biologique et terrorisme », tout y est documenté…

DL : D’accord. C’est évidemment un sujet que vous connaissez très bien, et j’ai lu une interview de vous par une chaine grecque, qui était assez surprenante, où vous dites que cette épidémie n’est pas ce qu’on dit, avec cette histoire de chauves-souris qui sont venues par les airs depuis le Zaïre, et qu’il s’agirait ici d’une variante de l’ « Ébola du Zaïre » ce qui est curieux, car le Zaïre est à plus de 3500 km de là. De quoi s’agit-il à votre avis ?



FB : Oui. Entre nous, toute cette histoire ne tient pas debout. Le gouvernement américain possède trois laboratoires BSL-4 (Bio Safety Lab niveau 4). Un en Guinée, un au Libéria, un en Sierra Leone, au coeur de l’épidémie en Afrique de l’Ouest. Et ces laboratoires BSL-4 font toutes sortes de recherches plus effrayantes les unes que les autres sur les armes biologiques.

DL : Pourquoi sont-ils situés dans ces pays ?

FB : Parce que la Guinée n’a pas signé la Convention sur les Armes biologiques, le Libéria non plus. La Sierra Leone l’a signée, mais c’est une colonie britannique. J’avais d’ailleurs contesté dès 1988 le programme du Pentagone de recherche sur la Defense biologique (Biological Defense program) – et vous pouvez le lire dans mon livre, et leur avais demandé pourquoi ils conduisaient cette « double recherche », offensive et défensive, sur les armes biologiques au Libéria – qui à l’époque était une dictature militaire sous le joug du Capitaine Doe soutenu par la CIA – en contournant ainsi la Convention sur les armes biologiques. J’ai tout ici, dans un document du gouvernement US intitulé « Biological Defense program », et vous trouverez tout ça dans mon livre : le Center for Desease Control (CDC) menait des recherches dans le domaine biologique pour le Pentagone, en Sierra Leone, déjà en 1988, et probablement même avant ça, car il a fallu construire le laboratoire. De plus, la Columbia University menait aussi des travaux dans le domaine des armes biologiques (Bio warfare) pour le Pentagone, au Libéria, dès 1988. C’est celui que j’avais contesté en parlant de contournement des termes de la BWC (Bio-Weapons Convention, ou Convention sur les armes biologiques). Voyez-vous David, tout ceci n’est qu’une vaste opération de camouflage par le CDC. Ils sont plongés jusqu’au cou dans ces horribles travaux de recherche sur les armes biologiques depuis au moins 1988.

DL : Vous avez parlé de « double recherche », pouvez-vous préciser ?

FB : Bien, voilà ce qui se passe : pour pouvoir justifier ces travaux effrayants, si vous lisez les contrats, et j’ai pu en lire un avant que tout ne soit classifié, vous y lisez : "Il pourrait y avoir cette terrible forme de maladie émergente, et nous devons développer un vaccin pour cela. Et donc, nous allons commencer à travailler sur ce virus, il est possible que nous ayons à le modifier génétiquement et…"

DL : – (l’interviewer a un rire nerveux)

FB : Non David, ne riez pas, j’ai lu ces documents…

DL : C’est un rire nerveux, c’est que je suis horrifié !

FB : …au début des années 1980, sous l’administration Reagan, au moment où j’ai pris connaissance de tout ça, « et par conséquent, nous devons le modifier génétiquement, ou faire une chose de ce genre, pour créer un vaccin et protéger tout le monde. » C’est ce qui était écrit, et ils font ça pour tous les virus : L’ébola, la fièvre hémorragique, etc… Si vous ne me croyez pas, lisez l’édition du New York Times de vendredi dernier, où l’administration Obama a essayé d’enterrer tout ça. Obama y déclare : « Notre politique officielle est désormais d’arrêter ce type de recherche ». Ce qui revient à admettre qu’ils en faisaient.

DL : C’était vendredi dernier ?

FB : Oui, le New York Times de vendredi dernier. Cela revenait donc à admettre qu’ils en faisaient ce genre de recherches jusqu’à vendredi dernier au moins. Et si vous jetez un oeil sur la liste de ces recherches, le virus Evola n’y figure pas. Pourquoi ? Cela ne signifie pas qu’ils ne faisaient pas de « double recherche » sur l’Ebola. Toutes ces informations sont publiques. Si Ebola avait été sur la liste vendredi, les gens auraient demandé : mais que faisiez-vous avec ce virus Ebola ? Okay ? Cet article de vendredi dans le New York Times, c’est un peu le «Smoking Gun » [la preuve irréfutable - NdT], puisqu’Obama admet que les USA ont mené ce genre de recherches. Et en consultant la documentation, j’ai pu remonter jusqu’à l’administration Reagan, avec ces néoconservateurs qui sont arrivés au pouvoir et qui voulaient des armes biologiques. Et vous pouvez aussi lire le document du PNAC [Project for the New American Century, traduit en français ici] en 2000, ces mêmes néoconservateurs de l’ère Reagan qui écrivaient clairement vouloir développer des armes biologiques. Ils sont revenus au pouvoir avec Bush Junior, et ils ont poursuivi dans cette voie. Les néocons voulaient ces armes biologiques, et je pense que ça a vraiment commencé sous Reagan et ça a continué depuis. La deuxième administration Reagan l’a fait aussi, pas la première, mais 2e très certainement, sous l’influence de ce Richard J. Danzig qui est maintenant aux Conseils d’administration de ces sociétés "Big Pharma", et qui a établi des accords (bundle) en violation duForeign Exchange (FX) and Governement Act.

DL : A-t-on la preuve que la souche du virus Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest a été génétiquement modifiée ?

FB : Laissez-moi vous dire ceci : toutes les précédentes épidémies d’Ebola en Afrique avaient été circonscrites, avec un taux de mortalité de 50%. Celle-ci n’est pas « contenue » et a un taux de mortalité de 70%. Cela me fait dire que nous avons affaire à un organisme génétiquement modifié, ou OGM. Nous savons que ce type de travaux était conduit à Fort Detrick. Il y a aussi ce Docteur Kawaoka à l’University du Wisconsin de Madison, il a admis sur sa page Web avoir modifié génétiquement le virus Eola pour le rendre plus violent. Il a aussi ressuscité le virus de la grippe espagnole, pour le Pentagone.

DL : Doux Jésus…

FB : Il a aussi fait des recherches très poussées sur la grippe, y compris en modifiant génétiquement le virus H5N1, ce virus de la grippe si dangereux qui a sévi lors de l’épidémie du SRAS [SRAS -Syndrome respiratoire aigu sévère – NdT]. Et le tout était financé par le Pentagone ou bien le National Institute of Health (NIH), ou par le CDC. Ces travaux étaient si dangereux qu’il avait dû transférer son laboratoire du Wisconsin vers le Winnipeg au Canada. Mais peut-être que les Canadiens ont dit « allez-vous-en d’ici, on ne veut pas de vous ici, c’est trop dangereux pour nous », je ne sais pas. Ce que l’on sait, c’est que le laboratoire BSL-4 Kanema de l’Université de Tulane était impliqué. Nous savons qu’ils font ce type de recherches sur les armes biologiques depuis longtemps. [Le laboratoire US de] Fort Detrick était impliqué aussi. Ils sont connus également depuis longtemps pour conduire ce genre de recherches, y compris sur le virus Ebola. Les trois laboratoires que j’ai cités ont tous été mis en place par l’USAID, qui n’est rien d’autre qu’une organisation servant de couverture pour la CIA. Je suis juste en train d’essayer de relier tous ces points entre eux, sur la base des informations que j’ai pu récolter sur ces armes biologiques, depuis si longtemps, depuis mes études à l’université de droit à Harward, et je me suis intéressé professionnellement à la question, puisque j’ai été appelé à défendre le Council for Responsible Genetics au début des années 1980, dans leur Comité sur les armes biologiques, etc…

DL : Êtes-vous en train de suggérer que cette épidémie a été déclenchée délibérément, ou bien s’agit-il selon vous d’un accident, le virus leur aurait échappé sans qu’ils le veuillent ?

FB : Vous savez David, si vous allez sur le site Web du Ministère de la Santé de la Sierra Leone – c’est une information publique – ils ont fermé le BSL-4 de Kanema cet été et ont affirmé que c’était la source de l’épidémie Ebola, car Tulane et d’autres laboratoires administraient des vaccins aux gens.

DL : Vous voulez dire, au personnel des laboratoires ?

FB : Non, aux gens, aux Africains de l’Ouest. Sur une large échelle.

DL : Mais alors il y a un vaccin ?

FB : Ils disent que c’est un vaccin, mais ce dont il s’agit, c’est un virus Ebola vivant. Ils ont affaire à un virus Ebola vivant pour ce soi-disant vaccin.

DL : (rire nerveux du journaliste)

FB : De plus, nous savons que le NIH, a travaillé avec le CDC, depuis un certain temps pour combiner le virus vivant d’Ebola avec celui du « rhume commun ».
 
DL : Mon Dieu. Mais pourquoi font-ils ça ? Comment justifient-ils cela ?

FB : Mais pour développer un vaccin, David.

DL : C’est comme ça qu’ils l’expliquent ?


FB : Eh oui, c’est tout ce qu’ils peuvent dire. Et donc, si vous mettez ensemble le virus vivant d’Ebola avec celui du rhume, vous obtenez quelque chose qui est aussi contagieux que le rhume commun, mais pas autant que la grippe. Et ça pourrait bien être ce à quoi nous avons affaire ici. Ce vaccin, ou appelez-le comme vous voulez, avec l’Ebola vivant et le rhume commun, a été injecté à une vaste population en Sierra Leone, et peut-être au Libéria, et c’est cela l’origine de l’épidémie, mais ne me croyez pas sur parole et allez voir le site Web du Ministère de la Santé de la Sierra Leone, et vous verrez que c’est leur conclusion sur ce qui arrive aujourd’hui, et c’est pour cela qu’ils ont ordonné la fermeture du laboratoire américain BSL-4 cet été.

DL : Est-ce pour cela qu’ils sont contents que les Cubains soient venus, plutôt que de voir les Américains arriver ?

FB : Le problème c’est qu’aucun Américain ne veut y aller, parce qu’ils savent que les USA sont derrière tout ça. Si vous regardez ce qu’ils appellent le « projet d’aide », c’est le vide total. C’est simplement une vaste mise en scène pour faire croire qu’ils font quelque chose, alors qu’en réalité ils ne font pratiquement rien.

DL : Les USA n’ont d’ailleurs envoyé aucun médecin là-bas, seulement des soldats, n’est-ce pas ?

FB : Exact. Et la raison est claire. La semaine dernière il y avait une réunion à Kanema, en Sierra Leone, avec des représentants de toutes ces organisations gouvernementales internationales, et la décision a été prise d’abandonner ces gens à leur sort. Pas de traitement…

DL : Oui j’ai lu ça, il faut juste les laisser se soigner eux-mêmes.

FB : Ils les renvoient à la maison avec du simple Tylénol (Doliprane). Ils sont désormais livrés à eux-mêmes, et ce à quoi nous assistons est seulement une mise en scène pour faire croire que les USA font quelque chose, alors qu’ils ne font rien. Les Cubains se sont montrés très héroïques vu la situation. L’organisation Médecins sans frontières est là aussi, et certaines ONG privées également. Mais toutes les organisations gouvernementales sont absentes, en fait elles n’ont jamais voulu s’en mêler, car elles ont réalisé que derrière l’épidémie, il y avait la recherche US sur les armes biologiques, et qu’il n’y avait pas grand-chose à faire, et que tout ce qui restait à faire c’était de laisser tout cela se consumer tout seul.

DL : Ce que vous dites est vraiment convaincant et me suggère deux choses. La première est la suivante : bien que le milieu de la médecine inclut beaucoup de gens très motivés sur le plan de l’aide humanitaire, pourquoi n’avons-nous eu aucun "whistle blower" (lanceur d’alerte) sur ce sujet ? Cela semble si scandaleux et dégoutant que quelqu’un aurait dû lancer l’alerte, non ?

FB : David, si vous regardez au cours de toutes ces années, et ces informations sont du domaine public, il y a environ 27 ou 28 microbiologistes qui sont morts.[1]

DL : Oui j’ai lu ça.

FB : 27 ou 28 microbiologistes morts. Je pense que ces chercheurs ont menacé de sonner l’alarme sur ces programmes aussi dangereux qu’illégaux de recherches américaines sur les armes biologiques, et on les a tués. Et c’est pour cela que nous n’avons pas de lanceurs d’alerte ici, parce qu’ils seraient tués eux aussi. Je crois que c’est clair.

DL : Oui j’ai lu à ce sujet, la liste est impressionnante. Et il y a des histoires bizarres de personnes qui arrêtent leur voiture au-dessus d’un pont et qui sautent.

FB : Des histoires souvent ridicules. Et je crois que tous ces microbiologistes, plutôt que de sonner l’alarme, ils sont allés voir leur supérieur, au CDC ou ailleurs. Cette information a suivi son chemin et on les a éliminés. C’est pour cela que nous n’avons pas de whistle blowers. En fait nous en avions, mais ils sont tous morts, avant qu’ils n’aient pu lancer l’alerte.

DL : Avez-vous publié vous-même sur ce sujet et sur les documents dont vous me parlez ? Ou bien comptez-vous le faire ?

FB : J’ai donné des interviews. Nous avons envoyé des communiqués de presse, à l’Institute for Public Accuracy, et j’ai donné aussi des interviews. J’ai travaillé sur d’autres sujets depuis le début de cette crise, mais si vous allez sur Internet, vous verrez que je suis un peu partout…

DL : Oui, j’ai vu ça. Mais pas dans les grands médias, évidemment.

 
 
FB : Évidemment, quelqu’un a donné l’ordre de ne pas m’interviewer, et d’ailleurs, après les attaques à l’anthrax d’octobre 2001, j’ai été le premier à dire qu’il s’agissait d’anthrax militarisé (weaponized anthrax) provenant d’un laboratoire gouvernemental américain. Ce qui fut confirmé plus tard. Mais personne ne m’a interrogé. Je crois que j’ai donné en tout et pour tout trois interviews. Une à FoxNews, à Boston, j’ai donné une conférence à Harvard, et une interview à la BBC, et à une chaine de la Pacific à Washington. Je parle de tout ça dans mon livre. Cela s’est passé dans les tout premiers jours après les attaques, et après plus rien. Le grand silence. Plus personne n’a parlé avec moi. Plus personne parmi les grands médias. Ces communiqués de presse sont envoyés à plus de 8000 organes de presse tout autour du globe, tous l’ont vu. Tous savent qui je suis. Mais il est clair qu’un ordre a été donné de ne pas avoir affaire avec moi. Et donc, non, rien dans les grands médias.

DL : Et les médias grands publics dans d’autres pays ? En Russie, en Chine, ou ailleurs ?

FB : Très peu. En Grèce, j’ai donné une interview[2], mais c’est la seule. Le gouvernement US a probablement dit à ces médias de se tenir éloignés de Francis Boyle. Mais vous savez, je ne suis pas payé pour les interviews, je ne suis pas en train de perdre de l’argent, je fais ça pour informer le public, pour essayer de faire sortir la vérité. Les seuls à m’interviewer ont été des médias alternatifs comme le vôtre.

DL : Ce qui est étrange dans cette histoire d’armes biologiques génétiquement modifiées, c’est qu’il est difficile de prévoir là où elle va frapper. En supposant que ce que vous dites est exact, comment peuvent-ils penser tenir ce virus éloigné des USA ?

FB : Vous savez, M. Duncan est ici, aux USA. Il est le cas « zéro » [le premier en dehors des USA – NdT]. L’information est déjà parue, selon laquelle le Département de la Défense et le NIH ont un programme informatique qui simule tout ça, ils savent exactement ce qui va se passer, en Afrique de l’Ouest, et maintenant en Espagne, à cause de l’infirmière là-bas [apparemment guérie depuis – NdT], et ici aux USA à cause de M. Duncan, puisque c’est le cas « zéro », et donc la liste de ses contacts. Ils peuvent insérer tout cela dans l’ordinateur et voir ce qui va se passer. Dans le New York Times hier, il y avait un diagramme avec M. Duncan et tous ses contacts et leurs enfants, et chacun d’entre eux est surveillé. Sauf pour les 4000 personnes sur le bateau de croisière. Ce qui pose la question : pourquoi n’ont-ils pas mis tous les gens du bateau en quarantaine ? Au Nigéria, où ils disent avoir stoppé l’épidémie…

DL : J’allais vous poser la question…

FB : …ils ont contacté tout le monde et les ont mis sous surveillance. Mais pas les 4000 personnes sur le paquebot de croisière, et ils ont tous été relâchés sur recommandation du CDC, qui a d’ailleurs dit « il suffit d’une période de quarantaine de 21 jours », et donc tous les gens sur le paquebot ont été libérés. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) a critiqué cette décision et dit qu’il faudrait une période de 42 jours de quarantaine. Et si vous regardez les chiffres qui sont derrière les calculs de l’OMS et qui ont abouti à cette période de 42 jours, c’est toujours avec un taux d’efficacité de seulement 98% et un taux de mortalité de 50%, et non de 70%, ce dernier taux indiquant qu’il semble bien s’agir d’un virus manipulé génétiquement et qui est bien plus dangereux que l’Ebola d’origine. Je ne suis pas sûr, mais il me semble que par sécurité, il faudrait parler de période de quarantaine de 50 jours, et d’ailleurs tous ces chiffres du CDC ou de l’OMS sont simplement basés sur le rapport risque/coût, c’est tout. Ils disent simplement que c’est moins couteux de laisser les gens partir après 21 jours, ou 42 jours, plutôt que de les garder en quarantaine. C’est une analyse risque/coût (Cross-Benefit Analysis) au détriment de nos vies. Peut-être que nous serons comme le Nigéria, mais la différence entre le Nigéria et nous [aux USA] est que le Nigéria a retrouvé tous les contacts, alors que nous avons laissé partir dans la nature 4000 personnes de ce paquebot, et avec ces 4000 personnes, ils ont simplement appliqué les protocoles du CDC qui n’ont aucune valeur et sont très dangereux.

DL : Et bien sûr vous ne pouvez pas mettre en quarantaine toutes ces 4000 personnes ensemble, il faut les maintenir séparées les unes des autres, pour ne pas qu’ils se contaminent les uns les autres.

FB : Absolument. Ils auraient très bien pu les garder sur le bateau pendant 42 jours en leur expliquant les raisons, avant de les relâcher.

DL : Vous faites le lien entre l’OMS et le CDC en disant qu’ils sont tous deux coupables dans cette affaire, mais l’OMS comprend de nombreux pays, il y a du personnel venant de pays qui ne sont pas alignés avec les USA. Comment est-ce que ça marche ?

FB : David, je ne me rappelle pas exactement les chiffres, mais l’OMS est financée sur la même base que l’ONU, puisque c’est une organisation spécialisée.

DL: Oui, environ 25% par les USA

FB : En effet, environ 25%, plus le fait que nous devons des milliards de dollars à l’ONU. Et celui qui paie les musiciens choisit la musique. Je ne sais pas à quel point nous devons de l’argent à l’OMS, mais ils font ce qu’on leur demande de faire. Ils peuvent à l’occasion essayer de révéler quelque chose, mais ils ne vont pas se dresser contre nous. Toujours est-il que le CDC est trempé jusqu’au cou dans cette affaire, et ils font du camouflage, nous ne pouvez pas croire un mot de ce qu’ils disent.

DL : Ouah. Mais alors que devons-nous faire face à cette situation ? Vu que nous ne pouvons pas faire confiance au gouvernement sur ce sujet ?

FB : Mon conseil est le suivant : heureusement, selon la Constitution des États-Unis, la Santé publique ne relève pas du gouvernement fédéral. Elle dépend des États, des comtés, des villes, des communautés, des villages, des autorités sanitaires [locales]. Et donc ces autorités sanitaires locales doivent s’unir, et faire appel à des experts indépendants qui n’ont jamais participé à aucune recherche dans le domaine des armes biologiques pour le gouvernement américain, et partir de là, élaborer une stratégie pour leurs communautés. Si vous lisez les médias grands publics, ils contactent tous ces experts qui ont trempé dans des recherches en guerre biologique pour les USA.

DL : Oui, c’est un peu comme demander à des généraux de nous parler des guerres.

FB : Exactement. C’est la même chose. Vous ne pouvez accorder aucune confiance à ce qu’ils disent. Et donc, je pense qu’il y a vraiment quelque chose à faire, mais que cela doit se passer au niveau local, dans les communautés et avec les autorités sanitaires. Par exemple nous avons eu une crise ici à l’université de Droit. Les abrutis en charge de l’Université ont envoyé un juriste gouvernemental taiwanais. Et ils savaient que nous avions affaire à la tuberculose. J’ai découvert cela, et ai demandé que tout le monde passe des tests, ils ont refusé, alors j’ai lancé l’alerte. Et avec les autorités sanitaires et tous ici, nous avons finalement obtenu que tout le monde passe les tests et nous avons découvert que cinq personnes étaient infectées par la tuberculose. Heureusement on a pu les traiter et elles s’en sont sorties. Sans cela, elles auraient développé la tuberculose, qui est une maladie extrêmement contagieuse. Ce qui est sûr, c’est qui faut travailler avec les autorités sanitaires locales et des spécialistes qui n’ont jamais été impliqués dans des travaux de guerre biologique pour le gouvernement des USA. Malheureusement nous avons 14 000 scientifiques qui participent à ces affreuses recherches en armements biologiques pour le compte du gouvernement des USA, je les appelle les « scientifiques de la Mort », et plus de 1500 laboratoires aux États-Unis qui font ce type de recherche. Vous ne pouvez pas leur faire confiance.

DL : Combien de laboratoires ?

FB : 1500

DL : Mon Dieu. Alors que nous ne sommes pas censés en faire.

FB : C’est exact. Ce genre de travaux de recherche constitue un crime selon les termes de la loi antiterroriste contre les armes biologiques que j’ai écrite, et nous avons dépensé 79 milliards de dollars depuis le 11 septembre 2001 dans ce domaine de recherche, ce qui en dollar constant, représente le double de ce qui a été dépensé pour le projet Manhattan pendant la Seconde Guerre mondiale pour développer la bombe atomique.

DL : Mais ils disaient que c’est défensif.

FB : Oui, ils disaient que c’est pour protéger le peuple américain de virus émergents comme l’Ebola. Mais regardez autour de vous. Vous pouvez voir qu’ils n’ont rien fait pour protéger qui que ce soit.

DL : S’ils travaillaient sur un vaccin depuis les années 80, ils devraient l’avoir maintenant, non ?

FB : Soit ils devraient l’avoir, soit ils l’ont, et c’est dans les tiroirs au fin fond du laboratoire de Fort Detrick, mais ils ne nous le disent pas, et ils ne l’ont donné qu’aux plus hauts dirigeants de notre gouvernement. C’est très similaire aux attaques à l’anthrax d’octobre 2001, et le fait que tout le monde à la Maison-Blanche prenait du Cipro [antibiotique prévenant les effets de l’anthrax – NdT]. Mais bon, je ne sais pas s’ils l’ont. Soit nous avons le vaccin, soit tout cet argent a été dépensé en pure perte, soit (et ce n’est pas incompatible) ils l’utilisent pour développer des armes biologiques. Faites votre choix. Je dois vous laisser. Merci de l’invitation.

DL : Merci Francis d’être venu si rapidement à notre antenne.

(*) Francis A. BOYLE est un professeur états-unien de renommée mondiale dans sa spécialité, le droit international, qu’il pratique et dont il est un ardent défenseur. Il rédigea la loi anti-terrorisme de 1989 sur les armes biochimiques, la législation américaine mettant en application la Convention sur les armes biologiques de 1972. Titulaire par l’université de Harvard de deux doctorats, un de Droit (Magna cum laude) et un en Sciences politiques, il enseigne à l’université de l’Illinois, à Champaigne. (Source Editions Demi Lune)

Traduction: IlFattoQuotidiano.fr


Pr. Francis Boyle: c'est confirmé, une campagne de vaccination est à l'origine de l'épidémie Ebola


 Dr Francis Boyle

Vous devez probablement être soûlé du virus Ebola à force (et c'est compréhensible) mais cette interview vaut vraiment le coup d'être lue. Elle confirme une fois encore que les américains sont mouillés jusqu'au cou dans ce qui se passe actuellement. Comme ce genre d'article ne passera jamais dans les médias de masse, (le professeur confirme d'ailleurs ce point), n'hésitez pas à relayer l'info autour de vous malgré tout car cela change de la langue de bois usuelle sur le sujet et que le bonhomme connait son sujet.

Malheureusement, le seul impact qu'aura eu cette épidémie aura été de doper le nombre de téléchargements du jeu Plague, un jeu de stratégie consistant à "éradiquer l'humanité ene faisant évoluer un virus mortel sur la planète tout en l'adaptant pour contrer tout ce que les êtres humains feront pour se défendre." Voilà ce que le virus Ebola aura inspiré comme réaction à des millions de gens jusque là. ça se passe de commentaire... Fawkes

*****
Voici la retranscription en français de l’interview récente du spécialiste en guerre biologique, Francis Boyle(*), auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet des armes biologiques américaines, dont celui paru en français aux Editions Demi Lune "Guerre biologique et terrorisme".
L’enregistrement audio de cette émission se trouve ici :http://prn.fm/cant-happening-102214/

* * *
T R A N S C R I P T I O N

David Lindorff (du site ThisCantBeHappening) : Nous avons l’honneur d’accueillir sur notre antenne le juriste (lawyer) Francis Boyle, qui s’est distingué en portant plainte auprès d’un tribunal de Malaysie contre George W. Bush et Dick Cheney pour Crime contre l’humanité. Il va nous parler de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Il a une opinion assez sinistre sur cette affaire. Francis, vous êtes là ?
Francis Boyle : Merci beaucoup David de m’avoir invité. Pour contextualiser cette conversation, je suis celui qui a écrit le brouillon de la loi anti-terroriste contre les armes biologiques (Biological weapons anti-terrorism act) en 1989. Les États-Unis ont mis en place cette loi au titre de la Convention sur les armes biologiques, qui a été votée à l’unanimité par les deux chambres du Congrès US et mise en application par George W. Bush, et vous pouvez lire tous les détails dans mon livre « Guerre biologique et terrorisme », tout y est documenté…

DL : D’accord. C’est évidemment un sujet que vous connaissez très bien, et j’ai lu une interview de vous par une chaine grecque, qui était assez surprenante, où vous dites que cette épidémie n’est pas ce qu’on dit, avec cette histoire de chauves-souris qui sont venues par les airs depuis le Zaïre, et qu’il s’agirait ici d’une variante de l’ « Ébola du Zaïre » ce qui est curieux, car le Zaïre est à plus de 3500 km de là. De quoi s’agit-il à votre avis ?



FB : Oui. Entre nous, toute cette histoire ne tient pas debout. Le gouvernement américain possède trois laboratoires BSL-4 (Bio Safety Lab niveau 4). Un en Guinée, un au Libéria, un en Sierra Leone, au coeur de l’épidémie en Afrique de l’Ouest. Et ces laboratoires BSL-4 font toutes sortes de recherches plus effrayantes les unes que les autres sur les armes biologiques.

DL : Pourquoi sont-ils situés dans ces pays ?

FB : Parce que la Guinée n’a pas signé la Convention sur les Armes biologiques, le Libéria non plus. La Sierra Leone l’a signée, mais c’est une colonie britannique. J’avais d’ailleurs contesté dès 1988 le programme du Pentagone de recherche sur la Defense biologique (Biological Defense program) – et vous pouvez le lire dans mon livre, et leur avais demandé pourquoi ils conduisaient cette « double recherche », offensive et défensive, sur les armes biologiques au Libéria – qui à l’époque était une dictature militaire sous le joug du Capitaine Doe soutenu par la CIA – en contournant ainsi la Convention sur les armes biologiques. J’ai tout ici, dans un document du gouvernement US intitulé « Biological Defense program », et vous trouverez tout ça dans mon livre : le Center for Desease Control (CDC) menait des recherches dans le domaine biologique pour le Pentagone, en Sierra Leone, déjà en 1988, et probablement même avant ça, car il a fallu construire le laboratoire. De plus, la Columbia University menait aussi des travaux dans le domaine des armes biologiques (Bio warfare) pour le Pentagone, au Libéria, dès 1988. C’est celui que j’avais contesté en parlant de contournement des termes de la BWC (Bio-Weapons Convention, ou Convention sur les armes biologiques). Voyez-vous David, tout ceci n’est qu’une vaste opération de camouflage par le CDC. Ils sont plongés jusqu’au cou dans ces horribles travaux de recherche sur les armes biologiques depuis au moins 1988.

DL : Vous avez parlé de « double recherche », pouvez-vous préciser ?

FB : Bien, voilà ce qui se passe : pour pouvoir justifier ces travaux effrayants, si vous lisez les contrats, et j’ai pu en lire un avant que tout ne soit classifié, vous y lisez : "Il pourrait y avoir cette terrible forme de maladie émergente, et nous devons développer un vaccin pour cela. Et donc, nous allons commencer à travailler sur ce virus, il est possible que nous ayons à le modifier génétiquement et…"

DL : – (l’interviewer a un rire nerveux)

FB : Non David, ne riez pas, j’ai lu ces documents…

DL : C’est un rire nerveux, c’est que je suis horrifié !

FB : …au début des années 1980, sous l’administration Reagan, au moment où j’ai pris connaissance de tout ça, « et par conséquent, nous devons le modifier génétiquement, ou faire une chose de ce genre, pour créer un vaccin et protéger tout le monde. » C’est ce qui était écrit, et ils font ça pour tous les virus : L’ébola, la fièvre hémorragique, etc… Si vous ne me croyez pas, lisez l’édition du New York Times de vendredi dernier, où l’administration Obama a essayé d’enterrer tout ça. Obama y déclare : « Notre politique officielle est désormais d’arrêter ce type de recherche ». Ce qui revient à admettre qu’ils en faisaient.

DL : C’était vendredi dernier ?

FB : Oui, le New York Times de vendredi dernier. Cela revenait donc à admettre qu’ils en faisaient ce genre de recherches jusqu’à vendredi dernier au moins. Et si vous jetez un oeil sur la liste de ces recherches, le virus Evola n’y figure pas. Pourquoi ? Cela ne signifie pas qu’ils ne faisaient pas de « double recherche » sur l’Ebola. Toutes ces informations sont publiques. Si Ebola avait été sur la liste vendredi, les gens auraient demandé : mais que faisiez-vous avec ce virus Ebola ? Okay ? Cet article de vendredi dans le New York Times, c’est un peu le «Smoking Gun » [la preuve irréfutable - NdT], puisqu’Obama admet que les USA ont mené ce genre de recherches. Et en consultant la documentation, j’ai pu remonter jusqu’à l’administration Reagan, avec ces néoconservateurs qui sont arrivés au pouvoir et qui voulaient des armes biologiques. Et vous pouvez aussi lire le document du PNAC [Project for the New American Century, traduit en français ici] en 2000, ces mêmes néoconservateurs de l’ère Reagan qui écrivaient clairement vouloir développer des armes biologiques. Ils sont revenus au pouvoir avec Bush Junior, et ils ont poursuivi dans cette voie. Les néocons voulaient ces armes biologiques, et je pense que ça a vraiment commencé sous Reagan et ça a continué depuis. La deuxième administration Reagan l’a fait aussi, pas la première, mais 2e très certainement, sous l’influence de ce Richard J. Danzig qui est maintenant aux Conseils d’administration de ces sociétés "Big Pharma", et qui a établi des accords (bundle) en violation duForeign Exchange (FX) and Governement Act.

DL : A-t-on la preuve que la souche du virus Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest a été génétiquement modifiée ?

FB : Laissez-moi vous dire ceci : toutes les précédentes épidémies d’Ebola en Afrique avaient été circonscrites, avec un taux de mortalité de 50%. Celle-ci n’est pas « contenue » et a un taux de mortalité de 70%. Cela me fait dire que nous avons affaire à un organisme génétiquement modifié, ou OGM. Nous savons que ce type de travaux était conduit à Fort Detrick. Il y a aussi ce Docteur Kawaoka à l’University du Wisconsin de Madison, il a admis sur sa page Web avoir modifié génétiquement le virus Eola pour le rendre plus violent. Il a aussi ressuscité le virus de la grippe espagnole, pour le Pentagone.

DL : Doux Jésus…

FB : Il a aussi fait des recherches très poussées sur la grippe, y compris en modifiant génétiquement le virus H5N1, ce virus de la grippe si dangereux qui a sévi lors de l’épidémie du SRAS [SRAS -Syndrome respiratoire aigu sévère – NdT]. Et le tout était financé par le Pentagone ou bien le National Institute of Health (NIH), ou par le CDC. Ces travaux étaient si dangereux qu’il avait dû transférer son laboratoire du Wisconsin vers le Winnipeg au Canada. Mais peut-être que les Canadiens ont dit « allez-vous-en d’ici, on ne veut pas de vous ici, c’est trop dangereux pour nous », je ne sais pas. Ce que l’on sait, c’est que le laboratoire BSL-4 Kanema de l’Université de Tulane était impliqué. Nous savons qu’ils font ce type de recherches sur les armes biologiques depuis longtemps. [Le laboratoire US de] Fort Detrick était impliqué aussi. Ils sont connus également depuis longtemps pour conduire ce genre de recherches, y compris sur le virus Ebola. Les trois laboratoires que j’ai cités ont tous été mis en place par l’USAID, qui n’est rien d’autre qu’une organisation servant de couverture pour la CIA. Je suis juste en train d’essayer de relier tous ces points entre eux, sur la base des informations que j’ai pu récolter sur ces armes biologiques, depuis si longtemps, depuis mes études à l’université de droit à Harward, et je me suis intéressé professionnellement à la question, puisque j’ai été appelé à défendre le Council for Responsible Genetics au début des années 1980, dans leur Comité sur les armes biologiques, etc…

DL : Êtes-vous en train de suggérer que cette épidémie a été déclenchée délibérément, ou bien s’agit-il selon vous d’un accident, le virus leur aurait échappé sans qu’ils le veuillent ?

FB : Vous savez David, si vous allez sur le site Web du Ministère de la Santé de la Sierra Leone – c’est une information publique – ils ont fermé le BSL-4 de Kanema cet été et ont affirmé que c’était la source de l’épidémie Ebola, car Tulane et d’autres laboratoires administraient des vaccins aux gens.

DL : Vous voulez dire, au personnel des laboratoires ?

FB : Non, aux gens, aux Africains de l’Ouest. Sur une large échelle.

DL : Mais alors il y a un vaccin ?

FB : Ils disent que c’est un vaccin, mais ce dont il s’agit, c’est un virus Ebola vivant. Ils ont affaire à un virus Ebola vivant pour ce soi-disant vaccin.

DL : (rire nerveux du journaliste)

FB : De plus, nous savons que le NIH, a travaillé avec le CDC, depuis un certain temps pour combiner le virus vivant d’Ebola avec celui du « rhume commun ».
 
DL : Mon Dieu. Mais pourquoi font-ils ça ? Comment justifient-ils cela ?

FB : Mais pour développer un vaccin, David.

DL : C’est comme ça qu’ils l’expliquent ?


FB : Eh oui, c’est tout ce qu’ils peuvent dire. Et donc, si vous mettez ensemble le virus vivant d’Ebola avec celui du rhume, vous obtenez quelque chose qui est aussi contagieux que le rhume commun, mais pas autant que la grippe. Et ça pourrait bien être ce à quoi nous avons affaire ici. Ce vaccin, ou appelez-le comme vous voulez, avec l’Ebola vivant et le rhume commun, a été injecté à une vaste population en Sierra Leone, et peut-être au Libéria, et c’est cela l’origine de l’épidémie, mais ne me croyez pas sur parole et allez voir le site Web du Ministère de la Santé de la Sierra Leone, et vous verrez que c’est leur conclusion sur ce qui arrive aujourd’hui, et c’est pour cela qu’ils ont ordonné la fermeture du laboratoire américain BSL-4 cet été.

DL : Est-ce pour cela qu’ils sont contents que les Cubains soient venus, plutôt que de voir les Américains arriver ?

FB : Le problème c’est qu’aucun Américain ne veut y aller, parce qu’ils savent que les USA sont derrière tout ça. Si vous regardez ce qu’ils appellent le « projet d’aide », c’est le vide total. C’est simplement une vaste mise en scène pour faire croire qu’ils font quelque chose, alors qu’en réalité ils ne font pratiquement rien.

DL : Les USA n’ont d’ailleurs envoyé aucun médecin là-bas, seulement des soldats, n’est-ce pas ?

FB : Exact. Et la raison est claire. La semaine dernière il y avait une réunion à Kanema, en Sierra Leone, avec des représentants de toutes ces organisations gouvernementales internationales, et la décision a été prise d’abandonner ces gens à leur sort. Pas de traitement…

DL : Oui j’ai lu ça, il faut juste les laisser se soigner eux-mêmes.

FB : Ils les renvoient à la maison avec du simple Tylénol (Doliprane). Ils sont désormais livrés à eux-mêmes, et ce à quoi nous assistons est seulement une mise en scène pour faire croire que les USA font quelque chose, alors qu’ils ne font rien. Les Cubains se sont montrés très héroïques vu la situation. L’organisation Médecins sans frontières est là aussi, et certaines ONG privées également. Mais toutes les organisations gouvernementales sont absentes, en fait elles n’ont jamais voulu s’en mêler, car elles ont réalisé que derrière l’épidémie, il y avait la recherche US sur les armes biologiques, et qu’il n’y avait pas grand-chose à faire, et que tout ce qui restait à faire c’était de laisser tout cela se consumer tout seul.

DL : Ce que vous dites est vraiment convaincant et me suggère deux choses. La première est la suivante : bien que le milieu de la médecine inclut beaucoup de gens très motivés sur le plan de l’aide humanitaire, pourquoi n’avons-nous eu aucun "whistle blower" (lanceur d’alerte) sur ce sujet ? Cela semble si scandaleux et dégoutant que quelqu’un aurait dû lancer l’alerte, non ?

FB : David, si vous regardez au cours de toutes ces années, et ces informations sont du domaine public, il y a environ 27 ou 28 microbiologistes qui sont morts.[1]

DL : Oui j’ai lu ça.

FB : 27 ou 28 microbiologistes morts. Je pense que ces chercheurs ont menacé de sonner l’alarme sur ces programmes aussi dangereux qu’illégaux de recherches américaines sur les armes biologiques, et on les a tués. Et c’est pour cela que nous n’avons pas de lanceurs d’alerte ici, parce qu’ils seraient tués eux aussi. Je crois que c’est clair.

DL : Oui j’ai lu à ce sujet, la liste est impressionnante. Et il y a des histoires bizarres de personnes qui arrêtent leur voiture au-dessus d’un pont et qui sautent.

FB : Des histoires souvent ridicules. Et je crois que tous ces microbiologistes, plutôt que de sonner l’alarme, ils sont allés voir leur supérieur, au CDC ou ailleurs. Cette information a suivi son chemin et on les a éliminés. C’est pour cela que nous n’avons pas de whistle blowers. En fait nous en avions, mais ils sont tous morts, avant qu’ils n’aient pu lancer l’alerte.

DL : Avez-vous publié vous-même sur ce sujet et sur les documents dont vous me parlez ? Ou bien comptez-vous le faire ?

FB : J’ai donné des interviews. Nous avons envoyé des communiqués de presse, à l’Institute for Public Accuracy, et j’ai donné aussi des interviews. J’ai travaillé sur d’autres sujets depuis le début de cette crise, mais si vous allez sur Internet, vous verrez que je suis un peu partout…

DL : Oui, j’ai vu ça. Mais pas dans les grands médias, évidemment.

 
 
FB : Évidemment, quelqu’un a donné l’ordre de ne pas m’interviewer, et d’ailleurs, après les attaques à l’anthrax d’octobre 2001, j’ai été le premier à dire qu’il s’agissait d’anthrax militarisé (weaponized anthrax) provenant d’un laboratoire gouvernemental américain. Ce qui fut confirmé plus tard. Mais personne ne m’a interrogé. Je crois que j’ai donné en tout et pour tout trois interviews. Une à FoxNews, à Boston, j’ai donné une conférence à Harvard, et une interview à la BBC, et à une chaine de la Pacific à Washington. Je parle de tout ça dans mon livre. Cela s’est passé dans les tout premiers jours après les attaques, et après plus rien. Le grand silence. Plus personne n’a parlé avec moi. Plus personne parmi les grands médias. Ces communiqués de presse sont envoyés à plus de 8000 organes de presse tout autour du globe, tous l’ont vu. Tous savent qui je suis. Mais il est clair qu’un ordre a été donné de ne pas avoir affaire avec moi. Et donc, non, rien dans les grands médias.

DL : Et les médias grands publics dans d’autres pays ? En Russie, en Chine, ou ailleurs ?

FB : Très peu. En Grèce, j’ai donné une interview[2], mais c’est la seule. Le gouvernement US a probablement dit à ces médias de se tenir éloignés de Francis Boyle. Mais vous savez, je ne suis pas payé pour les interviews, je ne suis pas en train de perdre de l’argent, je fais ça pour informer le public, pour essayer de faire sortir la vérité. Les seuls à m’interviewer ont été des médias alternatifs comme le vôtre.

DL : Ce qui est étrange dans cette histoire d’armes biologiques génétiquement modifiées, c’est qu’il est difficile de prévoir là où elle va frapper. En supposant que ce que vous dites est exact, comment peuvent-ils penser tenir ce virus éloigné des USA ?

FB : Vous savez, M. Duncan est ici, aux USA. Il est le cas « zéro » [le premier en dehors des USA – NdT]. L’information est déjà parue, selon laquelle le Département de la Défense et le NIH ont un programme informatique qui simule tout ça, ils savent exactement ce qui va se passer, en Afrique de l’Ouest, et maintenant en Espagne, à cause de l’infirmière là-bas [apparemment guérie depuis – NdT], et ici aux USA à cause de M. Duncan, puisque c’est le cas « zéro », et donc la liste de ses contacts. Ils peuvent insérer tout cela dans l’ordinateur et voir ce qui va se passer. Dans le New York Times hier, il y avait un diagramme avec M. Duncan et tous ses contacts et leurs enfants, et chacun d’entre eux est surveillé. Sauf pour les 4000 personnes sur le bateau de croisière. Ce qui pose la question : pourquoi n’ont-ils pas mis tous les gens du bateau en quarantaine ? Au Nigéria, où ils disent avoir stoppé l’épidémie…

DL : J’allais vous poser la question…

FB : …ils ont contacté tout le monde et les ont mis sous surveillance. Mais pas les 4000 personnes sur le paquebot de croisière, et ils ont tous été relâchés sur recommandation du CDC, qui a d’ailleurs dit « il suffit d’une période de quarantaine de 21 jours », et donc tous les gens sur le paquebot ont été libérés. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) a critiqué cette décision et dit qu’il faudrait une période de 42 jours de quarantaine. Et si vous regardez les chiffres qui sont derrière les calculs de l’OMS et qui ont abouti à cette période de 42 jours, c’est toujours avec un taux d’efficacité de seulement 98% et un taux de mortalité de 50%, et non de 70%, ce dernier taux indiquant qu’il semble bien s’agir d’un virus manipulé génétiquement et qui est bien plus dangereux que l’Ebola d’origine. Je ne suis pas sûr, mais il me semble que par sécurité, il faudrait parler de période de quarantaine de 50 jours, et d’ailleurs tous ces chiffres du CDC ou de l’OMS sont simplement basés sur le rapport risque/coût, c’est tout. Ils disent simplement que c’est moins couteux de laisser les gens partir après 21 jours, ou 42 jours, plutôt que de les garder en quarantaine. C’est une analyse risque/coût (Cross-Benefit Analysis) au détriment de nos vies. Peut-être que nous serons comme le Nigéria, mais la différence entre le Nigéria et nous [aux USA] est que le Nigéria a retrouvé tous les contacts, alors que nous avons laissé partir dans la nature 4000 personnes de ce paquebot, et avec ces 4000 personnes, ils ont simplement appliqué les protocoles du CDC qui n’ont aucune valeur et sont très dangereux.

DL : Et bien sûr vous ne pouvez pas mettre en quarantaine toutes ces 4000 personnes ensemble, il faut les maintenir séparées les unes des autres, pour ne pas qu’ils se contaminent les uns les autres.

FB : Absolument. Ils auraient très bien pu les garder sur le bateau pendant 42 jours en leur expliquant les raisons, avant de les relâcher.

DL : Vous faites le lien entre l’OMS et le CDC en disant qu’ils sont tous deux coupables dans cette affaire, mais l’OMS comprend de nombreux pays, il y a du personnel venant de pays qui ne sont pas alignés avec les USA. Comment est-ce que ça marche ?

FB : David, je ne me rappelle pas exactement les chiffres, mais l’OMS est financée sur la même base que l’ONU, puisque c’est une organisation spécialisée.

DL: Oui, environ 25% par les USA

FB : En effet, environ 25%, plus le fait que nous devons des milliards de dollars à l’ONU. Et celui qui paie les musiciens choisit la musique. Je ne sais pas à quel point nous devons de l’argent à l’OMS, mais ils font ce qu’on leur demande de faire. Ils peuvent à l’occasion essayer de révéler quelque chose, mais ils ne vont pas se dresser contre nous. Toujours est-il que le CDC est trempé jusqu’au cou dans cette affaire, et ils font du camouflage, nous ne pouvez pas croire un mot de ce qu’ils disent.

DL : Ouah. Mais alors que devons-nous faire face à cette situation ? Vu que nous ne pouvons pas faire confiance au gouvernement sur ce sujet ?

FB : Mon conseil est le suivant : heureusement, selon la Constitution des États-Unis, la Santé publique ne relève pas du gouvernement fédéral. Elle dépend des États, des comtés, des villes, des communautés, des villages, des autorités sanitaires [locales]. Et donc ces autorités sanitaires locales doivent s’unir, et faire appel à des experts indépendants qui n’ont jamais participé à aucune recherche dans le domaine des armes biologiques pour le gouvernement américain, et partir de là, élaborer une stratégie pour leurs communautés. Si vous lisez les médias grands publics, ils contactent tous ces experts qui ont trempé dans des recherches en guerre biologique pour les USA.

DL : Oui, c’est un peu comme demander à des généraux de nous parler des guerres.

FB : Exactement. C’est la même chose. Vous ne pouvez accorder aucune confiance à ce qu’ils disent. Et donc, je pense qu’il y a vraiment quelque chose à faire, mais que cela doit se passer au niveau local, dans les communautés et avec les autorités sanitaires. Par exemple nous avons eu une crise ici à l’université de Droit. Les abrutis en charge de l’Université ont envoyé un juriste gouvernemental taiwanais. Et ils savaient que nous avions affaire à la tuberculose. J’ai découvert cela, et ai demandé que tout le monde passe des tests, ils ont refusé, alors j’ai lancé l’alerte. Et avec les autorités sanitaires et tous ici, nous avons finalement obtenu que tout le monde passe les tests et nous avons découvert que cinq personnes étaient infectées par la tuberculose. Heureusement on a pu les traiter et elles s’en sont sorties. Sans cela, elles auraient développé la tuberculose, qui est une maladie extrêmement contagieuse. Ce qui est sûr, c’est qui faut travailler avec les autorités sanitaires locales et des spécialistes qui n’ont jamais été impliqués dans des travaux de guerre biologique pour le gouvernement des USA. Malheureusement nous avons 14 000 scientifiques qui participent à ces affreuses recherches en armements biologiques pour le compte du gouvernement des USA, je les appelle les « scientifiques de la Mort », et plus de 1500 laboratoires aux États-Unis qui font ce type de recherche. Vous ne pouvez pas leur faire confiance.

DL : Combien de laboratoires ?

FB : 1500

DL : Mon Dieu. Alors que nous ne sommes pas censés en faire.

FB : C’est exact. Ce genre de travaux de recherche constitue un crime selon les termes de la loi antiterroriste contre les armes biologiques que j’ai écrite, et nous avons dépensé 79 milliards de dollars depuis le 11 septembre 2001 dans ce domaine de recherche, ce qui en dollar constant, représente le double de ce qui a été dépensé pour le projet Manhattan pendant la Seconde Guerre mondiale pour développer la bombe atomique.

DL : Mais ils disaient que c’est défensif.

FB : Oui, ils disaient que c’est pour protéger le peuple américain de virus émergents comme l’Ebola. Mais regardez autour de vous. Vous pouvez voir qu’ils n’ont rien fait pour protéger qui que ce soit.

DL : S’ils travaillaient sur un vaccin depuis les années 80, ils devraient l’avoir maintenant, non ?

FB : Soit ils devraient l’avoir, soit ils l’ont, et c’est dans les tiroirs au fin fond du laboratoire de Fort Detrick, mais ils ne nous le disent pas, et ils ne l’ont donné qu’aux plus hauts dirigeants de notre gouvernement. C’est très similaire aux attaques à l’anthrax d’octobre 2001, et le fait que tout le monde à la Maison-Blanche prenait du Cipro [antibiotique prévenant les effets de l’anthrax – NdT]. Mais bon, je ne sais pas s’ils l’ont. Soit nous avons le vaccin, soit tout cet argent a été dépensé en pure perte, soit (et ce n’est pas incompatible) ils l’utilisent pour développer des armes biologiques. Faites votre choix. Je dois vous laisser. Merci de l’invitation.

DL : Merci Francis d’être venu si rapidement à notre antenne.

(*) Francis A. BOYLE est un professeur états-unien de renommée mondiale dans sa spécialité, le droit international, qu’il pratique et dont il est un ardent défenseur. Il rédigea la loi anti-terrorisme de 1989 sur les armes biochimiques, la législation américaine mettant en application la Convention sur les armes biologiques de 1972. Titulaire par l’université de Harvard de deux doctorats, un de Droit (Magna cum laude) et un en Sciences politiques, il enseigne à l’université de l’Illinois, à Champaigne. (Source Editions Demi Lune)

Traduction: IlFattoQuotidiano.fr


Posté mardi 4 novembre 2014 à 13:34 |  par bbela

Couples

Astuces

Pages vues

gsTATS

Blok

Blogger templates. Proudly Powered by Solutel.
back to top