Selon ces allégations, il y a deux ans, la France aurait pu se procurer
la liste des djihadistes français opérant en Syrie si M.Valls, occupant
alors le poste de ministre de l'Intérieur, ne s'y était pas opposé sous
le prétexte de ne pas vouloir échanger de renseignements avec les
responsables syriens.
Quand les services secrets syriens ont proposé à M.Squarcini, à
l'époque à la tête de la Direction centrale du renseignement intérieur
(DCRI), la liste de tous les djihadistes français opérant en Syrie,
M.Valls a expliqué que la France n'échangeait pas de renseignements avec
les autorités syriennes. Ce refus est rappelé aujourd'hui, après les
attaques terribles de Paris, alors que les responsables français
cherchent à trouver des moyens de prévenir de telles catastrophes.
Le problème avait déjà été posé par le journal Marianne
qui soulignait en 2014 les difficultés auxquelles les services secrets
étaient confrontés devant une menace terroriste grandissante. La
coopération extérieure avec la Syrie dans le domaine de la lutte
antiterroriste n'avait pas été rendue possible à cause de la suspension
du dialogue diplomatique officielle entre les deux pays.
Plusieurs fusillades et attentats-suicides quasi simultanés ont visé
six points de Paris et sa proche banlieue le 13 novembre dernier. Trois
kamikazes ont actionné leurs charges explosives près du Stade de France,
à Saint-Denis. L'attaque la plus meurtrière a frappé la salle de
concert du Bataclan, où les terroristes ont tiré à bout portant sur la
foule.
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Les rôles sont distribués, la pièce peut débuter. A François Hollande la hauteur de vue, à Manuel Valls les attaques frontales envers l'opposition. Quand le président de la République évite soigneusement les références trop directes à Nicolas Sarkozy, le Premier ministre cible directement le leader de l'opposition.
Mardi, Manuel Valls arrive à l'Assemblée pour assister à la réunion du groupe PS. Il se plante face aux caméras. "Dire qu'il n'y a plus d'autorité de l'Etat quand soi-même, tous les jours, on remet en cause l'indépendance de la justice, ça n'est pas sérieux et surtout pas responsable", lance-t-il, mâchoires serrées. La réplique à l'entretien de Nicolas Sarkozy publié par Le Parisien n'a pas tardé. Au quotidien, l'ex-chef de l'Etat explique vouloir créer un "grand ministère de la Sécurité publique" et externaliser un certain nombre de tâches aujourd'hui dévolues aux policiers et aux gendarmes.
Ping-pong au sommet de l'Etat
Trois heures plus tard, dans l'hémicycle de l'Assemblée, le Premier ministre en remet une couche: "Comment voulez-vous qu'ils reconnaissent l'autorité de l'État quand un ancien président de la République, l'opposition et la droite se livrent à de telles attaques contre les fondements mêmes de la République ?" L'attaque est lancée au le moment le plus médiatique de la semaine politique, les questions au gouvernement.Le lendemain, sur RTL, Nicolas Sarkozy relance: "M. Valls a le droit de dire ce qu'il veut, mais je n'ai pas l'intention de l'interroger pour savoir ce que je dois dire ou pas." Le ping-pong se poursuit. Sur Europe 1, Bernard Cazeneuve juge les déclarations de l'ancien chef de l'Etat "belliqueuses" et l'invite à débattre.
Tout est fait pour que le candidat de la droite se nomme Sarkozy en 2017. "Il y a une polarisation autour de ses propositions, juge l'entourage du président du parti Les Républicains. Cela nous sert. L'opposition est fédérée, la gauche fait bloc aussi. On retrouve le clivage traditionnel droite-gauche."
"Ne pas se faire piéger dans le schéma Hollande-Sarkozy"
Nicolas Sarkozy a trouvé son rythme de croisière: entretien dans la presse nationale, séance de travail au siège du parti et consultation des adhérents. Avant la sécurité mardi, il y avait eu l'immigration et le code du travail. Une recette qui permet d'occuper le terrain pendant plusieurs jours. La séquence "sécurité" en est l'illustration. Lundi soir, les extraits de l'entretien au Parisien fuitent. Mardi, le débat s'engage entre la droite et la gauche. Mercredi, les radios et télés font réagir leur invité politique sur la polémique de la veille."Le scénario est rodé, se réjouit une proche de Nicolas Sarkozy. Ce qu'il dit résonne plus que les discours des candidats à la primaire. La direction du parti donne de la force aux propos. Ils ont fait une erreur en refusant de se présenter à la présidence l'année dernière." Le soutien d'un des prétendants sérieux à la primaire tient la même ligne: "Il faut que l'on se méfie. La gauche tente d'installer l'idée d'un duel face à Sarkozy. Il faut veiller à ne pas se faire piéger dans ce schéma."
De cette configuration (Hollande-Sarkozy ou Valls-Sarkozy), les deux parties sont persuadées de sortir gagnantes. Les socialistes estiment pouvoir unir la gauche en agitant l'épouvantail "Sarko". Ce dernier ne veut pas croire que les Français se laisseront berner une nouvelle fois par François Hollande. Rien ne dit pourtant qu'ils ne seront pas tous perdants.
