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lundi 8 mai 2017



Emmanuel Macron, leader du mouvement En Marche!, est arrivé en tête lors du premier tour de l'élection présidentielle française ce dimanche 23 avril, avec 23,75% des voix contre 21,53% pour la présidente du Front National, Marine Le Pen. Le favori à la succession de François Hollande a accordé une interview à Jeune Afrique, une semaine avant ce scrutin.


Sa perception de l’Afrique et la politique qu’il entend mettre en place s’il était élu, la colonisation, l’aide publique au développement, le franc CFA, les relations Algérie-Maroc, la démocratie et les Constitutions, l’immigration, Trump, Poutine…
Avant le premier tour de l’élection présidentielle française, le 23 avril, nous avons interrogé le candidat d’En marche !, Emmanuel Macron, dans un TGV entre Paris et Besançon, où il se rendait en meeting.
Jeune Afrique : En quelques mots, que proposez-vous de nouveau ou de différent aux électeurs français ?
Emmanuel Macron : Je propose un renouvellement profond de la vie politique française et un projet pour la France qui rassemble les Français autour d’objectifs clairs. Le socle de ce projet repose sur 6 chantiers de transformation : l’éducation et la culture, la réforme du marché du travail, la modernisation de l’économie (à travers l’écologie et le numérique, notamment), la sécurité, le fonctionnement plus efficace des institutions et une politique européenne et internationale indépendante et humaniste.
Ce projet s’appuie sur un mouvement d’un dynamisme extraordinaire, En Marche !, porté par des femmes et des hommes engagés sur le terrain, souvent nouveaux venus dans la vie politique, réunis par les valeurs de la République et du progrès.
"La campagne a été plombée par les affaires du Front national et du candidat François Fillon"



Quel jugement portez-vous sur cette campagne électorale totalement inédite ?
J’aimerais qu’elle se concentre sur les programmes. Elle a été plombée par les affaires du Front national et du candidat François Fillon. Mais je crois que les Françaises et les Français voteront finalement en connaissance de cause. Notre projet est le seul qui soit à la fois réaliste et ambitieux. Il faut convaincre jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière minute.
Sur le plan des relations internationales, et en particulier vis-à-vis de l’Afrique, qu’est ce qui changerait avec vous ?
Dans la politique étrangère que je conduirai, je veillerai à défendre partout les intérêts stratégiques de la France, et en priorité la sécurité des Français.
A cet égard, en Afrique, je mènerai une action déterminée, avec nos partenaires africains et internationaux, contre le terrorisme et les trafics qui menacent la stabilité de plusieurs pays.
"Nous devons mettre en place un partenariat stratégique entre l’UE et l’UA pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme"




Mais je souhaite aussi que la France, l’Europe et l’Afrique saisissent ensemble les opportunités de ce continent d’avenir. Nous devons refonder notre relation avec l’Afrique pour créer un nouveau partenariat équilibré, de confiance et de croissance.
Le doublement de la population africaine et l’émergence de plusieurs pays africains dans les 30 prochaines années pourrait en effet s’apparenter à celle des dragons asiatiques au 20e siècle.
Mais pour surmonter les éléments de fragilité du développement africain – sécurité, jeunesse peu formée, inégalités, dégradation des sols et réchauffement climatique –  nous devons mettre en place un partenariat stratégique entre les Unions (européenne et africaine), qui renouvelle complètement les politiques existantes, pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme, et bâtir une relation politique et économique véritablement partenariale.
C’est ainsi que l’Europe et l’Afrique pourront prospérer ensemble, défendre leurs intérêts mutuels  et peser sur l’avenir de notre monde, aux côtés des États-Unis, de la Chine et d’autres puissances émergentes.
Dès les premières semaines de mon mandat, j’engagerai une nouvelle politique en direction du continent africain, fondée sur la liberté et la responsabilité, avec des priorités claires : la sécurité, la lutte contre le changement climatique, les droits des femmes, l’éducation et la formation, les infrastructures, notamment pour l’accès à l’énergie et à l’eau, et le développement du secteur privé, notamment des PME africaines qui sont créatrices d’emploi.
Dès le G20 de juillet prochain en Allemagne, je mobiliserai les institutions et nos partenaires internationaux pour faire du développement durable des États et des économies africaines une priorité majeure de l’agenda international.
"C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons  regarder l’avenir avec confiance"



Vous avez fait une déclaration forte sur la colonisation en Algérie, qui a fait polémique. Quel est, en définitive, votre jugement sur ce sujet ?
La colonisation a donné lieu à des violences qui ont nié l’humanité des victimes. Je ne m’inscris pas dans la repentance, mais je ne souhaite pas non plus refouler ce passé, dont la connaissance doit nous aider à construire un avenir apaisé. Apaisé dans notre pays, où les historiens peuvent nous aider à regarder notre histoire en face. Et apaisé avec nos partenaires du Sud. C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons  regarder l’avenir avec confiance.
Comment comptez-vous gérer les relations de la France avec l’Algérie et le Maroc, qui ne s’entendent guère ?
La France a des relations fortes avec l’Algérie, avec le Maroc mais aussi avec la Tunisie, qui sont basées sur des relations humaines et des intérêts communs majeurs. Ce seront des partenaires essentiels dans le cadre de l’initiative en direction de la Méditerranée et de l’Afrique que je souhaite engager dès le début de mon mandat. Je me suis déjà rendu en Algérie et en Tunisie et si je n’ai pas encore pu aller au Maroc, je m’y rendrai très rapidement après mon élection, si les Français m’accordent leur confiance. Je n’ai pas à commenter la nature des relations entre le Maroc et l’Algérie car il s’agit de deux pays souverains. Je crois profondément à l’intérêt des pays du Maghreb à coopérer davantage, à intensifier leurs relations économiques, qui restent faibles, de la même manière qu’ils développent leurs relations avec le reste du continent africain.
"Environ 10% de la population française a des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont un atout pour la France."






Quels sont les pays africains que vous connaissez le mieux ?
J’ai vécu plusieurs mois au Nigeria, ce qui m’a permis de découvrir le pays d’Afrique le plus peuplé du continent et l’une des premières économies africaines, qui fait jeu égal avec l’Afrique du Sud. Cela m’a donné une bonne compréhension des défis auxquels sont confrontés les États africains, et des opportunités d’avenir qu’ils recèlent.
J’ai par ailleurs rencontré de nombreux chefs d’entreprise et responsables politiques africains dans le cadre de mes fonctions de ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, ainsi que les actuels présidents du Nigeria, de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.
Les relations entre chefs d’État sont importantes pour les défis que nous avons à relever ensemble, et je serais heureux d’aller à la rencontre de mes homologues africains rapidement après mon élection.
Mais les liens entre l’Afrique et la France dépassent le seul cadre des relations d’État à État. Environ 10% de la population française a des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont un atout pour la France. C’est pourquoi je veux approfondir nos relations au niveau des acteurs de la société civile et des acteurs économiques. C’est vital pour aussi en terminer avec certains réseaux de connivence qui n’ont plus lieu d’être.
Si vous deviez résumer la future politique africaine de la France, relativement absente des débats lors de la campagne, sur quels principes s’appuierait-elle ?
Je veux écrire une nouvelle page dans notre relation avec l’Afrique et pour cela conduire un véritable aggiornamento de notre politique en direction du continent, pour répondre à sa vitalité et contribuer à libérer son potentiel.
"Je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes encore trop présentes"




C’est pourquoi, je lancerai une initiative ambitieuse entre la France, l’Europe, le sud de la Méditerranée et l’Afrique, les routes de la liberté et de la responsabilité, pour renforcer nos intérêts mutuels, dans tous les domaines – sécurité, climat, commerce, emploi, innovation.
Dans le cadre de ce partenariat pour l’avenir, j’apporterai plusieurs inflexions à notre politique africaine.
Tout d’abord, je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes dont on a vu que, malheureusement, ils subsistent encore dans le système politique français, en particulier à droite et à l’extrême-droite.
Dans cet esprit, je veux m’appuyer sur les forces vives africaines et françaises : les intellectuels, les ONG, les entreprises françaises et africaines, la diaspora française en Afrique et africaine en France.
Je veux aussi que la France accorde plus d’attention et de place à la jeunesse africaine, qui est dynamique et créative, et au développement du secteur privé. Un des grands défis pour nous tous, c’est de créer en Afrique des emplois pour la jeunesse africaine. Il faudra pour cela que chacun prenne sa part, l’aide internationale, les gouvernements nationaux et les investisseurs privés, nationaux et internationaux, pour financer les infrastructures productives (électricité, eau, communications) et les entreprises, notamment les PME.
Enfin, je veux encourager la francophonie, qui est un atout pour la France dans la mondialisation, et qui sera très africaine, puisque 75% des francophones dans le monde seront africains d’ici à 2040. Nous devons développer ensemble un espace économique et un fonds d’investissement francophones.
Dernier point : je suis conscient des soupçons d’ingérence que notre présence militaire peut susciter. Je veux souligner que ces forces jouent un rôle essentiel aujourd’hui dans la lutte contre le terrorisme et la prévention de crises, pour notre bénéfice collectif. Je souhaite qu’elles travaillent au renforcement des capacités sécuritaires africaines nationales et régionales.
L’aide publique doit-elle être conditionnée à des critères démocratiques ou de respect des droits de l’homme ?
Notre aide au développement n’est pas suffisante, particulièrement en Afrique. Nous devons l’augmenter pour atteindre, comme nos partenaires européens, l’engagement de 0,7% de la richesse nationale, entre 2017 et 2030, en fonction de nos marges budgétaires.
Cette aide au développement renforcée devra se concentrer sur l’Afrique et l’espace francophone, pour appuyer les priorités que j’ai déjà évoquées : lutte contre le dérèglement climatique, droits des femmes, éducation et formation, infrastructures, bonne gouvernance, développement du secteur privé et de l’emploi.
L’aide humanitaire et l’aide directe à des populations en situation difficile doivent évidemment être préservées, particulièrement dans les situations de crise, mais nous devons être prêts à reconsidérer notre soutien aux gouvernements qui bafouent les droits les plus fondamentaux.
Je compte proposer un programme de renforcement des capacités des sociétés civiles dans toutes leurs composantes : fondations locales, organisations de droits de l’Homme ou de protection de l’environnement, médias, partis politiques, syndicats.
"Je défendrai le respect des principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique"



Modification des Constitutions pour rester au pouvoir, élections tronquées, régimes autoritaires, justice partiale : quel doit être selon vous le rôle pour la France face à ces dérives ?
Les États africains ont adopté une Charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance, qui requiert le respect de principes démocratiques fondamentaux. Pouvons-nous nous-mêmes renier les principes que les États africains se sont eux-mêmes donnés ? A l’évidence, non. Si je suis élu, je défendrai le respect des principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique, en lien avec l’Union Africaine et les organisations régionales qui ont un rôle majeur à jouer pour faire respecter ces principes de bonne gouvernance démocratique que les pays d’Afrique ont définis. Je salue d’ailleurs à ce titre le rôle très important joué par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans la résolution de plusieurs conflits notamment au Burkina Faso ou plus récemment en Gambie.
"Je note que les gouvernements africains restent, avec raison, attachés aux deux espaces monétaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale"





Le Franc CFA, dont la persistance est l’objet d’un vif débat, a-t-il toujours un avenir ?
Je le crois, mais c’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes. Je note qu’en général les gouvernements africains restent, avec raison, attachés aux deux espaces monétaires (Afrique centrale et Afrique de l’Ouest) qui constituent la zone du franc CFA et qui contribuent à la stabilité économique et à l’intégration régionale.
Je serai entièrement à l’écoute des souhaits de nos partenaires dans ce domaine de coopération exemplaire.
Le débat sur la laïcité est vif en France. Votre position ? Peut-elle s’accommoder de différences comportementales liées à la religion (menus spéciaux cantines, port du voile) ?
La laïcité est au cœur du pacte national français. C’est un principe de liberté qui permet, dans l’espace public et la fraternité républicaine, de vivre ensemble dans le respect des uns et des autres.
"La laïcité est une liberté avant d’être un interdit"


Elle garantit à chacun la liberté fondamentale de croire et de pratiquer la religion qu’il s’est choisie, comme la liberté fondamentale de ne pas croire. La laïcité protège aussi la République : elle garantit que la loi est commune à tous les citoyens et indépendante des dogmes.
Aujourd’hui, la confusion règne sur le sens de la laïcité et ses limites. Trop de Français confondent la laïcité et l’interdiction des manifestations religieuses – et certains font de cette confusion leur fonds de commerce. La laïcité, nous ne le répéterons jamais assez, est une liberté avant d’être un interdit.
L’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école est pleinement justifiée par l’âge des enfants ; elle doit donc être maintenue. Elle ne doit cependant pas être étendue à l’université, où les étudiants sont majeurs et responsables. Les usagers des services publics doivent voir protégée leur liberté d’exprimer leurs convictions religieuses et spirituelles, dans la limite du raisonnable comme des règles de l’ordre public et du bon fonctionnement de ces services. Dans l’espace public (rues, plages), l’expression des convictions religieuses doit bien sûr rester libre à condition de ne pas porter atteinte à l’ordre public.
Immigration concertée, immigration choisie… Quelle est votre position sur cette question sensible ?
La France doit tenir ses engagements en matière d’accueil des réfugiés, tout en se montrant, dans des conditions toujours dignes, inflexible avec les personnes qui ne remplissent pas les conditions de séjour sur notre territoire.
"Je veux en France les meilleurs talents du monde entier"


Mais pour mieux gérer ces flux migratoires, il faut travailler en amont : contre les réseaux criminels des passeurs, dans les pays d’origine et de transit ; contre les causes des migrations, en aidant les pays d’origine des migrants à offrir à leurs habitants un avenir sur place Et je veux m’appuyer sur l’échelon européen, qui est le bon niveau pour agir fortement, en portant le corps européen de police des frontières à 5 000 agents, en renforçant la lutte contre les passeurs dans les pays de transit, et, en traitant, avec l’aide au développement européenne, les causes profondes de l’immigration. L’Europe pourra proposer aux pays africains des accords mutuellement bénéfiques, pour accompagner une politique migratoire maîtrisée et humaine.
Je veux par ailleurs attirer en France les meilleurs talents du monde entier (créateurs d’entreprises, investisseurs, chercheurs ou artistes), et développer les visas de circulation pour les professionnels (entreprises, scientifiques) qui contribuent à notre développement scientifique et économique partagé.
Les institutions internationales (Conseil de sécurité, Banque mondiale, FMI) doivent-elles évoluer pour intégrer l’évolution géopolitique du monde ?
Nous continuerons de plaider pour un élargissement du Conseil de sécurité à de nouveaux membres permanents, pour refléter les équilibres de l’ordre mondial. L’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Brésil et un pays africain ont vocation à accéder à ce statut, avec les droits et les devoirs qu’il comporte.
Je compte promouvoir, aux côtés des plus de 80 pays favorables à cette initiative, et notamment le Mexique, un encadrement de l’usage du droit de veto par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité en cas de crimes de masse.
Enfin, il faut également poursuivre le rééquilibrage qui a été engagé à la Banque mondiale et au FMI pour assurer une meilleure représentation de tous les pays, en phase avec les évolutions économiques.
Vladimir Poutine est-il à vos yeux un concurrent, un adversaire ou un partenaire ?
La Russie a un grand peuple, une grande culture et une grande histoire. Nous avons souvent été alliés, y compris du temps de l’URSS. Mais aujourd’hui, il n’y a aucune raison de se soumettre à une quelconque domination russe, de se laisser impressionner ou de laisser les Russes agir au mépris du droit international.
"Contrairement à d’autres, je suis en mesure de me faire respecter par Vladimir Poutine car je n’ai pas de dette à l’égard de la Russie"




Je dirai à Vladimir Poutine de façon très directe et déterminée que je suis prêt à une relance d’un dialogue exigeant  pour régler les crises dans lesquelles la Russie est impliquée (Ukraine, Syrie). Je lui dirai aussi que je serai vigilant sur la défense de nos principes, sans hostilité mais sans concession.
Contrairement à d’autres, je suis en mesure de me faire respecter car je n’ai pas de dette à l’égard de la Russie dans cette campagne où des interférences inacceptables ont d’ailleurs eu lieu.
Si la Russie respecte ses engagements, alors nous lèverons progressivement les sanctions européennes et nous renforcerons – en lien avec l’Allemagne – le partenariat politique et économique de l’UE avec la Russie.
Et Donald Trump ?
La France partage avec les États-Unis plus de deux siècles d’amitié ininterrompue. C’est au nom de cette amitié que je dirai au Président Trump avec franchise les préoccupations que nous inspirent ses annonces politiques (sur le commerce, l’environnement ou la remise en cause de l’OTAN).
Je crois à une politique multilatérale, je crois en l’avenir de l’ONU. Je l’ai dit au sujet de la Syrie.
Je dirai également au président américain ma volonté et mon engagement en faveur d’une Europe forte dans tous les domaines, y compris celui de la Défense ; une Europe qui a toujours été la meilleure alliée des États-Unis, avec qui nous coopérons sur le terrain pour faire avancer nos intérêts, par exemple contre Daech en Irak et en Syrie, ou encore dans le Sahel.

http://www.jeuneafrique.com/429951/politique/emmanuel-macron-defendrai-respect-de-democratie-partout-afrique/

Emmanuel Macron : « J’agirai en Afrique en toute transparence, loin des réseaux de connivence » Jeune Afrique



Emmanuel Macron, leader du mouvement En Marche!, est arrivé en tête lors du premier tour de l'élection présidentielle française ce dimanche 23 avril, avec 23,75% des voix contre 21,53% pour la présidente du Front National, Marine Le Pen. Le favori à la succession de François Hollande a accordé une interview à Jeune Afrique, une semaine avant ce scrutin.


Sa perception de l’Afrique et la politique qu’il entend mettre en place s’il était élu, la colonisation, l’aide publique au développement, le franc CFA, les relations Algérie-Maroc, la démocratie et les Constitutions, l’immigration, Trump, Poutine…
Avant le premier tour de l’élection présidentielle française, le 23 avril, nous avons interrogé le candidat d’En marche !, Emmanuel Macron, dans un TGV entre Paris et Besançon, où il se rendait en meeting.
Jeune Afrique : En quelques mots, que proposez-vous de nouveau ou de différent aux électeurs français ?
Emmanuel Macron : Je propose un renouvellement profond de la vie politique française et un projet pour la France qui rassemble les Français autour d’objectifs clairs. Le socle de ce projet repose sur 6 chantiers de transformation : l’éducation et la culture, la réforme du marché du travail, la modernisation de l’économie (à travers l’écologie et le numérique, notamment), la sécurité, le fonctionnement plus efficace des institutions et une politique européenne et internationale indépendante et humaniste.
Ce projet s’appuie sur un mouvement d’un dynamisme extraordinaire, En Marche !, porté par des femmes et des hommes engagés sur le terrain, souvent nouveaux venus dans la vie politique, réunis par les valeurs de la République et du progrès.
"La campagne a été plombée par les affaires du Front national et du candidat François Fillon"



Quel jugement portez-vous sur cette campagne électorale totalement inédite ?
J’aimerais qu’elle se concentre sur les programmes. Elle a été plombée par les affaires du Front national et du candidat François Fillon. Mais je crois que les Françaises et les Français voteront finalement en connaissance de cause. Notre projet est le seul qui soit à la fois réaliste et ambitieux. Il faut convaincre jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière minute.
Sur le plan des relations internationales, et en particulier vis-à-vis de l’Afrique, qu’est ce qui changerait avec vous ?
Dans la politique étrangère que je conduirai, je veillerai à défendre partout les intérêts stratégiques de la France, et en priorité la sécurité des Français.
A cet égard, en Afrique, je mènerai une action déterminée, avec nos partenaires africains et internationaux, contre le terrorisme et les trafics qui menacent la stabilité de plusieurs pays.
"Nous devons mettre en place un partenariat stratégique entre l’UE et l’UA pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme"




Mais je souhaite aussi que la France, l’Europe et l’Afrique saisissent ensemble les opportunités de ce continent d’avenir. Nous devons refonder notre relation avec l’Afrique pour créer un nouveau partenariat équilibré, de confiance et de croissance.
Le doublement de la population africaine et l’émergence de plusieurs pays africains dans les 30 prochaines années pourrait en effet s’apparenter à celle des dragons asiatiques au 20e siècle.
Mais pour surmonter les éléments de fragilité du développement africain – sécurité, jeunesse peu formée, inégalités, dégradation des sols et réchauffement climatique –  nous devons mettre en place un partenariat stratégique entre les Unions (européenne et africaine), qui renouvelle complètement les politiques existantes, pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme, et bâtir une relation politique et économique véritablement partenariale.
C’est ainsi que l’Europe et l’Afrique pourront prospérer ensemble, défendre leurs intérêts mutuels  et peser sur l’avenir de notre monde, aux côtés des États-Unis, de la Chine et d’autres puissances émergentes.
Dès les premières semaines de mon mandat, j’engagerai une nouvelle politique en direction du continent africain, fondée sur la liberté et la responsabilité, avec des priorités claires : la sécurité, la lutte contre le changement climatique, les droits des femmes, l’éducation et la formation, les infrastructures, notamment pour l’accès à l’énergie et à l’eau, et le développement du secteur privé, notamment des PME africaines qui sont créatrices d’emploi.
Dès le G20 de juillet prochain en Allemagne, je mobiliserai les institutions et nos partenaires internationaux pour faire du développement durable des États et des économies africaines une priorité majeure de l’agenda international.
"C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons  regarder l’avenir avec confiance"



Vous avez fait une déclaration forte sur la colonisation en Algérie, qui a fait polémique. Quel est, en définitive, votre jugement sur ce sujet ?
La colonisation a donné lieu à des violences qui ont nié l’humanité des victimes. Je ne m’inscris pas dans la repentance, mais je ne souhaite pas non plus refouler ce passé, dont la connaissance doit nous aider à construire un avenir apaisé. Apaisé dans notre pays, où les historiens peuvent nous aider à regarder notre histoire en face. Et apaisé avec nos partenaires du Sud. C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons  regarder l’avenir avec confiance.
Comment comptez-vous gérer les relations de la France avec l’Algérie et le Maroc, qui ne s’entendent guère ?
La France a des relations fortes avec l’Algérie, avec le Maroc mais aussi avec la Tunisie, qui sont basées sur des relations humaines et des intérêts communs majeurs. Ce seront des partenaires essentiels dans le cadre de l’initiative en direction de la Méditerranée et de l’Afrique que je souhaite engager dès le début de mon mandat. Je me suis déjà rendu en Algérie et en Tunisie et si je n’ai pas encore pu aller au Maroc, je m’y rendrai très rapidement après mon élection, si les Français m’accordent leur confiance. Je n’ai pas à commenter la nature des relations entre le Maroc et l’Algérie car il s’agit de deux pays souverains. Je crois profondément à l’intérêt des pays du Maghreb à coopérer davantage, à intensifier leurs relations économiques, qui restent faibles, de la même manière qu’ils développent leurs relations avec le reste du continent africain.
"Environ 10% de la population française a des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont un atout pour la France."






Quels sont les pays africains que vous connaissez le mieux ?
J’ai vécu plusieurs mois au Nigeria, ce qui m’a permis de découvrir le pays d’Afrique le plus peuplé du continent et l’une des premières économies africaines, qui fait jeu égal avec l’Afrique du Sud. Cela m’a donné une bonne compréhension des défis auxquels sont confrontés les États africains, et des opportunités d’avenir qu’ils recèlent.
J’ai par ailleurs rencontré de nombreux chefs d’entreprise et responsables politiques africains dans le cadre de mes fonctions de ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, ainsi que les actuels présidents du Nigeria, de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.
Les relations entre chefs d’État sont importantes pour les défis que nous avons à relever ensemble, et je serais heureux d’aller à la rencontre de mes homologues africains rapidement après mon élection.
Mais les liens entre l’Afrique et la France dépassent le seul cadre des relations d’État à État. Environ 10% de la population française a des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont un atout pour la France. C’est pourquoi je veux approfondir nos relations au niveau des acteurs de la société civile et des acteurs économiques. C’est vital pour aussi en terminer avec certains réseaux de connivence qui n’ont plus lieu d’être.
Si vous deviez résumer la future politique africaine de la France, relativement absente des débats lors de la campagne, sur quels principes s’appuierait-elle ?
Je veux écrire une nouvelle page dans notre relation avec l’Afrique et pour cela conduire un véritable aggiornamento de notre politique en direction du continent, pour répondre à sa vitalité et contribuer à libérer son potentiel.
"Je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes encore trop présentes"




C’est pourquoi, je lancerai une initiative ambitieuse entre la France, l’Europe, le sud de la Méditerranée et l’Afrique, les routes de la liberté et de la responsabilité, pour renforcer nos intérêts mutuels, dans tous les domaines – sécurité, climat, commerce, emploi, innovation.
Dans le cadre de ce partenariat pour l’avenir, j’apporterai plusieurs inflexions à notre politique africaine.
Tout d’abord, je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes dont on a vu que, malheureusement, ils subsistent encore dans le système politique français, en particulier à droite et à l’extrême-droite.
Dans cet esprit, je veux m’appuyer sur les forces vives africaines et françaises : les intellectuels, les ONG, les entreprises françaises et africaines, la diaspora française en Afrique et africaine en France.
Je veux aussi que la France accorde plus d’attention et de place à la jeunesse africaine, qui est dynamique et créative, et au développement du secteur privé. Un des grands défis pour nous tous, c’est de créer en Afrique des emplois pour la jeunesse africaine. Il faudra pour cela que chacun prenne sa part, l’aide internationale, les gouvernements nationaux et les investisseurs privés, nationaux et internationaux, pour financer les infrastructures productives (électricité, eau, communications) et les entreprises, notamment les PME.
Enfin, je veux encourager la francophonie, qui est un atout pour la France dans la mondialisation, et qui sera très africaine, puisque 75% des francophones dans le monde seront africains d’ici à 2040. Nous devons développer ensemble un espace économique et un fonds d’investissement francophones.
Dernier point : je suis conscient des soupçons d’ingérence que notre présence militaire peut susciter. Je veux souligner que ces forces jouent un rôle essentiel aujourd’hui dans la lutte contre le terrorisme et la prévention de crises, pour notre bénéfice collectif. Je souhaite qu’elles travaillent au renforcement des capacités sécuritaires africaines nationales et régionales.
L’aide publique doit-elle être conditionnée à des critères démocratiques ou de respect des droits de l’homme ?
Notre aide au développement n’est pas suffisante, particulièrement en Afrique. Nous devons l’augmenter pour atteindre, comme nos partenaires européens, l’engagement de 0,7% de la richesse nationale, entre 2017 et 2030, en fonction de nos marges budgétaires.
Cette aide au développement renforcée devra se concentrer sur l’Afrique et l’espace francophone, pour appuyer les priorités que j’ai déjà évoquées : lutte contre le dérèglement climatique, droits des femmes, éducation et formation, infrastructures, bonne gouvernance, développement du secteur privé et de l’emploi.
L’aide humanitaire et l’aide directe à des populations en situation difficile doivent évidemment être préservées, particulièrement dans les situations de crise, mais nous devons être prêts à reconsidérer notre soutien aux gouvernements qui bafouent les droits les plus fondamentaux.
Je compte proposer un programme de renforcement des capacités des sociétés civiles dans toutes leurs composantes : fondations locales, organisations de droits de l’Homme ou de protection de l’environnement, médias, partis politiques, syndicats.
"Je défendrai le respect des principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique"



Modification des Constitutions pour rester au pouvoir, élections tronquées, régimes autoritaires, justice partiale : quel doit être selon vous le rôle pour la France face à ces dérives ?
Les États africains ont adopté une Charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance, qui requiert le respect de principes démocratiques fondamentaux. Pouvons-nous nous-mêmes renier les principes que les États africains se sont eux-mêmes donnés ? A l’évidence, non. Si je suis élu, je défendrai le respect des principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique, en lien avec l’Union Africaine et les organisations régionales qui ont un rôle majeur à jouer pour faire respecter ces principes de bonne gouvernance démocratique que les pays d’Afrique ont définis. Je salue d’ailleurs à ce titre le rôle très important joué par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans la résolution de plusieurs conflits notamment au Burkina Faso ou plus récemment en Gambie.
"Je note que les gouvernements africains restent, avec raison, attachés aux deux espaces monétaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale"





Le Franc CFA, dont la persistance est l’objet d’un vif débat, a-t-il toujours un avenir ?
Je le crois, mais c’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes. Je note qu’en général les gouvernements africains restent, avec raison, attachés aux deux espaces monétaires (Afrique centrale et Afrique de l’Ouest) qui constituent la zone du franc CFA et qui contribuent à la stabilité économique et à l’intégration régionale.
Je serai entièrement à l’écoute des souhaits de nos partenaires dans ce domaine de coopération exemplaire.
Le débat sur la laïcité est vif en France. Votre position ? Peut-elle s’accommoder de différences comportementales liées à la religion (menus spéciaux cantines, port du voile) ?
La laïcité est au cœur du pacte national français. C’est un principe de liberté qui permet, dans l’espace public et la fraternité républicaine, de vivre ensemble dans le respect des uns et des autres.
"La laïcité est une liberté avant d’être un interdit"


Elle garantit à chacun la liberté fondamentale de croire et de pratiquer la religion qu’il s’est choisie, comme la liberté fondamentale de ne pas croire. La laïcité protège aussi la République : elle garantit que la loi est commune à tous les citoyens et indépendante des dogmes.
Aujourd’hui, la confusion règne sur le sens de la laïcité et ses limites. Trop de Français confondent la laïcité et l’interdiction des manifestations religieuses – et certains font de cette confusion leur fonds de commerce. La laïcité, nous ne le répéterons jamais assez, est une liberté avant d’être un interdit.
L’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école est pleinement justifiée par l’âge des enfants ; elle doit donc être maintenue. Elle ne doit cependant pas être étendue à l’université, où les étudiants sont majeurs et responsables. Les usagers des services publics doivent voir protégée leur liberté d’exprimer leurs convictions religieuses et spirituelles, dans la limite du raisonnable comme des règles de l’ordre public et du bon fonctionnement de ces services. Dans l’espace public (rues, plages), l’expression des convictions religieuses doit bien sûr rester libre à condition de ne pas porter atteinte à l’ordre public.
Immigration concertée, immigration choisie… Quelle est votre position sur cette question sensible ?
La France doit tenir ses engagements en matière d’accueil des réfugiés, tout en se montrant, dans des conditions toujours dignes, inflexible avec les personnes qui ne remplissent pas les conditions de séjour sur notre territoire.
"Je veux en France les meilleurs talents du monde entier"


Mais pour mieux gérer ces flux migratoires, il faut travailler en amont : contre les réseaux criminels des passeurs, dans les pays d’origine et de transit ; contre les causes des migrations, en aidant les pays d’origine des migrants à offrir à leurs habitants un avenir sur place Et je veux m’appuyer sur l’échelon européen, qui est le bon niveau pour agir fortement, en portant le corps européen de police des frontières à 5 000 agents, en renforçant la lutte contre les passeurs dans les pays de transit, et, en traitant, avec l’aide au développement européenne, les causes profondes de l’immigration. L’Europe pourra proposer aux pays africains des accords mutuellement bénéfiques, pour accompagner une politique migratoire maîtrisée et humaine.
Je veux par ailleurs attirer en France les meilleurs talents du monde entier (créateurs d’entreprises, investisseurs, chercheurs ou artistes), et développer les visas de circulation pour les professionnels (entreprises, scientifiques) qui contribuent à notre développement scientifique et économique partagé.
Les institutions internationales (Conseil de sécurité, Banque mondiale, FMI) doivent-elles évoluer pour intégrer l’évolution géopolitique du monde ?
Nous continuerons de plaider pour un élargissement du Conseil de sécurité à de nouveaux membres permanents, pour refléter les équilibres de l’ordre mondial. L’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Brésil et un pays africain ont vocation à accéder à ce statut, avec les droits et les devoirs qu’il comporte.
Je compte promouvoir, aux côtés des plus de 80 pays favorables à cette initiative, et notamment le Mexique, un encadrement de l’usage du droit de veto par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité en cas de crimes de masse.
Enfin, il faut également poursuivre le rééquilibrage qui a été engagé à la Banque mondiale et au FMI pour assurer une meilleure représentation de tous les pays, en phase avec les évolutions économiques.
Vladimir Poutine est-il à vos yeux un concurrent, un adversaire ou un partenaire ?
La Russie a un grand peuple, une grande culture et une grande histoire. Nous avons souvent été alliés, y compris du temps de l’URSS. Mais aujourd’hui, il n’y a aucune raison de se soumettre à une quelconque domination russe, de se laisser impressionner ou de laisser les Russes agir au mépris du droit international.
"Contrairement à d’autres, je suis en mesure de me faire respecter par Vladimir Poutine car je n’ai pas de dette à l’égard de la Russie"




Je dirai à Vladimir Poutine de façon très directe et déterminée que je suis prêt à une relance d’un dialogue exigeant  pour régler les crises dans lesquelles la Russie est impliquée (Ukraine, Syrie). Je lui dirai aussi que je serai vigilant sur la défense de nos principes, sans hostilité mais sans concession.
Contrairement à d’autres, je suis en mesure de me faire respecter car je n’ai pas de dette à l’égard de la Russie dans cette campagne où des interférences inacceptables ont d’ailleurs eu lieu.
Si la Russie respecte ses engagements, alors nous lèverons progressivement les sanctions européennes et nous renforcerons – en lien avec l’Allemagne – le partenariat politique et économique de l’UE avec la Russie.
Et Donald Trump ?
La France partage avec les États-Unis plus de deux siècles d’amitié ininterrompue. C’est au nom de cette amitié que je dirai au Président Trump avec franchise les préoccupations que nous inspirent ses annonces politiques (sur le commerce, l’environnement ou la remise en cause de l’OTAN).
Je crois à une politique multilatérale, je crois en l’avenir de l’ONU. Je l’ai dit au sujet de la Syrie.
Je dirai également au président américain ma volonté et mon engagement en faveur d’une Europe forte dans tous les domaines, y compris celui de la Défense ; une Europe qui a toujours été la meilleure alliée des États-Unis, avec qui nous coopérons sur le terrain pour faire avancer nos intérêts, par exemple contre Daech en Irak et en Syrie, ou encore dans le Sahel.

http://www.jeuneafrique.com/429951/politique/emmanuel-macron-defendrai-respect-de-democratie-partout-afrique/

Posté lundi 8 mai 2017 à 20:49 |  par bbela


La femme du nouveau président de la République, de 25 ans son aînée, intrigue autant qu’elle fascine. Portrait.

Ne l'appelez plus "Bibi", "BAM" ou "Cocotte"... Encore inconnue il y a deux ans, Brigitte Macron, 64 ans, est depuis dimanche soir la "Première dame" de France. Discrète, mais toujours présente, l'ancienne professeur de français, mère de trois enfants, partage le destin du nouveau président de la République depuis 24 ans. Une vie exceptionnelle pour celle qui en a connu plusieurs.


La bourgeoisie amiénoise

Brigitte est née le 13 avril 1953, soit 24 ans, 8 mois et 8 jours avant le petit Emmanuel. La jeune tête blonde est la cadette d'une famille de la bourgeoisie amiénoise, célèbre pour son chocolat, une tradition que les Trogneux se transmettent de génération en génération. Leur spécialité ? Les mac(a)rons, dont les habitants de la région raffolent.

Dans ce paysage familiale idyllique, Brigitte ne semble à l'époque manquer de rien. Si ce n'est d'amour, la petite dernière de cette fratrie de six enfants vivant mal l'isolement dû à son âge. Un manque d'attention que rien dans l'adolescence ne viendra combler.

Car si rétrospectivement la nouvelle "Première dame" garde un souvenir heureux de son enfance, elle confie toutefois en 2016 dans VSD à Philippe Besson, proche du couple Macron, avoir souffert d'"une fêlure existentielle" et avoir été "une adolescente en souffrance".

Un premier mari

De ces années difficiles, la future professeur de français tire la force de devenir adulte, vite. Très vite même. Elle a à peine 20 ans lorsque cette passionnée de lettres épouse son premier mari en 1974, André-Louis Auzière, jeune homme propre sur lui, déjà, et futur banquier. Emmanuel Macron n'est pas encore né.

De cette relation, naissent trois enfants, Sébastien, Laurence et Tiphaine, ce qui vaut aujourd'hui au plus jeune chef de l'Etat français depuis Napoléon, d'être le grand-père par alliance... de sept petits-enfants !

Comme la nouvelle "Première dame" l'explique en 2016 à Paris Match, elle entretient avec ses enfants, aujourd'hui âgés de 42, 40 et 33 ans, une relation très forte : "J'ai le besoin viscéral de parler à mes deux filles tous les jours, un peu moins souvent à Sébastien."

Prof et élève

Sa première vie bascule en 1992. A l'époque Brigitte Auzière, futur Macron, est professeur à La Providence à Amiens, un collège-lycée privé. Le jeune Emmanuel, qui passe ses journées dans le même établissement, est quant à lui élève en seconde.

Mais, contrairement à ce que raconte la légende, le futur ministre des Finances n'a jamais été son élève, comme le confirment Caroline Derrien et Candice Nedelec dans "Les Macron". C'est sa première fille, Laurence, qui lui parlera la première de son jeune camarade Emmanuel, ce "fou" qui "sait tout sur tout".

https://www.lesechos.fr/elections/emmanuel-macron/0212055176940-mais-qui-est-donc-brigitte-macron-2085128.php#xtor=CS1-26

Qui est Brigitte Macron, la femme du nouveau président français?



La femme du nouveau président de la République, de 25 ans son aînée, intrigue autant qu’elle fascine. Portrait.

Ne l'appelez plus "Bibi", "BAM" ou "Cocotte"... Encore inconnue il y a deux ans, Brigitte Macron, 64 ans, est depuis dimanche soir la "Première dame" de France. Discrète, mais toujours présente, l'ancienne professeur de français, mère de trois enfants, partage le destin du nouveau président de la République depuis 24 ans. Une vie exceptionnelle pour celle qui en a connu plusieurs.


La bourgeoisie amiénoise

Brigitte est née le 13 avril 1953, soit 24 ans, 8 mois et 8 jours avant le petit Emmanuel. La jeune tête blonde est la cadette d'une famille de la bourgeoisie amiénoise, célèbre pour son chocolat, une tradition que les Trogneux se transmettent de génération en génération. Leur spécialité ? Les mac(a)rons, dont les habitants de la région raffolent.

Dans ce paysage familiale idyllique, Brigitte ne semble à l'époque manquer de rien. Si ce n'est d'amour, la petite dernière de cette fratrie de six enfants vivant mal l'isolement dû à son âge. Un manque d'attention que rien dans l'adolescence ne viendra combler.

Car si rétrospectivement la nouvelle "Première dame" garde un souvenir heureux de son enfance, elle confie toutefois en 2016 dans VSD à Philippe Besson, proche du couple Macron, avoir souffert d'"une fêlure existentielle" et avoir été "une adolescente en souffrance".

Un premier mari

De ces années difficiles, la future professeur de français tire la force de devenir adulte, vite. Très vite même. Elle a à peine 20 ans lorsque cette passionnée de lettres épouse son premier mari en 1974, André-Louis Auzière, jeune homme propre sur lui, déjà, et futur banquier. Emmanuel Macron n'est pas encore né.

De cette relation, naissent trois enfants, Sébastien, Laurence et Tiphaine, ce qui vaut aujourd'hui au plus jeune chef de l'Etat français depuis Napoléon, d'être le grand-père par alliance... de sept petits-enfants !

Comme la nouvelle "Première dame" l'explique en 2016 à Paris Match, elle entretient avec ses enfants, aujourd'hui âgés de 42, 40 et 33 ans, une relation très forte : "J'ai le besoin viscéral de parler à mes deux filles tous les jours, un peu moins souvent à Sébastien."

Prof et élève

Sa première vie bascule en 1992. A l'époque Brigitte Auzière, futur Macron, est professeur à La Providence à Amiens, un collège-lycée privé. Le jeune Emmanuel, qui passe ses journées dans le même établissement, est quant à lui élève en seconde.

Mais, contrairement à ce que raconte la légende, le futur ministre des Finances n'a jamais été son élève, comme le confirment Caroline Derrien et Candice Nedelec dans "Les Macron". C'est sa première fille, Laurence, qui lui parlera la première de son jeune camarade Emmanuel, ce "fou" qui "sait tout sur tout".

https://www.lesechos.fr/elections/emmanuel-macron/0212055176940-mais-qui-est-donc-brigitte-macron-2085128.php#xtor=CS1-26

Posté à 19:55 |  par bbela

mercredi 3 mai 2017


Au-delà du spectacle, de l’anecdotique et des jeux de personnalité qui accaparent l’attention, une élection fournit des indices de l’ajustement de l’appareil politique au programme à appliquer.

La présidentielle de 2017 a ceci de particulier qu’elle réalise ce but avec une rare limpidité. La franchise, voire l’ingénuité et la candeur qui y ont présidé sont inhabituelles pour ce genre d’exercice où illusionnisme et esbroufe ont libre cours. La fabrication du personnage Macron et son élévation à la magistrature suprême procèdent comme une chorégraphie mise en oeuvre à visage découvert. Encore plus singulier, ce qui tient de programme chez lui est à peu près sûrement ce qu’il fera.

Comment expliquer l’apparition de ce deus ex machina, la voie royale tracée pour lui et la désarmante transparence qui marque cette opération de prestidigitation politique ? Deux raisons : un système politique essoufflé mais toujours apte à générer des expédients, et le passage à l’imposition accélérée de la mondialisation néolibérale à un pays qui lui est rétif.

Un système politique en panne

La fin des Trente Glorieuses dérègle le système français. De fait, les 40 dernières années sont dominées par la crise économique et son cortège de stagnation, de désindustrialisation et de chômage. En quête des ressorts de la croissance, le programme de Mitterrand de 1981 recourt au keynésianisme qui avait si bien réussi de 1945 à 1975. Mais l’expérience échoue. Le gouvernement fait alors un virage à 180 degrés en 1983 et engage la France dans la voie de la « rigueur », du néolibéralisme, de l’intégration européenne et de la mondialisation. Quel qu’en soit l’habillage et peu importe le parti, tel est le programme de tous les gouvernements depuis plus de trois décennies.

Le paysage politique se recompose en conséquence. Comment parer au risque de détourner des partis de gouvernement un électorat auquel sont infligées de douloureuses politiques économiques ? En dressant devant lui une option qui ferait office de repoussoir. Pouvant commodément être diabolisé, le Front national joue ce rôle à merveille. Mitterrand le comprend si bien qu’il l’aide à se mettre en orbite. Tandis que le PCF s’effondre, l’offre politique se résume au choix entre l’un ou l’autre des partis de gouvernement pour faire barrage au FN. L’épouvantail à moineaux est érigé d’élection en élection pour rabattre l’électorat échaudé, mais apeuré, tantôt vers la droite, tantôt vers la « gauche » officielles, et assurer ainsi que continue à tourner la roue d’une fictive « alternance ».

Chaque nouveau président entre à l’Élysée sous les meilleurs auspices, mais applique aussitôt le programme néolibéral mondialiste. Le « socialiste » Hollande remporte la palme en matière de célérité dans le retournement de sa veste. Il représente la dernière tentative de donner le change à l’électorat. Ne reste plus en 2017 qu’à jouer cartes sur table.

Macron : un président sorti d’un chapeau

Après Hollande, le faux-semblant de la « gauche » n’est plus opératoire. Le Parti socialiste se saborde, Hollande lui-même appelant à voter Macron. Le risque que Fillon lui succède par le truchement d’un « Front républicain » pour barrer la route au FN est dissipé par d’opportunes et suspectes révélations fâcheuses pour sa réputation. La voie est libre pour Macron.

Illustre inconnu il y a peu de temps, jamais élu, il est propulsé au firmament à grand renfort de publicité. Devenu millionnaire chez Rothschild, c’est la coqueluche du patronat. Les ressources pour sa campagne ne lui manquent pas et son « mouvement » (« En marche ! ») émerge avec une miraculeuse soudaineté.

À bout d’expédients, le système politique crée de toutes pièces un candidat « moderne » qui se veut hors système. Discrédités, les partis politiques sont remplacés par une communion directe entre le chef de l’État et le « peuple », ou plutôt les milieux d’affaires. Biaiser n’étant plus possible, on passe à la promotion sans ambages du néolibéralisme « incontournable » et de la mondialisation « heureuse ». Macron s’affiche tel qu’il est, ne s’entourant d’aucun écran de fumée. Récusant la droite et la gauche, il ne prête allégeance qu’au marché. Les grands intérêts économiques gouverneront directement, sans l’intermédiaire des partis politiques. Avec Macron, né à l’ère de l’absence de repères, la gestion évacue le politique.

La « marche » de la France vers son intégration européo-mondiale se fera à bride abattue, alors que le pays est clivé. Aux centres des grandes villes et à l’Ouest, d’où Macron a puisé ses 24 %, s’opposent les banlieues et l’Est. La déréglementation procédera à grands pas. Plus que jamais s’intensifiera la dichotomie entre le mondialisme qui délite États et nations au profit d’instances de décisions supranationales, et l’affirmation du cadre national comme lieu d’application de l’autodétermination. Ancêtre de l’État-nation moderne, la France connaîtra une intensification des pressions désagrégatrices qu’elle subit déjà. Quelle sera la réaction ?

Samir Saul



Samir Saul : Professeur d’histoire à l’Université de Montréal – CERIUM, Québec, Canada.

La France «En marche» vers sa dissolution?


Au-delà du spectacle, de l’anecdotique et des jeux de personnalité qui accaparent l’attention, une élection fournit des indices de l’ajustement de l’appareil politique au programme à appliquer.

La présidentielle de 2017 a ceci de particulier qu’elle réalise ce but avec une rare limpidité. La franchise, voire l’ingénuité et la candeur qui y ont présidé sont inhabituelles pour ce genre d’exercice où illusionnisme et esbroufe ont libre cours. La fabrication du personnage Macron et son élévation à la magistrature suprême procèdent comme une chorégraphie mise en oeuvre à visage découvert. Encore plus singulier, ce qui tient de programme chez lui est à peu près sûrement ce qu’il fera.

Comment expliquer l’apparition de ce deus ex machina, la voie royale tracée pour lui et la désarmante transparence qui marque cette opération de prestidigitation politique ? Deux raisons : un système politique essoufflé mais toujours apte à générer des expédients, et le passage à l’imposition accélérée de la mondialisation néolibérale à un pays qui lui est rétif.

Un système politique en panne

La fin des Trente Glorieuses dérègle le système français. De fait, les 40 dernières années sont dominées par la crise économique et son cortège de stagnation, de désindustrialisation et de chômage. En quête des ressorts de la croissance, le programme de Mitterrand de 1981 recourt au keynésianisme qui avait si bien réussi de 1945 à 1975. Mais l’expérience échoue. Le gouvernement fait alors un virage à 180 degrés en 1983 et engage la France dans la voie de la « rigueur », du néolibéralisme, de l’intégration européenne et de la mondialisation. Quel qu’en soit l’habillage et peu importe le parti, tel est le programme de tous les gouvernements depuis plus de trois décennies.

Le paysage politique se recompose en conséquence. Comment parer au risque de détourner des partis de gouvernement un électorat auquel sont infligées de douloureuses politiques économiques ? En dressant devant lui une option qui ferait office de repoussoir. Pouvant commodément être diabolisé, le Front national joue ce rôle à merveille. Mitterrand le comprend si bien qu’il l’aide à se mettre en orbite. Tandis que le PCF s’effondre, l’offre politique se résume au choix entre l’un ou l’autre des partis de gouvernement pour faire barrage au FN. L’épouvantail à moineaux est érigé d’élection en élection pour rabattre l’électorat échaudé, mais apeuré, tantôt vers la droite, tantôt vers la « gauche » officielles, et assurer ainsi que continue à tourner la roue d’une fictive « alternance ».

Chaque nouveau président entre à l’Élysée sous les meilleurs auspices, mais applique aussitôt le programme néolibéral mondialiste. Le « socialiste » Hollande remporte la palme en matière de célérité dans le retournement de sa veste. Il représente la dernière tentative de donner le change à l’électorat. Ne reste plus en 2017 qu’à jouer cartes sur table.

Macron : un président sorti d’un chapeau

Après Hollande, le faux-semblant de la « gauche » n’est plus opératoire. Le Parti socialiste se saborde, Hollande lui-même appelant à voter Macron. Le risque que Fillon lui succède par le truchement d’un « Front républicain » pour barrer la route au FN est dissipé par d’opportunes et suspectes révélations fâcheuses pour sa réputation. La voie est libre pour Macron.

Illustre inconnu il y a peu de temps, jamais élu, il est propulsé au firmament à grand renfort de publicité. Devenu millionnaire chez Rothschild, c’est la coqueluche du patronat. Les ressources pour sa campagne ne lui manquent pas et son « mouvement » (« En marche ! ») émerge avec une miraculeuse soudaineté.

À bout d’expédients, le système politique crée de toutes pièces un candidat « moderne » qui se veut hors système. Discrédités, les partis politiques sont remplacés par une communion directe entre le chef de l’État et le « peuple », ou plutôt les milieux d’affaires. Biaiser n’étant plus possible, on passe à la promotion sans ambages du néolibéralisme « incontournable » et de la mondialisation « heureuse ». Macron s’affiche tel qu’il est, ne s’entourant d’aucun écran de fumée. Récusant la droite et la gauche, il ne prête allégeance qu’au marché. Les grands intérêts économiques gouverneront directement, sans l’intermédiaire des partis politiques. Avec Macron, né à l’ère de l’absence de repères, la gestion évacue le politique.

La « marche » de la France vers son intégration européo-mondiale se fera à bride abattue, alors que le pays est clivé. Aux centres des grandes villes et à l’Ouest, d’où Macron a puisé ses 24 %, s’opposent les banlieues et l’Est. La déréglementation procédera à grands pas. Plus que jamais s’intensifiera la dichotomie entre le mondialisme qui délite États et nations au profit d’instances de décisions supranationales, et l’affirmation du cadre national comme lieu d’application de l’autodétermination. Ancêtre de l’État-nation moderne, la France connaîtra une intensification des pressions désagrégatrices qu’elle subit déjà. Quelle sera la réaction ?

Samir Saul



Samir Saul : Professeur d’histoire à l’Université de Montréal – CERIUM, Québec, Canada.

Posté mercredi 3 mai 2017 à 19:27 |  par bbela

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