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dimanche 13 décembre 2015


Dans un papier publié sur son blog Mediapart et intitulé « OTAN: élargissement géographiques et fonctionnels, dérives stratégiques », le géopolitologue français Pascal Boniface évoque la récente adhésion du Monténégro à l’OTAN et la réaction de méfiance qu’elle n’a pas manqué de produire du côté russe qui voit d’un mauvais oeil cette nouvelle avancée de l’alliance atlantique. S’interdisant de prendre parti et d’émettre un jugement trop tranché, Pascal Boniface préfère se positionner dans un juste milieu qui donne toujours à celui qui l’occupe un air de sagesse. Affirmant d’une part comprendre les inquiétudes de la Russie devant l’interminable expansion de l’organisation, même si Moscou a tendance à « exagérer le danger que représente cette adhésion (…) pour sa propre sécurité », il ne s’y oppose pas par principe. Il considère simplement que « le calendrier est (…) particulièrement mal choisi » et que l’alliance atlantique a manqué de tact dans la période difficile que connaissent les relations entre la Russie et l’occident. Mais ce que nous retenons, c’est que, contrairement à « certains » qu’il se garde de nommer, Pascal Boniface ne voit pas dans l’expansion de l’OTAN la manifestation d’ « une volonté de puissance sans limite ». Selon lui, cette expansion ne vise pas à encercler la Russie mais est le révélateur d’une dérive intérieure, bureaucratique, incontrôlée, « une démarche structurelle d’organisation quasi-inconsciente ». Ce que veut l’OTAN, c’est perdurer en dépit d’une carence de légitimité due à la « disparition de la menace qui avait suscité sa création ». Et pour ce faire, l’OTAN s’entête à « multiplier les activités », à « chercher de nouvelles missions » et à « élargir son champ pour continuer à exister ». Une antienne qu’on entend chanter depuis vingt-cinq ans.

L’inconvénient c’est que Pascal Boniface ne prouve rien de ce qu’il avance. Il ne cite aucun document interne à l’organisation pas plus qu’il ne présente d’analyse stratégique ou géographique qui permettraient ne serait-ce qu’un début d’approche  des raisons qui ont conduit à  l’annexion consentie du Monténégro par l’OTAN. Plutôt que d’en venir aux faits, il reste concentré sur « la logique de croissance bureaucratique » d’une organisation en manque de légitimité. Puis de conclure que « l’OTAN mène pour partie une politique de gribouille sans discernement stratégique et pour partie une politique consciente, inspirée par le souvenir de la guerre froide ». Entre confusion présente et mauvais souvenirs d’un passé de confrontation avec le bloc soviétique, l’OTAN de Pascal Boniface suit « un mouvement naturel lié à la structure de l’organisation mais qui n’est pas cadré dans une réflexion stratégique globale ». Dommage que la France ait dépensé un total d’environ 200 millions d’euros en 2012 et ait dû assumer un surcoût de 650 millions d’euros au titre de sa réintégration pour la période 2010-2015. Quand on sait que les dépenses otaniennes « disparaissent dans un trou noir comptable » , on peut se demander ce qui a amené nos décideurs à affecter autant d’argent public à une « politique de gribouille sans discernement stratégique ».

Dans « L’OTAN s’élargit encore », Manlio Dinucci expose des faits et livre des observations utiles sur lesquels peut s’appuyer la réflexion. Avant de s’interroger, en géographe qui se respecte, sur l’importance du Monténégro dans la stratégie globale de l’OTAN, Manlio Dinucci rappelle au lecteur que l’un des principaux objectifs de la politique extérieure des Etats-Unis est l’encerclement la Russie. Pascal Boniface penserait que Manlio Dinucci exagère, que les Russes exagèrent, ce à quoi nous lui rétorquerions :  que dire alors de Zbigniew Brzezinski ? Que dire de ce célèbre géopoliticien étasunien, ami de David Rockefeller, conseiller à la sécurité de Jimmy Carter et proche du président Barack Obama, qui n’a jamais caché ses projets – ou plutôt ceux de l’élite qu’il représente et qui le nourrit – et les a même exposés dans de nombreux ouvrages et articles. Dans « A Geostrategy for Eurasia » (Foreign Affairs, 1997), il décrit très clairement le futur démembrement de la Fédération de Russie (voir « Brzezinski, Obama, l’islamisme et la Russie« , 2ème partie).

Selon Manlio Dinucci, nombreux sont les avantages d’une adhésion du Monténégro à l’OTAN: le pays peut jouer un rôle stratégique important car il est doté de deux ports pouvant accueillir des navires de guerres; il assure d’autre part la continuité géographique entre des Etats déjà proches ou membres de l’alliance atlantique ; le Monténégro possède en outre d’énormes bunkers pouvant être rafraîchis et adaptés au stockage de matériel militaire et de bombes nucléaires ; enfin, il est aussi un carrefour du trafic de la drogue en provenance d’Afghanistan ainsi qu’un centre de recyclage d’argent sale, sources d’enrichissement « d’une criminalité organisée [pouvant] être utilisée à des fins stratégiques ». Qui croit encore aujourd’hui que l’argent de la drogue n’intéresse pas les bienheureux de la mondialisation ? A quoi peuvent bien servir les comptes non publiés des chambres de compensation bancaires si ce n’est pour dissimuler les profits tirés de commerces illicites avant injection dans les circuits économiques officiels ?

Dans « L’échiquier géopolitique russe d’Ivan le Terrible à Vladimir Poutine », nous avions montré que la Russie s’était efforcée, au cours de son Histoire, de faire coïncider ses frontières avec des obstacles naturels (les Carpates, la Caucase, l’Oural, le Cercle Polaire), de contrôler des littoraux (Mer noire, Mer Baltique) et de constituer des zones tampons (plaine européenne, Asie centrale) afin de mieux se protéger des invasions. Dans son ouvrage The next 100 Years, George Friedman explique que les responsables étasuniens ont parfaitement compris cette fragilité de l’espace russe et que c’est pour cette raison qu’ils se sont empressés d’admettre de nombreux membres de l’OTAN en Europe de l’est durant les décennies 1990 et 2000. Il observe que c’est au cours des vingt-cinq dernières années que la Russie a connu le plus grand reflux de sa zone de contact: elle a reculé de 1500 kilomètres en Europe et d’autant en Asie Centrale.

En géopoliticien conscient du fait que la première réalité de ce monde, c’est la guerre – et pas le maintien de positions hautement rémunératrices dans un organisme sans projet digne de ce nom -, George Friedman souligne que la Russie se trouve devant l’urgente nécessité de regagner une zone d’influence qui sécurise son territoire. Il insiste sur le fait qu’elle est en grand danger. En effet, écrivait-il en 2009, « si l’ouest avait réussi à dominer l’Ukraine, la Russie serait devenue indéfendable ». On comprend, en passant, l’importance du coup d’Etat néonazi de février 2014 à Kiev dans la stratégie de déstabilisation menée à bien par l’occident. Car comme l’écrit George Friedman, si l’Ukraine avait été arrachée à la zone d’influence russe, « la frontière sud avec la Biélorussie et la frontière sud-ouest de la Russie auraient été ouvertes de part en part ». De plus, étant donné que « la distance entre l’Ukraine et la partie occidentale du Kazakhstan est d’environ 650 km » en cas de coupure de ce passage par une puissance ennemie, « la Russie aurait perdu sa capacité à contrôler le Caucase et aurait dû battre en retraite vers le nord depuis la Tchétchénie », en conséquence de quoi, « les Russes auraient abandonné une partie de la Fédération Russe elle-même et le flanc sud de la Russie serait devenu encore plus vulnérable ». Par suite et en conclusion, « la Russie aurait continué de se fragmenter jusqu’à revenir à ses frontières du Moyen-Âge » (voir carte ci-dessous).
russia_rel94
N’en déplaise à Pascal Boniface et à sa sagesse un peu tiède face à une réalité pour le moins brûlante, l’expansion de l’OTAN a un sens et un but qui consiste à encercler, faire reculer et disloquer la Russie. Pour George Friedman, ce schéma relève de l’évidence : « le grand objectif stratégique [des Etats-Unis] a toujours visé la fragmentation de l’Eurasie ». Et si les Etats-Unis ont eu les meilleures raisons du monde pour favoriser la désintégration de la Russie, cette dernière a, bien entendu, les meilleures raisons du monde pour empêcher qu’elle n’ait lieu. Selon Friedman, pour être sauvée, « la Russie doit regagner et tenir ses zones tampons, essentiellement les frontières de l’Union soviétique » (Friedman, page 109).

C’est donc contre l’avis de ses pairs que Pascal Boniface écrit  dans sa conclusion – nous retirons le papier de la corbeille où nous l’avions jeté,  pour le relire avant de l’y laisser retomber dans un bruit chiffonné et joyeux – que « l’OTAN mène pour partie une politique de gribouille sans discernement stratégique et pour partie une politique consciente, inspirée par le souvenir de la guerre froide».

Si j’étais au service de l’OTAN et que j’avais reçu mission de brouiller les pistes en diffusant une pensée émasculée, je ne me serais pas mieux exprimé.

Bruno Adrie

Georges Friedman, The Next 100 Years, 2009
Carte : University of Texas Libraries

#enquête: le rôle de l’OTAN consiste à disloquer la Russie


Dans un papier publié sur son blog Mediapart et intitulé « OTAN: élargissement géographiques et fonctionnels, dérives stratégiques », le géopolitologue français Pascal Boniface évoque la récente adhésion du Monténégro à l’OTAN et la réaction de méfiance qu’elle n’a pas manqué de produire du côté russe qui voit d’un mauvais oeil cette nouvelle avancée de l’alliance atlantique. S’interdisant de prendre parti et d’émettre un jugement trop tranché, Pascal Boniface préfère se positionner dans un juste milieu qui donne toujours à celui qui l’occupe un air de sagesse. Affirmant d’une part comprendre les inquiétudes de la Russie devant l’interminable expansion de l’organisation, même si Moscou a tendance à « exagérer le danger que représente cette adhésion (…) pour sa propre sécurité », il ne s’y oppose pas par principe. Il considère simplement que « le calendrier est (…) particulièrement mal choisi » et que l’alliance atlantique a manqué de tact dans la période difficile que connaissent les relations entre la Russie et l’occident. Mais ce que nous retenons, c’est que, contrairement à « certains » qu’il se garde de nommer, Pascal Boniface ne voit pas dans l’expansion de l’OTAN la manifestation d’ « une volonté de puissance sans limite ». Selon lui, cette expansion ne vise pas à encercler la Russie mais est le révélateur d’une dérive intérieure, bureaucratique, incontrôlée, « une démarche structurelle d’organisation quasi-inconsciente ». Ce que veut l’OTAN, c’est perdurer en dépit d’une carence de légitimité due à la « disparition de la menace qui avait suscité sa création ». Et pour ce faire, l’OTAN s’entête à « multiplier les activités », à « chercher de nouvelles missions » et à « élargir son champ pour continuer à exister ». Une antienne qu’on entend chanter depuis vingt-cinq ans.

L’inconvénient c’est que Pascal Boniface ne prouve rien de ce qu’il avance. Il ne cite aucun document interne à l’organisation pas plus qu’il ne présente d’analyse stratégique ou géographique qui permettraient ne serait-ce qu’un début d’approche  des raisons qui ont conduit à  l’annexion consentie du Monténégro par l’OTAN. Plutôt que d’en venir aux faits, il reste concentré sur « la logique de croissance bureaucratique » d’une organisation en manque de légitimité. Puis de conclure que « l’OTAN mène pour partie une politique de gribouille sans discernement stratégique et pour partie une politique consciente, inspirée par le souvenir de la guerre froide ». Entre confusion présente et mauvais souvenirs d’un passé de confrontation avec le bloc soviétique, l’OTAN de Pascal Boniface suit « un mouvement naturel lié à la structure de l’organisation mais qui n’est pas cadré dans une réflexion stratégique globale ». Dommage que la France ait dépensé un total d’environ 200 millions d’euros en 2012 et ait dû assumer un surcoût de 650 millions d’euros au titre de sa réintégration pour la période 2010-2015. Quand on sait que les dépenses otaniennes « disparaissent dans un trou noir comptable » , on peut se demander ce qui a amené nos décideurs à affecter autant d’argent public à une « politique de gribouille sans discernement stratégique ».

Dans « L’OTAN s’élargit encore », Manlio Dinucci expose des faits et livre des observations utiles sur lesquels peut s’appuyer la réflexion. Avant de s’interroger, en géographe qui se respecte, sur l’importance du Monténégro dans la stratégie globale de l’OTAN, Manlio Dinucci rappelle au lecteur que l’un des principaux objectifs de la politique extérieure des Etats-Unis est l’encerclement la Russie. Pascal Boniface penserait que Manlio Dinucci exagère, que les Russes exagèrent, ce à quoi nous lui rétorquerions :  que dire alors de Zbigniew Brzezinski ? Que dire de ce célèbre géopoliticien étasunien, ami de David Rockefeller, conseiller à la sécurité de Jimmy Carter et proche du président Barack Obama, qui n’a jamais caché ses projets – ou plutôt ceux de l’élite qu’il représente et qui le nourrit – et les a même exposés dans de nombreux ouvrages et articles. Dans « A Geostrategy for Eurasia » (Foreign Affairs, 1997), il décrit très clairement le futur démembrement de la Fédération de Russie (voir « Brzezinski, Obama, l’islamisme et la Russie« , 2ème partie).

Selon Manlio Dinucci, nombreux sont les avantages d’une adhésion du Monténégro à l’OTAN: le pays peut jouer un rôle stratégique important car il est doté de deux ports pouvant accueillir des navires de guerres; il assure d’autre part la continuité géographique entre des Etats déjà proches ou membres de l’alliance atlantique ; le Monténégro possède en outre d’énormes bunkers pouvant être rafraîchis et adaptés au stockage de matériel militaire et de bombes nucléaires ; enfin, il est aussi un carrefour du trafic de la drogue en provenance d’Afghanistan ainsi qu’un centre de recyclage d’argent sale, sources d’enrichissement « d’une criminalité organisée [pouvant] être utilisée à des fins stratégiques ». Qui croit encore aujourd’hui que l’argent de la drogue n’intéresse pas les bienheureux de la mondialisation ? A quoi peuvent bien servir les comptes non publiés des chambres de compensation bancaires si ce n’est pour dissimuler les profits tirés de commerces illicites avant injection dans les circuits économiques officiels ?

Dans « L’échiquier géopolitique russe d’Ivan le Terrible à Vladimir Poutine », nous avions montré que la Russie s’était efforcée, au cours de son Histoire, de faire coïncider ses frontières avec des obstacles naturels (les Carpates, la Caucase, l’Oural, le Cercle Polaire), de contrôler des littoraux (Mer noire, Mer Baltique) et de constituer des zones tampons (plaine européenne, Asie centrale) afin de mieux se protéger des invasions. Dans son ouvrage The next 100 Years, George Friedman explique que les responsables étasuniens ont parfaitement compris cette fragilité de l’espace russe et que c’est pour cette raison qu’ils se sont empressés d’admettre de nombreux membres de l’OTAN en Europe de l’est durant les décennies 1990 et 2000. Il observe que c’est au cours des vingt-cinq dernières années que la Russie a connu le plus grand reflux de sa zone de contact: elle a reculé de 1500 kilomètres en Europe et d’autant en Asie Centrale.

En géopoliticien conscient du fait que la première réalité de ce monde, c’est la guerre – et pas le maintien de positions hautement rémunératrices dans un organisme sans projet digne de ce nom -, George Friedman souligne que la Russie se trouve devant l’urgente nécessité de regagner une zone d’influence qui sécurise son territoire. Il insiste sur le fait qu’elle est en grand danger. En effet, écrivait-il en 2009, « si l’ouest avait réussi à dominer l’Ukraine, la Russie serait devenue indéfendable ». On comprend, en passant, l’importance du coup d’Etat néonazi de février 2014 à Kiev dans la stratégie de déstabilisation menée à bien par l’occident. Car comme l’écrit George Friedman, si l’Ukraine avait été arrachée à la zone d’influence russe, « la frontière sud avec la Biélorussie et la frontière sud-ouest de la Russie auraient été ouvertes de part en part ». De plus, étant donné que « la distance entre l’Ukraine et la partie occidentale du Kazakhstan est d’environ 650 km » en cas de coupure de ce passage par une puissance ennemie, « la Russie aurait perdu sa capacité à contrôler le Caucase et aurait dû battre en retraite vers le nord depuis la Tchétchénie », en conséquence de quoi, « les Russes auraient abandonné une partie de la Fédération Russe elle-même et le flanc sud de la Russie serait devenu encore plus vulnérable ». Par suite et en conclusion, « la Russie aurait continué de se fragmenter jusqu’à revenir à ses frontières du Moyen-Âge » (voir carte ci-dessous).
russia_rel94
N’en déplaise à Pascal Boniface et à sa sagesse un peu tiède face à une réalité pour le moins brûlante, l’expansion de l’OTAN a un sens et un but qui consiste à encercler, faire reculer et disloquer la Russie. Pour George Friedman, ce schéma relève de l’évidence : « le grand objectif stratégique [des Etats-Unis] a toujours visé la fragmentation de l’Eurasie ». Et si les Etats-Unis ont eu les meilleures raisons du monde pour favoriser la désintégration de la Russie, cette dernière a, bien entendu, les meilleures raisons du monde pour empêcher qu’elle n’ait lieu. Selon Friedman, pour être sauvée, « la Russie doit regagner et tenir ses zones tampons, essentiellement les frontières de l’Union soviétique » (Friedman, page 109).

C’est donc contre l’avis de ses pairs que Pascal Boniface écrit  dans sa conclusion – nous retirons le papier de la corbeille où nous l’avions jeté,  pour le relire avant de l’y laisser retomber dans un bruit chiffonné et joyeux – que « l’OTAN mène pour partie une politique de gribouille sans discernement stratégique et pour partie une politique consciente, inspirée par le souvenir de la guerre froide».

Si j’étais au service de l’OTAN et que j’avais reçu mission de brouiller les pistes en diffusant une pensée émasculée, je ne me serais pas mieux exprimé.

Bruno Adrie

Georges Friedman, The Next 100 Years, 2009
Carte : University of Texas Libraries

Posté dimanche 13 décembre 2015 à 04:07 |  par bbela

dimanche 5 avril 2015

A la demande du procureur général d’Égypte, Interpol a diffusé, dans le courant de février 2015, une note accusant le Libyen Abdelhakim Belhadj d’être le chef de la filiale maghrébine l’État islamique (Daesh), organisation qui tente de profiter du chaos en Libye pour conquérir de nouveaux territoires. Belhadj est loin d’être un inconnu des services secrets occidentaux et de leur bras armé, l’OTAN. Sa carrière pose de nombreuses questions sur les liens troubles qui ont uni, et probablement, unissent toujours ces derniers aux milieux islamistes les plus violents et autres djihadistes.



Dans les années ’80, Belhadj combat les Soviétiques en Afghanistan, probablement recruté par le réseau de Ben Laden, soutenu par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la CIA. Revenu en Libye, il participer à la fondation du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), dont il deviendra un de ses « émirs », et tente, à quatre reprises entre 1995 et 1998, d’assassiner Mouammar Kadhafi, pour le compte du MI6 britannique, le service extérieur de sa Gracieuse Majesté. Il se réfugie ensuite auprès de Ben Laden, en Afghanistan, jusqu’à ce que les attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis, revendiqués par Al-Qaida, le forcent à fuir à travers divers pays. Il est arrêté en mars 2004 en Malaisie, transféré et torturé dans une prison secrète de la CIA en Thaïlande, puis rapatrié de force en Libye, où il est à nouveau torturé, mais sous la supervision de ses anciens amis du MI6 cette fois. Selon le Premier ministre espagnol, Aznar, il aurait été impliqué dans les attentats de Madrid, survenus quelques jours après son arrestation.

Sous la promesse de renoncer à la lutte armée, Belhadj quitte en mars 2010 les geôles libyennes, en compagnie de près de 200 autres islamistes, et prend le chemin du Qatar. Une année plus tard, il est de retour pour participer à l’insurrection qui secoue son pays. Après la chute de Tripoli, il est nommé gouverneur militaire de la capitale, sur proposition de l’OTAN, qui n’a pas encore cessé de pilonner le pays. Accordant de nombreuses interviews à la presse occidentale, qui le décrit souvent comme un « ancien djihadiste » devenu « combattant de la liberté », parfois même comme un « modéré », il fait l’éloge de la France, mais porte plainte contre la Grande-Bretagne à laquelle il ne pardonne pas le traitement que lui a infligé le MI6.

La même année, il se rend en Syrie, pour combattre au sein de l’Armée syrienne libre, la faction choyée par le camp occidental pour déstabiliser le pays. De retour en Libye, il tente de se lancer dans la politique en créant son parti, le Hizb al-Watan. Mais, si le soutien financier, d’origine qatarie, est abondant, le soutien populaire fait défaut, et Abdelhakim n’est pas élu aux élections constituantes de juillet 2012. Malgré cet échec, il consolide son pouvoir à Tripoli et demeure, aux yeux des Occidentaux au moins, un partenaire-clé, puisqu’il est reçu au Quai d’Orsay, le ministère français des Affaires étrangères, quelques semaines avant les élections législatives de juin 2014.

Après ces élections, il se joint à la coalition de milices islamistes et tribales, Fajr Libya, qui n’en reconnait pas les résultats et s’empare de l’ouest du pays. Depuis, de violents combats opposent Fajr Libya aux forces dites « loyales » du gouvernement issu des dernières élections et siégeant à Tobrouk, à l’extrême-est de la Libye.

La situation devient encore plus chaotique au début 2015 lorsqu’une faction, se réclamant de l’Etat islamique, fait scission de Fajr Libya et se met à combattre ses anciens alliés, notamment à Syrte. Elle se fait connaître du grand public en décapitant 21 Egyptiens, coupables d’être de rite copte, et espère manifestement engranger financement, armes et combattants en capitalisant sur la sinistre renommée du « commandement central », qui contrôle de vastes territoires en Syrie et en Irak. C’est donc cette nouvelle faction que dirigerait, selon la justice égyptienne, Abdelhakim Belhadj.

La barbarie de l’Etat islamique et les attentats qu’il perpètre en Occident risquent-ils de mettre fin à cette alliance ? A en croire les allégations d’élus, de l’armée et des services secrets irakiens, cela ne semble pas à l’ordre du jour. En effet, depuis plusieurs mois, il est question de parachutages d’armes par des avions britanniques et étatsuniens à destination de l’Etat islamique. A une reprise, près de Kobane, en Syrie, les Etats-Unis ont reconnu un tel parachutage, mais qu’ils auraient commis « par erreur ».

Quoi qu’il en soit, la carrière d’Abdelhakim Belhadj, de l’Afghanistan à la Libye, avec un crochet par la Syrie, est l’illustration vivante de l’alliance tumultueuse entre les tenants de l’« ingérence humanitaire » occidentale et les djihadistes, nouée il y a plus de trente ans. Il n’y a guère qu’en Bosnie-Herzégovine, où l’OTAN et les Etats-Unis avaient facilité l’envoi de milliers de moudjahidines, dont des membres d’Al-Qaida, pendant la guerre civile, où Belhadj ne semble n’avoir jamais mis les pieds. La Bosnie qui est devenue aujourd’hui le principal contributeur européen, relativement à sa population, en mercenaires combattant au sein de l’Etat islamique…

Article publié simultanément dans Alerte OTAN ! n° 56, bulletin du Comité de surveillance OTAN




http://www.michelcollon.info/Un-protege-de-l-OTAN-a-la-tete-de.html?lang=fr

Un protégé de l’OTAN à la tête de l’Etat Islamique en Libye

A la demande du procureur général d’Égypte, Interpol a diffusé, dans le courant de février 2015, une note accusant le Libyen Abdelhakim Belhadj d’être le chef de la filiale maghrébine l’État islamique (Daesh), organisation qui tente de profiter du chaos en Libye pour conquérir de nouveaux territoires. Belhadj est loin d’être un inconnu des services secrets occidentaux et de leur bras armé, l’OTAN. Sa carrière pose de nombreuses questions sur les liens troubles qui ont uni, et probablement, unissent toujours ces derniers aux milieux islamistes les plus violents et autres djihadistes.



Dans les années ’80, Belhadj combat les Soviétiques en Afghanistan, probablement recruté par le réseau de Ben Laden, soutenu par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la CIA. Revenu en Libye, il participer à la fondation du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), dont il deviendra un de ses « émirs », et tente, à quatre reprises entre 1995 et 1998, d’assassiner Mouammar Kadhafi, pour le compte du MI6 britannique, le service extérieur de sa Gracieuse Majesté. Il se réfugie ensuite auprès de Ben Laden, en Afghanistan, jusqu’à ce que les attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis, revendiqués par Al-Qaida, le forcent à fuir à travers divers pays. Il est arrêté en mars 2004 en Malaisie, transféré et torturé dans une prison secrète de la CIA en Thaïlande, puis rapatrié de force en Libye, où il est à nouveau torturé, mais sous la supervision de ses anciens amis du MI6 cette fois. Selon le Premier ministre espagnol, Aznar, il aurait été impliqué dans les attentats de Madrid, survenus quelques jours après son arrestation.

Sous la promesse de renoncer à la lutte armée, Belhadj quitte en mars 2010 les geôles libyennes, en compagnie de près de 200 autres islamistes, et prend le chemin du Qatar. Une année plus tard, il est de retour pour participer à l’insurrection qui secoue son pays. Après la chute de Tripoli, il est nommé gouverneur militaire de la capitale, sur proposition de l’OTAN, qui n’a pas encore cessé de pilonner le pays. Accordant de nombreuses interviews à la presse occidentale, qui le décrit souvent comme un « ancien djihadiste » devenu « combattant de la liberté », parfois même comme un « modéré », il fait l’éloge de la France, mais porte plainte contre la Grande-Bretagne à laquelle il ne pardonne pas le traitement que lui a infligé le MI6.

La même année, il se rend en Syrie, pour combattre au sein de l’Armée syrienne libre, la faction choyée par le camp occidental pour déstabiliser le pays. De retour en Libye, il tente de se lancer dans la politique en créant son parti, le Hizb al-Watan. Mais, si le soutien financier, d’origine qatarie, est abondant, le soutien populaire fait défaut, et Abdelhakim n’est pas élu aux élections constituantes de juillet 2012. Malgré cet échec, il consolide son pouvoir à Tripoli et demeure, aux yeux des Occidentaux au moins, un partenaire-clé, puisqu’il est reçu au Quai d’Orsay, le ministère français des Affaires étrangères, quelques semaines avant les élections législatives de juin 2014.

Après ces élections, il se joint à la coalition de milices islamistes et tribales, Fajr Libya, qui n’en reconnait pas les résultats et s’empare de l’ouest du pays. Depuis, de violents combats opposent Fajr Libya aux forces dites « loyales » du gouvernement issu des dernières élections et siégeant à Tobrouk, à l’extrême-est de la Libye.

La situation devient encore plus chaotique au début 2015 lorsqu’une faction, se réclamant de l’Etat islamique, fait scission de Fajr Libya et se met à combattre ses anciens alliés, notamment à Syrte. Elle se fait connaître du grand public en décapitant 21 Egyptiens, coupables d’être de rite copte, et espère manifestement engranger financement, armes et combattants en capitalisant sur la sinistre renommée du « commandement central », qui contrôle de vastes territoires en Syrie et en Irak. C’est donc cette nouvelle faction que dirigerait, selon la justice égyptienne, Abdelhakim Belhadj.

La barbarie de l’Etat islamique et les attentats qu’il perpètre en Occident risquent-ils de mettre fin à cette alliance ? A en croire les allégations d’élus, de l’armée et des services secrets irakiens, cela ne semble pas à l’ordre du jour. En effet, depuis plusieurs mois, il est question de parachutages d’armes par des avions britanniques et étatsuniens à destination de l’Etat islamique. A une reprise, près de Kobane, en Syrie, les Etats-Unis ont reconnu un tel parachutage, mais qu’ils auraient commis « par erreur ».

Quoi qu’il en soit, la carrière d’Abdelhakim Belhadj, de l’Afghanistan à la Libye, avec un crochet par la Syrie, est l’illustration vivante de l’alliance tumultueuse entre les tenants de l’« ingérence humanitaire » occidentale et les djihadistes, nouée il y a plus de trente ans. Il n’y a guère qu’en Bosnie-Herzégovine, où l’OTAN et les Etats-Unis avaient facilité l’envoi de milliers de moudjahidines, dont des membres d’Al-Qaida, pendant la guerre civile, où Belhadj ne semble n’avoir jamais mis les pieds. La Bosnie qui est devenue aujourd’hui le principal contributeur européen, relativement à sa population, en mercenaires combattant au sein de l’Etat islamique…

Article publié simultanément dans Alerte OTAN ! n° 56, bulletin du Comité de surveillance OTAN




http://www.michelcollon.info/Un-protege-de-l-OTAN-a-la-tete-de.html?lang=fr

Posté dimanche 5 avril 2015 à 08:30 |  par bbela

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