Rougissements intempestifs, peur panique de prendre la parole en public, émotivité ou encore incapacité à dire non... La timidité est souvent vécue comme un handicap
par les personnes qui en sont atteintes. Comment parvenir à s'affirmer
lorsque l'on rêverait de pouvoir disparaître dès que les projecteurs
sont braqués sur nous? Comment surmonter cette difficulté à aller vers
l'autre? Timide, ça se soigne?
Un trait de caractère, pas une maladie
"La timidité n'est pas une maladie", répond d'emblée Gérard Macqueron, psychiatre et auteur avec Stéphane Leroy de La timidité, comment la surmonter.
"C'est un trait de caractère, que l'on pourrait définir par une
introversion. Les personnes timides ont besoin d'un temps de réflexion
pour réagir et s'adapter à une situation. Le seuil de déclenchement du stress provoqué par ce qu'ils identifient comme un danger, réel ou émotionnel,
est plus bas que la moyenne. A l'inverse, les "explorateurs", ou
extravertis, ont tendance à foncer face à la nouveauté. Les uns comme
les autres ont leurs forces et leurs faiblesses. Certes les timides
prennent moins facilement des risques, mais leur faculté d'analyser les
problèmes et de réfléchir avant d'agir ou de parler peut être
appréciée", ajoute-t-il.
Timidité et phobie sociale: le distinguo
La timidité est à distinguer de la phobie sociale,
qui trouve souvent ses racines dans des "rencontres négatives durant
l'enfance, des camarades malveillants, une humiliation à l'école, des
relations difficiles avec un parent, etc." explique le psychiatre Gérard
Maqueron. La grande différence entre un timide et un phobique social
réside dans le fait que le timide a envie de créer du lien, d'aller vers
l'autre. Le phobique, lui, développe à l'inverse des stratégies d'évitement, qui peuvent aller jusqu'à l'incapacité totale de sortir de chez lui.
On identifie quatre grandes catégories d'appréhensions sociales, souligne le psychiatre: la peur de la performance (peur de l'échec, incapacité à parler en public, etc), la peur de la révélation de soi (peur de se dévoiler), la peur d'affirmation de soi (peur du conflit, de dire non) et enfin la peur d'observation
(peur du regard de l'autre sur soi). "Les timides peuvent avoir toutes
ces appréhensions, mais pas nécessairement. Certains n'en auront qu'une
ou deux, n'auront pas de difficultés à parler d'eux mais seront
tétanisés devant un micro, ou l'inverse".
Première étape: accepter sa timidité
Pour
Gérard Macquéron, "la première étape pour surmonter sa timidité et
parvenir à trouver sa place, que ce soit dans un cadre amoureux, amical
ou professionnel, consiste à accepter ce trait de caractère". "Dès lors
que l'on s'assume comme une personne naturellement introvertie,
on n'a plus la même vision de ses expériences et l'on interrompt ce
discours intérieur négatif: "je suis nul(l)e, je ne suis pas capable de
prendre la parole, de me faire des amis, etc"". Autre erreur à ne pas
commettre, vouloir à tout prix "s'imposer": "les personnes timides
lorsqu'elles veulent s'affirmer, le font souvent avec excès et autoritarisme, en prenant trop de place, parce qu'elles ne parviennent pas à le faire avec mesure", explique-t-il.
Un
écueil rencontré par Maxime, timide depuis la petite enfance: "J'ai
toujours eu du mal à animer une réunion, à endosser un rôle de leader,
que ce soit avec mes amis ou au travail. Lorsque j'ai pris des
responsabilités dans mon entreprise, j'avais tellement peur que l'on me
trouve faible que j'ai endossé un costume qui n'était pas le mien, celui
du chef tyrannique. J'ai assez rapidement compris que
ça n'était pas forcément la meilleure des solutions, qu'en définitive,
mes collègues m'appréciaient pour ma réserve, qu'il n'était pas
nécessaire d'avoir une 'grande gueule' pour être écouté."
Travailler sur l'estime de soi
Il faut aussi travailler sur l'estime de soi,
poursuit Gérard Macquéron. Les timides ont selon lui souvent tendance à
penser que l'on attend d'eux dans une conversation qu'ils soient
brillants, qu'ils connaissent le sujet abordé sur le bout des doigts.
"Ils ont un niveau d'exigence vis à vis d'eux mêmes
trop élevé". "J'ai toujours l'impression que je n'en sais pas assez, que
je vais être ridicule si je tente de lancer une idée en réunion",
confirme Marie, documentaliste. "Du coup, je préfère me taire plutôt que
d'essayer. Pourtant, souvent, je vois bien que les autres, qui n'ont
pas ces scrupules, ne sont pas plus intelligents que moi, que
l'important finalement c'est de participer!".
"Dans une relation,
c'est la rencontre qui est intéressante, pas nécessairement le contenu
des échanges", confirme Gérard Macquéron. Il faut également accepter,
ajoute-t-il, que "les relations ne marchent pas toujours, qu'il y a des
affinités qui ne se créent jamais et que cela n'est pas grave".
S'exposer progressivement aux situations anxiogènes
Autre conseil délivré par Gérard Macquéron: s'efforcer de s'exposer aux situations anxiogènes,
mais de manière progressive. "J'explique à mes patients que ce n'est
pas parce qu'ils ont peur qu'il y a un réel danger". D'où la nécessité
de se lancer des petits défis, au départ à deux si
c'est plus facile: aborder quelqu'un en soirée, partager la table de
collègues qui nous intimident, accepter une invitation ou en lancer une,
etc.
Pour la peur de la révélation de soi, assez fréquente,
Gérard Macquéron recommande par ailleurs le théâtre, mais plutôt celui
d'improvisation, "dans lequel on ne joue pas vraiment un rôle comme dans
le théâtre classique, ce qui peut être un moyen de fuir". Le chant est
également "un travail très intéressant sur la voix, les émotions". "Il
n'y a pas de solution toute faite qui convienne à tout le monde",
prévient le psychiatre. Et d'insister: "Ce qui marche, c'est ce que l'on
fait avant tout par plaisir".
Pour Sophie, le
salut est venu par la danse. "Je me suis inscrite dans un groupe de
salsa. Le premier jour j'étais complètement tétanisée, persuadée d'être
ridicule. Mais l'ambiance était ultra bienveillante et petit à petit,
j'ai pris de l'assurance. Ce qui est fou, c'est que
cela m'a aidée également au travail. Je ne suis pas devenue subitement
la plus expansive du bureau, mais lorsque je dois dire non, désormais,
j'ose. Et je ne déjeune plus jamais toute seule."
Journaliste, Caroline Franc est également l'auteure du blog Pensées by Caro.