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mercredi 26 octobre 2016


Le principal élément de toute politique américaine à l'égard de l'Union soviétique doit être un effort à long terme, patient mais ferme et attentif, d'endiguement des tendances expansionnistes russes. » C'est en ces termes, que Georges Kennan, dès 1947, présentait la doctrine du « containment » qui domina la politique des Etats-Unis à l'égard de l'URSS tout au long de la guerre froide. En 2016 la pensée de Kennan est d'une troublante actualité, comme si, en près de soixante dix ans, tout avait changé sauf l'essentiel. 

La question est toujours la même : comment fixer des limites à la Russie ? Cette question divise les pays européens entre eux selon des critères géographiques, historiques, politiques et commerciaux. Elle constitue aussi une source de tension à l'intérieur des pays européens eux-mêmes. Ainsi, en Allemagne,les sociaux démocrates du SPD semblent nostalgiques de leur leader charismatique des années 1970, Willy Brandt. Ils pensent toujours en termes de détente, trop heureux sans doute, en cette période préélectorale, de se démarquer ainsi de la ligne politique plus dure qui est celle d'Angela Merkel. Et, à en croire les sondages, les Allemands sont plus proches, sur la question russe, du SPD que de leur chancelière. 

En France, à l'exception de l'extrême gauche et de l'extrême droite qui sont, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, unis dans leur défense de la Russie, tous les autres partis sont profondément divisés. A droite, il y a plus que des nuances entre la ligne modérée mais ferme d'Alain Juppé et celle, plus compréhensive, de Nicolas Sarkozy ou de François Fillon. Il en est de même à gauche entre la ligne ferme sur le fond, mais parfois incohérente sur la forme, de François Hollande, et celle, carrément positive, de Jean-Pierre Chevènement. 

Jamais, depuis la fin de la guerre froide, le niveau de confiance n'a été aussi bas entre la Russie et ce que l'on appelait hier « le monde occidental ». Pour l'ambassadeur russe auprès de Nations unies, Vitaly I. Churkin, « les tensions actuelles sont probablement les pires depuis 1973 », date de la guerre du Kippour. De fait, en 2016, les sources de discorde avec la Russie se sont multipliées et approfondies. La crise ukrainienne, en dépit des accords de Minsk (qui ne sont pas appliqués), est loin d'être résolue. La tension armée peut s'accroître à tout moment entre la Russie et l'Ukraine. Moscou a disposé à Kaliningrad des missiles qui peuvent être porteurs de charges nucléaires et s'est retiré des négociations en cours avec Washington sur le contrôle puis l'interdiction des charges au plutonium. 

Il apparaît aussi - selon les services de renseignement des deux cotés de l'Atlantique - que Moscou intervient directement dans la politique intérieure des démocraties. La Russie ne soutient-elle pas clairement les populismes, de Donald Trump à Marine Le Pen ? 

Et pour couronner le tout, bien sûr, il y a la Syrie et les bombardements massifs des aviations syrienne et russe sur les quartiers de la ville d'Alep encore aux mains des rebelles. Pour les Russes, le discours de Washington est hypocrite. Les Américains ne tolèrent-ils pas les bombardements saoudiens sur la capitale du Yémen, Sanaa, contrôlée par les Houtis, eux-mêmes soutenus par l'Iran, le grand rival régional de l'Arabie saoudite ? Doit-on se livrer à une comptabilité macabre pour refuser toute comparaison entre les deux situations ? Des centaines de milliers de morts en Syrie contre des milliers au Yémen ? 

Les démocraties peuvent-elles être capables de définir une stratégie « à long terme, patiente mais ferme », pour reprendre les termes de Kennan, et de fixer ainsi des limites aux ambitions de Moscou ? Pour Poutine, la réponse est clairement non. Nous sommes trop divisés, obsédés par nos calendriers électoraux respectifs, pour faire autre chose que parler fort et gesticuler de manière inconséquente et incohérente. Que pourrions nous faire, d'ailleurs ? Jouer de la faiblesse économique de la Russie, comme Moscou joue de notre faiblesse politique ? Sur le papier, la démarche semble rationnelle, chacun mettant l'accent sur ses avantages comparatifs ou plutôt sur les désavantages comparatifs de l'autre. Mais cette approche résiste-t-elle à l'examen critique ? Il est clair que l'on ne saurait mettre fin à la politique de sanctions économiques à l'encontre de Moscou. Ce serait récompenser le crime. Mais l'idée de renforcer le régime de sanctions existant s'impose t-elle ? Pour les personnalités les plus riches du régime, ce ne serait même pas un coup de canif. Et, pour les autres, le pouvoir à Moscou ne s'en soucie guère. De toute façon, il n'existe pas de consensus sur le renforcement de la politique de sanctions. 

Alors, que faire ? D'abord, ne pas détourner la tête comme s'il ne se passait rien. Il faut dénoncer toutes les fuites en avant de la Russie. Un discours pédagogique à usage interne et externe s'impose pour répondre à une politique de désinformation russe particulièrement active et habile. Les cartes de Moscou sont multiples et d'autant plus efficaces que les Russes lisent dans nos âmes et nous comprennent bien mieux que nous ne les comprenons. La Russie surfe sur un double mouvement de contestation de l'ordre international comme de l'ordre interne. Sur le plan international, les Russes jouent la carte de l'anti-américanisme qui marche toujours, que l'Amérique soit forte ou qu'elle soit faible. Ils jouent aussi de plus en plus du rejet des élites et de la mondialisation. Loin d'apparaître, comme c'était le cas il y a un peu plus de trente ans, comme l'arrière-garde d'une cause perdue, celle de l'Internationale communiste, ils peuvent être perçus comme l'avant-garde d'un mouvement qui ne fait qu'enfler à leur exemple : celui des patriotismes, sinon des hypernationalismes. 

Ne pas fixer de limites à Moscou, c'est accepter le danger d'une fuite en avant vers l'inconnu. 

Dominique Moïsi

Peut-on fixer des limites ou contenir Poutine, le président russe ?


Le principal élément de toute politique américaine à l'égard de l'Union soviétique doit être un effort à long terme, patient mais ferme et attentif, d'endiguement des tendances expansionnistes russes. » C'est en ces termes, que Georges Kennan, dès 1947, présentait la doctrine du « containment » qui domina la politique des Etats-Unis à l'égard de l'URSS tout au long de la guerre froide. En 2016 la pensée de Kennan est d'une troublante actualité, comme si, en près de soixante dix ans, tout avait changé sauf l'essentiel. 

La question est toujours la même : comment fixer des limites à la Russie ? Cette question divise les pays européens entre eux selon des critères géographiques, historiques, politiques et commerciaux. Elle constitue aussi une source de tension à l'intérieur des pays européens eux-mêmes. Ainsi, en Allemagne,les sociaux démocrates du SPD semblent nostalgiques de leur leader charismatique des années 1970, Willy Brandt. Ils pensent toujours en termes de détente, trop heureux sans doute, en cette période préélectorale, de se démarquer ainsi de la ligne politique plus dure qui est celle d'Angela Merkel. Et, à en croire les sondages, les Allemands sont plus proches, sur la question russe, du SPD que de leur chancelière. 

En France, à l'exception de l'extrême gauche et de l'extrême droite qui sont, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, unis dans leur défense de la Russie, tous les autres partis sont profondément divisés. A droite, il y a plus que des nuances entre la ligne modérée mais ferme d'Alain Juppé et celle, plus compréhensive, de Nicolas Sarkozy ou de François Fillon. Il en est de même à gauche entre la ligne ferme sur le fond, mais parfois incohérente sur la forme, de François Hollande, et celle, carrément positive, de Jean-Pierre Chevènement. 

Jamais, depuis la fin de la guerre froide, le niveau de confiance n'a été aussi bas entre la Russie et ce que l'on appelait hier « le monde occidental ». Pour l'ambassadeur russe auprès de Nations unies, Vitaly I. Churkin, « les tensions actuelles sont probablement les pires depuis 1973 », date de la guerre du Kippour. De fait, en 2016, les sources de discorde avec la Russie se sont multipliées et approfondies. La crise ukrainienne, en dépit des accords de Minsk (qui ne sont pas appliqués), est loin d'être résolue. La tension armée peut s'accroître à tout moment entre la Russie et l'Ukraine. Moscou a disposé à Kaliningrad des missiles qui peuvent être porteurs de charges nucléaires et s'est retiré des négociations en cours avec Washington sur le contrôle puis l'interdiction des charges au plutonium. 

Il apparaît aussi - selon les services de renseignement des deux cotés de l'Atlantique - que Moscou intervient directement dans la politique intérieure des démocraties. La Russie ne soutient-elle pas clairement les populismes, de Donald Trump à Marine Le Pen ? 

Et pour couronner le tout, bien sûr, il y a la Syrie et les bombardements massifs des aviations syrienne et russe sur les quartiers de la ville d'Alep encore aux mains des rebelles. Pour les Russes, le discours de Washington est hypocrite. Les Américains ne tolèrent-ils pas les bombardements saoudiens sur la capitale du Yémen, Sanaa, contrôlée par les Houtis, eux-mêmes soutenus par l'Iran, le grand rival régional de l'Arabie saoudite ? Doit-on se livrer à une comptabilité macabre pour refuser toute comparaison entre les deux situations ? Des centaines de milliers de morts en Syrie contre des milliers au Yémen ? 

Les démocraties peuvent-elles être capables de définir une stratégie « à long terme, patiente mais ferme », pour reprendre les termes de Kennan, et de fixer ainsi des limites aux ambitions de Moscou ? Pour Poutine, la réponse est clairement non. Nous sommes trop divisés, obsédés par nos calendriers électoraux respectifs, pour faire autre chose que parler fort et gesticuler de manière inconséquente et incohérente. Que pourrions nous faire, d'ailleurs ? Jouer de la faiblesse économique de la Russie, comme Moscou joue de notre faiblesse politique ? Sur le papier, la démarche semble rationnelle, chacun mettant l'accent sur ses avantages comparatifs ou plutôt sur les désavantages comparatifs de l'autre. Mais cette approche résiste-t-elle à l'examen critique ? Il est clair que l'on ne saurait mettre fin à la politique de sanctions économiques à l'encontre de Moscou. Ce serait récompenser le crime. Mais l'idée de renforcer le régime de sanctions existant s'impose t-elle ? Pour les personnalités les plus riches du régime, ce ne serait même pas un coup de canif. Et, pour les autres, le pouvoir à Moscou ne s'en soucie guère. De toute façon, il n'existe pas de consensus sur le renforcement de la politique de sanctions. 

Alors, que faire ? D'abord, ne pas détourner la tête comme s'il ne se passait rien. Il faut dénoncer toutes les fuites en avant de la Russie. Un discours pédagogique à usage interne et externe s'impose pour répondre à une politique de désinformation russe particulièrement active et habile. Les cartes de Moscou sont multiples et d'autant plus efficaces que les Russes lisent dans nos âmes et nous comprennent bien mieux que nous ne les comprenons. La Russie surfe sur un double mouvement de contestation de l'ordre international comme de l'ordre interne. Sur le plan international, les Russes jouent la carte de l'anti-américanisme qui marche toujours, que l'Amérique soit forte ou qu'elle soit faible. Ils jouent aussi de plus en plus du rejet des élites et de la mondialisation. Loin d'apparaître, comme c'était le cas il y a un peu plus de trente ans, comme l'arrière-garde d'une cause perdue, celle de l'Internationale communiste, ils peuvent être perçus comme l'avant-garde d'un mouvement qui ne fait qu'enfler à leur exemple : celui des patriotismes, sinon des hypernationalismes. 

Ne pas fixer de limites à Moscou, c'est accepter le danger d'une fuite en avant vers l'inconnu. 

Dominique Moïsi

Posté mercredi 26 octobre 2016 à 19:00 |  par bbela

mardi 18 octobre 2016



Attention ! Tel est peut-être justement le but recherché par une campagne de rumeurs : dresser un cordon sanitaire autour d’auteurs qui dérangent ! Sur Internet, où on trouve à boire et à manger, nous avons donc tous intérêt à nous poser les questions que, dans un tribunal, doit se poser un juge intègre et consciencieux :
  1. Ai-je entendu les deux parties ?
  2. M’a-t-on présenté des preuves fiables ?
  3. Essaie-t-on de me manipuler ?
Alors, pour permettre à chacun de se faire librement une opinion sans être manipulé, voici une petite observation des trucs et procédés qu’on retrouve dans toutes ces campagnes de diabolisation. Dix critères pour juger si le dossier est sérieux ou bidon.

Les 10 commandements du parfait diaboliseur :

  1. NE DONNE PAS LA PAROLE A L’ACCUSE !
Le diaboliseur ne vérifie jamais auprès de « l’accusé » l’exactitude des faits reprochés, ni s’il existe une explication différente de ces faits ou si l’accusé aurait éventuellement changé d’avis. Tout se passe comme si connaître la vérité ne l’intéresse pas.
  1. CACHE LES TEXTES QUI TE CONTREDISENT !
Le diaboliseur ne fournit pas de preuves. Même quand « l’accusé » a écrit exactement le contraire de ce qu’on lui reproche, le diaboliseur cache soigneusement ces textes à son public.
  1. CACHE TES MOTIVATIONS !
Le diaboliseur fait semblant de s’attaquer à une seule cible, qui serait dangereuse mais isolée. Cependant, quand on considère l’ensemble des cibles, tout le monde devient « conspi » ou « antisémite » : Ziegler, Chavez, Castro, Le Grand Soir, Lordon, Ruffin, Kempf, Carles, Gresh, Bricmont, Bourdieu, Wikileaks, Morin, Mermet, Boniface, Enderlin, Cassen, Siné, Bové, Péan, Godard, Jean Ferrat, Seymour Hersh et même des analystes juifs Hessel, Chomsky, Finkelstein. Vous ne l’aviez pas remarqué mais ce sont tous des « complotistes », des « antisémites » ou les deux ! En fait, on diabolise ainsi tous ceux qui critiquent les Etats-Unis ou Israël.
  1. RECOPIE LES MEDIAS !
Le diaboliseur ne remet jamais en cause l’info des médias officiels. Bien qu’il ait été prouvé que chaque guerre est accompagnée de désinformation, le diaboliseur recopie cette version médiatique officielle comme si elle était totalement fiable. Et si l’accusé la met en doute, c’est la preuve de son « complotisme » et de sa mauvaise foi. Même quand il se prétend de gauche, le diaboliseur ne se gêne pas pour réutiliser les positions et arguments de la droite.
  1. FAIS SEMBLANT DE NE PAS COMPRENDRE !
Le diaboliseur supprime toute nuance dans le discours de sa cible. Par exemple, quand Washington attaque la Libye ou la Syrie, si vous démontrez que des intérêts économiques ou stratégiques sont en jeu, que la guerre ne fait qu’aggraver les problèmes et qu’il vaut mieux chercher une solution négociée, alors vous « soutenez les dictateurs ». Même si vous avez écrit exactement le contraire.
La confusion est systématiquement créée entre « s’opposer à la guerre » et « soutenir un dictateur ». Le diaboliseur fait semblant de ne pas comprendre la différence entre les deux. Son vrai but est de manipuler l’émotion légitime du public et l’empêcher de raisonner.
  1. EMPECHE LE DEBAT SUR TES PROPRES OPINIONS !
Le diaboliseur prend soin de ne pas dévoiler ses propres positions, et parfois aussi ses financements. Il n’avoue jamais qu’il s’appuie sur des think tanks et lobbies financés par des grandes puissances. Il ne dit jamais qu’il soutient tel gouvernement, telle guerre ou telle politique néolibérale et pourquoi. Ce n’est pas le débat qui l’intéresse, mais d’exclure « les mauvais » du débat.
Pour cette raison, la plupart des diaboliseurs avancent masqués. Parfois la même personne utilise divers pseudonymes. Autre technique de manipulation : les diaboliseurs se citent les uns les autres en boucle afin de donner l’impression que « tout le monde le dit ».
  1. COLLE DES ETIQUETTES !
Pour discréditer, le diaboliseur cache la véritable position et les arguments du diabolisé. Il se contente de lui coller des étiquettes : « antisémite », « complotiste », « ami des dictateurs ». Ou des termes flous sans valeur objective : « controversé », « peu crédible ». La véritable position du diabolisé est ainsi caricaturée.
  1. INSINUE PLUTOT QUE D’EXPLIQUER !
Pour éviter d’être poursuivi en justice pour diffamation, le diaboliseur remplace souvent l’accusation claire et nette par une insinuation indirecte. Il crée une impression générale de suspicion pour refuser la discussion franche.
  1. PRATIQUE L’AMALGAME POUR NOIRCIR !
Son dossier étant vide d’arguments pour critiquer la cible, le diaboliseur pratique l’amalgame. Il associe sa cible – sans aucune logique – à d’autres personnes ou mouvements : « Machin a rencontré Chose qui lui-même a rencontré Truc qui est lié à l’extrême droite, donc Machin est d’extrême droite ». Variante : Machin a soutenu Truc il y a dix ans, et depuis Truc est devenu d’extrême droite, alors Machin est responsable de cette évolution et est aussi d’extrême droite. Aberrant ! Sauf si le but est de noircir à tout prix.
  1. FRAPPE ET FOUS LE CAMP !
Le diaboliseur applique à sa manière un principe de la guérilla : « Frappe et fuis ». Il refuse soigneusement tout débat contradictoire. Il consacre de longs textes ou des émissions entières à dénigrer en prenant soin que le diabolisé ne puisse se défendre. Les sites diaboliseurs censurent les droits de réponse et même les questions de leurs propres sympathisants. Car toute discussion franche les démasquerait.

Les 10 commandements du parfait diaboliseur



Attention ! Tel est peut-être justement le but recherché par une campagne de rumeurs : dresser un cordon sanitaire autour d’auteurs qui dérangent ! Sur Internet, où on trouve à boire et à manger, nous avons donc tous intérêt à nous poser les questions que, dans un tribunal, doit se poser un juge intègre et consciencieux :
  1. Ai-je entendu les deux parties ?
  2. M’a-t-on présenté des preuves fiables ?
  3. Essaie-t-on de me manipuler ?
Alors, pour permettre à chacun de se faire librement une opinion sans être manipulé, voici une petite observation des trucs et procédés qu’on retrouve dans toutes ces campagnes de diabolisation. Dix critères pour juger si le dossier est sérieux ou bidon.

Les 10 commandements du parfait diaboliseur :

  1. NE DONNE PAS LA PAROLE A L’ACCUSE !
Le diaboliseur ne vérifie jamais auprès de « l’accusé » l’exactitude des faits reprochés, ni s’il existe une explication différente de ces faits ou si l’accusé aurait éventuellement changé d’avis. Tout se passe comme si connaître la vérité ne l’intéresse pas.
  1. CACHE LES TEXTES QUI TE CONTREDISENT !
Le diaboliseur ne fournit pas de preuves. Même quand « l’accusé » a écrit exactement le contraire de ce qu’on lui reproche, le diaboliseur cache soigneusement ces textes à son public.
  1. CACHE TES MOTIVATIONS !
Le diaboliseur fait semblant de s’attaquer à une seule cible, qui serait dangereuse mais isolée. Cependant, quand on considère l’ensemble des cibles, tout le monde devient « conspi » ou « antisémite » : Ziegler, Chavez, Castro, Le Grand Soir, Lordon, Ruffin, Kempf, Carles, Gresh, Bricmont, Bourdieu, Wikileaks, Morin, Mermet, Boniface, Enderlin, Cassen, Siné, Bové, Péan, Godard, Jean Ferrat, Seymour Hersh et même des analystes juifs Hessel, Chomsky, Finkelstein. Vous ne l’aviez pas remarqué mais ce sont tous des « complotistes », des « antisémites » ou les deux ! En fait, on diabolise ainsi tous ceux qui critiquent les Etats-Unis ou Israël.
  1. RECOPIE LES MEDIAS !
Le diaboliseur ne remet jamais en cause l’info des médias officiels. Bien qu’il ait été prouvé que chaque guerre est accompagnée de désinformation, le diaboliseur recopie cette version médiatique officielle comme si elle était totalement fiable. Et si l’accusé la met en doute, c’est la preuve de son « complotisme » et de sa mauvaise foi. Même quand il se prétend de gauche, le diaboliseur ne se gêne pas pour réutiliser les positions et arguments de la droite.
  1. FAIS SEMBLANT DE NE PAS COMPRENDRE !
Le diaboliseur supprime toute nuance dans le discours de sa cible. Par exemple, quand Washington attaque la Libye ou la Syrie, si vous démontrez que des intérêts économiques ou stratégiques sont en jeu, que la guerre ne fait qu’aggraver les problèmes et qu’il vaut mieux chercher une solution négociée, alors vous « soutenez les dictateurs ». Même si vous avez écrit exactement le contraire.
La confusion est systématiquement créée entre « s’opposer à la guerre » et « soutenir un dictateur ». Le diaboliseur fait semblant de ne pas comprendre la différence entre les deux. Son vrai but est de manipuler l’émotion légitime du public et l’empêcher de raisonner.
  1. EMPECHE LE DEBAT SUR TES PROPRES OPINIONS !
Le diaboliseur prend soin de ne pas dévoiler ses propres positions, et parfois aussi ses financements. Il n’avoue jamais qu’il s’appuie sur des think tanks et lobbies financés par des grandes puissances. Il ne dit jamais qu’il soutient tel gouvernement, telle guerre ou telle politique néolibérale et pourquoi. Ce n’est pas le débat qui l’intéresse, mais d’exclure « les mauvais » du débat.
Pour cette raison, la plupart des diaboliseurs avancent masqués. Parfois la même personne utilise divers pseudonymes. Autre technique de manipulation : les diaboliseurs se citent les uns les autres en boucle afin de donner l’impression que « tout le monde le dit ».
  1. COLLE DES ETIQUETTES !
Pour discréditer, le diaboliseur cache la véritable position et les arguments du diabolisé. Il se contente de lui coller des étiquettes : « antisémite », « complotiste », « ami des dictateurs ». Ou des termes flous sans valeur objective : « controversé », « peu crédible ». La véritable position du diabolisé est ainsi caricaturée.
  1. INSINUE PLUTOT QUE D’EXPLIQUER !
Pour éviter d’être poursuivi en justice pour diffamation, le diaboliseur remplace souvent l’accusation claire et nette par une insinuation indirecte. Il crée une impression générale de suspicion pour refuser la discussion franche.
  1. PRATIQUE L’AMALGAME POUR NOIRCIR !
Son dossier étant vide d’arguments pour critiquer la cible, le diaboliseur pratique l’amalgame. Il associe sa cible – sans aucune logique – à d’autres personnes ou mouvements : « Machin a rencontré Chose qui lui-même a rencontré Truc qui est lié à l’extrême droite, donc Machin est d’extrême droite ». Variante : Machin a soutenu Truc il y a dix ans, et depuis Truc est devenu d’extrême droite, alors Machin est responsable de cette évolution et est aussi d’extrême droite. Aberrant ! Sauf si le but est de noircir à tout prix.
  1. FRAPPE ET FOUS LE CAMP !
Le diaboliseur applique à sa manière un principe de la guérilla : « Frappe et fuis ». Il refuse soigneusement tout débat contradictoire. Il consacre de longs textes ou des émissions entières à dénigrer en prenant soin que le diabolisé ne puisse se défendre. Les sites diaboliseurs censurent les droits de réponse et même les questions de leurs propres sympathisants. Car toute discussion franche les démasquerait.

Posté mardi 18 octobre 2016 à 19:14 |  par bbela



Il est probable que beaucoup parmi eux suivent le bras de fer entre puissants avec beaucoup de recul, en spectateurs, se sentant très peu ou pas du tout concernés. Les plus optimistes pourraient même se dire que l’autodestruction des puissances amènera la redistribution des cartes ou, au minimum, amènera l’Occident à leur ficher la paix. Après tout, cette guerre mondiale, si elle a lieu, se déroulerait essentiellement dans le Nord, et l’Europe, comme à son habitude, en sera l’un des théâtres principaux loin de l’Afrique et des Africains.
Cependant, divers éléments tendent à montrer que les choses ne se passeront pas ainsi : l’Afrique sera impliquée jusqu’au cou dans une éventuelle conflagration mondiale. Il n’est pas utile de remonter au siècle dernier pour s’en convaincre, même si la donne a fondamentalement changé depuis quelques décennies. Rappelons toutefois, que les Africains, de l’armée coloniale du général Mangin à la guerre d’Indochine et d’Algérie en passant par la colonne du futur Maréchal Leclerc, ont toujours été présents dans tous les conflits européens. La France et l’Angleterre, comme tous les empires l’ont toujours fait depuis la nuit des temps, ont toujours utilisé eux aussi les pays soumis pour défendre leurs frontières d’empire et leurs intérêts.

Ce qui a d’abord changé aujourd’hui, c’est que les deux empires d’hier sont devenus des vassaux et, comme tels, ils seront mobilisés de la même manière pour défendre les intérêts du nouvel empire. Les anciens vassaux qui le sont presque tous restés, seront également mobilisés sous la houlette de leurs anciens maîtres. Ce qui a changé aussi, c’est que cette fois, du fait de ses immenses ressources énergétiques vitales en cas de guerre, le continent africain sera lui-même un lieu d’affrontements à grande échelle. Si les enjeux d’une telle guerre sont multiples et variés, l’Afrique en constitue néanmoins un des principaux. Un enjeu que se disputeront à mort les grandes puissances.

On peut la voir comme une jeune fille convoitée par des mâles qui se battent pour ses beaux yeux pour gagner le droit de la violer ensuite. Pire, l’un des mâles, le plus brutal, l’utilisera pour vaincre ses adversaires et gagner ce droit. Présentée ainsi, la participation inéluctable de l’Afrique à une éventuelle guerre mondiale prend une autre dimension. Non seulement ses soldats seront utilisés comme supplétifs à l’instar des tirailleurs, et non seulement les combats, les destructions et les massacres se porteront sur son sol, mais en plus elle a maintenant un choix crucial à faire : va-t-elle se laisser faire, avec le viol à la clé en fin d’hostilités, ou va-t-elle réagir afin d’éviter le sort qui lui est réservé, ou au moins pour avoir la possibilité de choisir ses futurs partenaires ? Si elle opte pour ce dernier choix, elle cesse d’être un enjeu et a maintenant des objectifs clairs, ses objectifs à elle et non ceux des autres. Tant qu’à se battre et peut-être mourir, autant que ce soit pour ses propres objectifs.

Dans un récent article, Kemi Seba, le panafricaniste bien connu, a lancé un appel aux sociétés civiles africaines les incitant à faire les bons choix et à faire pression sur les dirigeants du continent. Que la guerre éclate ou non, les événements en cours au Moyen-Orient et leurs développements potentiels sont tels que l’Afrique ne peut plus rester passive, seule dans son coin. De toute façon qu’elle le veuille ou non, elle est déjà impliquée, on le voit avec les divers groupes terroristes qui ont été débarqués sur son sol. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que tout ce joli monde fait exactement le même boulot que celui de leurs homologues en Syrie, au bénéfice de la machinerie de l’OTAN, plus précisément la partie anglo-saxonne de cette organisation, tous les autres n’en étant que les vassaux et les outils. Nous avons vu en Syrie à quel point ils tiennent à préserver cette armée de l’ombre, au point de risquer de déclencher un conflit mondial.

En fait, ils ne préparent pas la guerre parce qu’ils sont puissants, mais sans cette préparation, sans une menace de guerre posée sur la table, toute leur puissance s’effondre, à commencer par sa structure dont les vassaux sont les piliers. Et en face d’eux, il y a ceux qui résistent comme la Russie, la Chine, l’Iran, la Syrie, le Venezuela, le Burundi, etc., et ceux qui voudraient résister mais qui n’osent pas encore. Le camp de la résistance est composé de pays ayant fortement souffert de l’hégémonie impériale qu’ils veulent voir disparaître à jamais. Faire croire, comme le font les soumis à l’empire, qu’ils ne se battent que pour récupérer cette hégémonie à leur compte, c’est croire qu’il n’y a d’autre manière de concevoir le monde que celle de leurs maîtres.



L'#Afrique: une jeune fille convoitée par des mâles qui se battent pour gagner le droit de la violer.




Il est probable que beaucoup parmi eux suivent le bras de fer entre puissants avec beaucoup de recul, en spectateurs, se sentant très peu ou pas du tout concernés. Les plus optimistes pourraient même se dire que l’autodestruction des puissances amènera la redistribution des cartes ou, au minimum, amènera l’Occident à leur ficher la paix. Après tout, cette guerre mondiale, si elle a lieu, se déroulerait essentiellement dans le Nord, et l’Europe, comme à son habitude, en sera l’un des théâtres principaux loin de l’Afrique et des Africains.
Cependant, divers éléments tendent à montrer que les choses ne se passeront pas ainsi : l’Afrique sera impliquée jusqu’au cou dans une éventuelle conflagration mondiale. Il n’est pas utile de remonter au siècle dernier pour s’en convaincre, même si la donne a fondamentalement changé depuis quelques décennies. Rappelons toutefois, que les Africains, de l’armée coloniale du général Mangin à la guerre d’Indochine et d’Algérie en passant par la colonne du futur Maréchal Leclerc, ont toujours été présents dans tous les conflits européens. La France et l’Angleterre, comme tous les empires l’ont toujours fait depuis la nuit des temps, ont toujours utilisé eux aussi les pays soumis pour défendre leurs frontières d’empire et leurs intérêts.

Ce qui a d’abord changé aujourd’hui, c’est que les deux empires d’hier sont devenus des vassaux et, comme tels, ils seront mobilisés de la même manière pour défendre les intérêts du nouvel empire. Les anciens vassaux qui le sont presque tous restés, seront également mobilisés sous la houlette de leurs anciens maîtres. Ce qui a changé aussi, c’est que cette fois, du fait de ses immenses ressources énergétiques vitales en cas de guerre, le continent africain sera lui-même un lieu d’affrontements à grande échelle. Si les enjeux d’une telle guerre sont multiples et variés, l’Afrique en constitue néanmoins un des principaux. Un enjeu que se disputeront à mort les grandes puissances.

On peut la voir comme une jeune fille convoitée par des mâles qui se battent pour ses beaux yeux pour gagner le droit de la violer ensuite. Pire, l’un des mâles, le plus brutal, l’utilisera pour vaincre ses adversaires et gagner ce droit. Présentée ainsi, la participation inéluctable de l’Afrique à une éventuelle guerre mondiale prend une autre dimension. Non seulement ses soldats seront utilisés comme supplétifs à l’instar des tirailleurs, et non seulement les combats, les destructions et les massacres se porteront sur son sol, mais en plus elle a maintenant un choix crucial à faire : va-t-elle se laisser faire, avec le viol à la clé en fin d’hostilités, ou va-t-elle réagir afin d’éviter le sort qui lui est réservé, ou au moins pour avoir la possibilité de choisir ses futurs partenaires ? Si elle opte pour ce dernier choix, elle cesse d’être un enjeu et a maintenant des objectifs clairs, ses objectifs à elle et non ceux des autres. Tant qu’à se battre et peut-être mourir, autant que ce soit pour ses propres objectifs.

Dans un récent article, Kemi Seba, le panafricaniste bien connu, a lancé un appel aux sociétés civiles africaines les incitant à faire les bons choix et à faire pression sur les dirigeants du continent. Que la guerre éclate ou non, les événements en cours au Moyen-Orient et leurs développements potentiels sont tels que l’Afrique ne peut plus rester passive, seule dans son coin. De toute façon qu’elle le veuille ou non, elle est déjà impliquée, on le voit avec les divers groupes terroristes qui ont été débarqués sur son sol. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que tout ce joli monde fait exactement le même boulot que celui de leurs homologues en Syrie, au bénéfice de la machinerie de l’OTAN, plus précisément la partie anglo-saxonne de cette organisation, tous les autres n’en étant que les vassaux et les outils. Nous avons vu en Syrie à quel point ils tiennent à préserver cette armée de l’ombre, au point de risquer de déclencher un conflit mondial.

En fait, ils ne préparent pas la guerre parce qu’ils sont puissants, mais sans cette préparation, sans une menace de guerre posée sur la table, toute leur puissance s’effondre, à commencer par sa structure dont les vassaux sont les piliers. Et en face d’eux, il y a ceux qui résistent comme la Russie, la Chine, l’Iran, la Syrie, le Venezuela, le Burundi, etc., et ceux qui voudraient résister mais qui n’osent pas encore. Le camp de la résistance est composé de pays ayant fortement souffert de l’hégémonie impériale qu’ils veulent voir disparaître à jamais. Faire croire, comme le font les soumis à l’empire, qu’ils ne se battent que pour récupérer cette hégémonie à leur compte, c’est croire qu’il n’y a d’autre manière de concevoir le monde que celle de leurs maîtres.



Posté à 18:52 |  par bbela

vendredi 7 octobre 2016


La réforme agraire courageuse menée par le président Robert Mugabe a permis au Zimbabwe d'augmenter le nombre de ses producteurs de tabac de seulement 4.500 fermiers blancs à 106.000 agriculteurs noirs qui produisent maintenant 216m kg, presque le même que ce que les fermiers blancs produisaient à leur apogée en 2000 [234m] kg.
 
Ceci a été possible sur une période de moins de 10 ans et certains estiment  que c'est depuis 6 ans seulement que la population noire s'est véritablement impliquée dans la culture du tabac.
 
N'oublions pas que le processus de redistribution des terres aux populations noires n'est pas terminée.

 
Malgré leurs capitaux, des terres volées, des salaires d'esclaves, pas de concurrence parmi les noirs, soutien et accès aux marchés des pays occidentaux et les subventions du gouvernement, Il aura fallu +100 ans aux fermiers blancs pour atteindre ces résultats agraires dans les années 2000.
 
Comparez les avec les fermiers noirs qui n'ont pas de capital, de salaires d'esclaves, aucune subvention du gouvernement; qui font face à la concurrence des fermiers blancs injustement enrichis; et qui, en outre font face à des sanctions commerciales occidentales, mais continuent à surmonter tous les obstacles.
 
Avec une telle performance des agriculteurs noirs, le Zimbabwe a développé le plus grand marché de vente de tabac au monde [Boka enchères Floors] possédé par les noirs.
 
Les retombées:
 
1. Pour la première fois depuis la colonisation, les terres Zimbabwéennes sont cultivées de façon durable par les Zimbabwéens pauvres, moyens qui sont en mesure de bénéficier de leur terre, apprennent le métier de fermier, apprennent à créer de la richesse, à être productif et à soutenir leurs familles.
 
Imaginez combien d'enfants vont à l'école et à l'université grâce à ces revenus? Combien de personnes chacun des 106.000 agriculteurs peut soutenir, si chaque travailleur en moyenne prend en charge 11 personnes?
 
2. En ayant la plus grande place de marché de vente de tabac dans le monde, les Zimbabwéens noirs apprennent la gestion du commerce international du tabac alors l'Occident nous dit que l'Afrique est inapte à cela.
 
3. Les fermiers noirs apprennent tous les jours à être de meilleurs agriculteurs et plus productifs réfutant l'idée selon laquelle les Zimbabwéens vont mourir de faim si les fermiers blancs quittent l'activité.
 
[...]
 
Imaginez ce qui se passera dans 20 ans, 30 ans, 50 ans ou dans un siècle? Imaginez ce qui arriverait si l'Afrique du Sud, la capitale nigériane, angolaise ou libyenne commencent à faire commerce de façon transparente avec le Zimbabwe sans restrictions de contrôle des changes?
 
[...]
Toute révolution exige du temps, du sacrifice, de la souffrance et du labeur pour produire un véritable succès et la liberté. 

[...]
 
Donc arrêtez d'écouter la propagande raciste, attelons-nous en tant qu'Africains ensemble à faire grandir notre économie.

Imaginez si l'on abolit ces frontières et instaurons la libre circulation entre nos économies?
 
«Celui qui a sa bouche dans la cuisine de l'ennemi ne peut être libre" - Osagyefo Kwame Nkrumah


NDLR: La traduction de ce texte est quelque peu approximative, mais elle garde le sens du texte original 


Robert Mugabe, un modèle de Courage dans l'adversité pour les dirigeants africains:


La réforme agraire courageuse menée par le président Robert Mugabe a permis au Zimbabwe d'augmenter le nombre de ses producteurs de tabac de seulement 4.500 fermiers blancs à 106.000 agriculteurs noirs qui produisent maintenant 216m kg, presque le même que ce que les fermiers blancs produisaient à leur apogée en 2000 [234m] kg.
 
Ceci a été possible sur une période de moins de 10 ans et certains estiment  que c'est depuis 6 ans seulement que la population noire s'est véritablement impliquée dans la culture du tabac.
 
N'oublions pas que le processus de redistribution des terres aux populations noires n'est pas terminée.

 
Malgré leurs capitaux, des terres volées, des salaires d'esclaves, pas de concurrence parmi les noirs, soutien et accès aux marchés des pays occidentaux et les subventions du gouvernement, Il aura fallu +100 ans aux fermiers blancs pour atteindre ces résultats agraires dans les années 2000.
 
Comparez les avec les fermiers noirs qui n'ont pas de capital, de salaires d'esclaves, aucune subvention du gouvernement; qui font face à la concurrence des fermiers blancs injustement enrichis; et qui, en outre font face à des sanctions commerciales occidentales, mais continuent à surmonter tous les obstacles.
 
Avec une telle performance des agriculteurs noirs, le Zimbabwe a développé le plus grand marché de vente de tabac au monde [Boka enchères Floors] possédé par les noirs.
 
Les retombées:
 
1. Pour la première fois depuis la colonisation, les terres Zimbabwéennes sont cultivées de façon durable par les Zimbabwéens pauvres, moyens qui sont en mesure de bénéficier de leur terre, apprennent le métier de fermier, apprennent à créer de la richesse, à être productif et à soutenir leurs familles.
 
Imaginez combien d'enfants vont à l'école et à l'université grâce à ces revenus? Combien de personnes chacun des 106.000 agriculteurs peut soutenir, si chaque travailleur en moyenne prend en charge 11 personnes?
 
2. En ayant la plus grande place de marché de vente de tabac dans le monde, les Zimbabwéens noirs apprennent la gestion du commerce international du tabac alors l'Occident nous dit que l'Afrique est inapte à cela.
 
3. Les fermiers noirs apprennent tous les jours à être de meilleurs agriculteurs et plus productifs réfutant l'idée selon laquelle les Zimbabwéens vont mourir de faim si les fermiers blancs quittent l'activité.
 
[...]
 
Imaginez ce qui se passera dans 20 ans, 30 ans, 50 ans ou dans un siècle? Imaginez ce qui arriverait si l'Afrique du Sud, la capitale nigériane, angolaise ou libyenne commencent à faire commerce de façon transparente avec le Zimbabwe sans restrictions de contrôle des changes?
 
[...]
Toute révolution exige du temps, du sacrifice, de la souffrance et du labeur pour produire un véritable succès et la liberté. 

[...]
 
Donc arrêtez d'écouter la propagande raciste, attelons-nous en tant qu'Africains ensemble à faire grandir notre économie.

Imaginez si l'on abolit ces frontières et instaurons la libre circulation entre nos économies?
 
«Celui qui a sa bouche dans la cuisine de l'ennemi ne peut être libre" - Osagyefo Kwame Nkrumah


NDLR: La traduction de ce texte est quelque peu approximative, mais elle garde le sens du texte original 


Posté vendredi 7 octobre 2016 à 05:46 |  par bbela

vendredi 22 avril 2016

 Michael Coghlan via Flickr CC License by

Les hommes, eux, ont parfaitement le droit de faire la gueule.

J’ai un problème, qui ne devrait pas en être un: je ne souris pas naturellement, partout ni tout le temps. Quand j’écoute quelqu’un attentivement, quand je prends le métro, quand je marche dans la rue, quand on me prend en photo inopinément, les commissures de mes lèvres sont légèrement affaissées, mes sourcils froncés. Je ne souris pas. Voire je donne l’impression de faire un peu la tronche. C’est ma tête «au repos». Elle n’est peut-être pas très avenante, elle n’est probablement ni virevoltante ni sexy. Et c’est comme ça. Pourtant, une femme qui ne sourit pas en permanence semble incommoder, et plus particulièrement les hommes.

Je suis journaliste pour une émission TV d’actualité où sont régulièrement abordés des sujets qui donnent assez peu envie de faire des claquettes. J’ai donc encore moins de raisons de calquer sur mon visage un sourire de façade quand sont évoqués le conflit syrien ou la dette publique. Pourtant, je reçois parfois des messages de téléspectateurs me suggérant de «sourire un peu plus». Le dénominateur commun de ces messages étant qu’ils proviennent presque tous d’hommes qui, sans avoir l’impression d’être franchement désagréables, se plaignent implicitement de ne pas être divertis par mon visage.

C’est d’ailleurs une des figures de style du harcèlement de rue: le tristement célèbre «Hey mademoiselle, pourquoi tu fais la gueule?» ou le non moins délicieux «Souris si t’es pas jolie!». Eh oui, soyons clairs: dire à une femme qu’elle devrait sourire constitue une forme tangible de harcèlement. Celui qui soumet la femme à cette injonction et donc l’objectifie estime disposer d’un droit sur son corps. En d’autres termes: si vous dites à une femme de sourire, c’est que vous considérez que cette femme a un devoir envers vous, celui de vous satisfaire.

«Juste un p’tit sourire»

Cette injonction s’exerce donc dans la plus grande décontraction et conduit à l’intériorisation de cette obligation. Ainsi, les femmes sourient plus que les hommes, et ce, dès le plus jeune âge. Pas parce que le sourire est génétiquement fourni avec le package «Seins, ovaires, utérus», mais parce que, si vous êtes une fille, vous entendrez TOUTE VOTRE VIE que vous devez sourire. Dans son livre et sur son blog, la blogueuse Olympe relevait par exemple que, «sur des photos de classe de la maternelle à l’université, dans les magazines et les journaux, les personnes de sexe féminin sourient plus souvent: 63% des garçons en maternelle et primaire contre 82% des filles, 58% des hommes contre 80% des femmes dans les magazines».

Les banques d’images contribuent d’ailleurs largement à cette omniprésence d’images de femmes toutes ratiches dehors en proposant, quand on recherche simplement des photos de femmes, des images de femmes riant aux éclats devant un bol de laitue (???).

Si vous êtes une femme et que vous espérez faire des rencontres sur internet, il vous faudra également retrousser vos babines. Selon une étude de l’association américaine de psychologie, les femmes affichant un grand sourire sur les sites de rencontres remportent davantage de suffrages que celles qui ne sourient pas, quand il est fortement conseillé aux hommes d’adopter une mine «neutre ou fière» pour plaire.

Les hommes semblent penser qu’une femme qui ne sourit pas est une anomalie qui doit être furieusement pointée du doigt
Et l’injonction peut se formuler aussi publiquement, tant les hommes semblent penser qu’exiger un sourire d’une femme est un droit parfaitement légitime et qu’une femme qui ne sourit pas est une anomalie qui doit être furieusement pointée du doigt. En novembre 2015, Serena Williams remporte l’US Open face à sa sœur Venus. Épuisée par la performance, elle donne une conférence de presse au cours de laquelle un journaliste lui demande pourquoi elle ne sourit pas. La joueuse est alors contrainte de se justifier et de répondre qu’elle voudrait juste être dans son lit. Le journaliste aurait-il posé la même question à un Roger Federer? Probablement pas. Puisque c’est bien toujours aux femmes que l’on reproche de ne pas sourire assez, et jamais aux hommes.

Ainsi, sur le site Vodkaster, un homme se demande pourquoi «les actrices françaises font toujours la gueule»«à croire qu’être dotée de lèvres charnues et sensuelles prédispose ces dames à garder la mâchoire bien fermée». Et de demander au lecteur si, «indépendamment de leurs talents et charmes respectifs», il aurait envie «d’aller en boîte avec Léa Seydoux», avant de conclure: «Alors Mesdames les actrices, nous ne vous demanderons même pas un baiser, comme Emmanuel Mouret, non, juste un p’tit sourire!»

Dans le même temps, les boudeurs célèbres tels que Jean-Pierre Bacri ou Louis Garrel sont toujours décrits avec une tendresse indulgente, qui comme un exquis gueulard, qui comme un beau ténébreux.

Et cela vaut également pour la politique. Ainsi, le magazine GQ dit de Jean-Luc Mélenchon, avec un remarquable sens de la litote «qu’il s’est transformé en super bougon» et le place dans la lignée des Lino Ventura, tandis que L’Express, qui relate une altercation entre Ségolène Royal et une collaboratrice, dira d’elle qu’«elle sort les crocs» sans chercher à la placer, elle, dans une tradition cinématographique flatteuse et sépia.

Jouir du sourire des femmes

Mais pas besoin d’être à ce point exposé médiatiquement pour subir ce type de commentaires. Il suffit d’être une femme, de disposer d’un compte Instagram et de poster une photo de soi sans prémolaires apparentes pour qu’aussitôt déboule un garçon qui va, avec le petit commentaire passi- agressif qui va bien, chouiner que, quand même, vous êtes plus jolie quand vous souriez et que vous pourriez faire un effort.

Exiger d’une femme qu’elle sourit ne constitue rien d’autre qu’exiger d’elle qu’elle se conforme à une vision fantasmée de la façon dont les femmes devraient se comporter dans l’espace public

Et quand ils sont remis à leur place, il n’est pas rare qu’ils se plaignent alors d’avoir été «agressés» alors qu’ils disaient ça «pour votre bien». Quand ils ne sont pas franchement menaçants.

Nora Purmort en a fait l’amère expérience. Cette jeune femme américaine avait posté sur Twitter une photo d’elle accompagnée de la mention «FUCK YOU IF YOU TELL A WOMAN TO SMILE». Elle avait alors écopé de réactions extrêmement agressives de la part d’hommes, indignés d’être déchus de ce droit d’exiger des femmes qu’elles sourient. Parmi lesquelles des trolls émérites la traitant de «bitch» et la menacant de viol.

Et c’est PRÉCISÉMENT ce qu’elle voulait démontrer. L’aggressivité de ces hommes qui se sont, à cause d’un simple tweet, sentis purement et simplement menacés d’être dépossédés du droit d’exiger et de jouir du sourire des femmes illustre à quel point la frontière est ténue entre «sommer une femme de sourire» et «sommer une femme de se plier à vos moindres désirs, y compris sexuels».

Exiger d’une femme qu’elle sourit ne constitue rien d’autre qu’exiger d’elle qu’elle se conforme à une vision fantasmée de la façon dont les femmes devraient se comporter dans l’espace public. En réclamant un sourire, dont la symbolique renvoie à l’idée que la femme doit ainsi se montrer heureuse, jouisseuse, disponible, cela n’a rien de très différent avec le fait de décider de la façon dont une femme doit se vêtir, se maquiller, se coiffer, se déplacer. Et de la corriger si elle ne s’y soumet pas. Alors non. Dire «Souris!» à une passante, ou même à une amie ou une collègue, n’a strictement rien d’anodin. Parce que 1) elle sourit SI ELLE VEUT; et 2) une femme n’est ni un chaton mignon, ni du mobilier urbain et elle n’est pas là pour égayer le quotidien de qui que ce soit.

Nadia Daam

Pourquoi les femmes doivent-elles sourire et non faire la gueule? Tribune libre

 Michael Coghlan via Flickr CC License by

Les hommes, eux, ont parfaitement le droit de faire la gueule.

J’ai un problème, qui ne devrait pas en être un: je ne souris pas naturellement, partout ni tout le temps. Quand j’écoute quelqu’un attentivement, quand je prends le métro, quand je marche dans la rue, quand on me prend en photo inopinément, les commissures de mes lèvres sont légèrement affaissées, mes sourcils froncés. Je ne souris pas. Voire je donne l’impression de faire un peu la tronche. C’est ma tête «au repos». Elle n’est peut-être pas très avenante, elle n’est probablement ni virevoltante ni sexy. Et c’est comme ça. Pourtant, une femme qui ne sourit pas en permanence semble incommoder, et plus particulièrement les hommes.

Je suis journaliste pour une émission TV d’actualité où sont régulièrement abordés des sujets qui donnent assez peu envie de faire des claquettes. J’ai donc encore moins de raisons de calquer sur mon visage un sourire de façade quand sont évoqués le conflit syrien ou la dette publique. Pourtant, je reçois parfois des messages de téléspectateurs me suggérant de «sourire un peu plus». Le dénominateur commun de ces messages étant qu’ils proviennent presque tous d’hommes qui, sans avoir l’impression d’être franchement désagréables, se plaignent implicitement de ne pas être divertis par mon visage.

C’est d’ailleurs une des figures de style du harcèlement de rue: le tristement célèbre «Hey mademoiselle, pourquoi tu fais la gueule?» ou le non moins délicieux «Souris si t’es pas jolie!». Eh oui, soyons clairs: dire à une femme qu’elle devrait sourire constitue une forme tangible de harcèlement. Celui qui soumet la femme à cette injonction et donc l’objectifie estime disposer d’un droit sur son corps. En d’autres termes: si vous dites à une femme de sourire, c’est que vous considérez que cette femme a un devoir envers vous, celui de vous satisfaire.

«Juste un p’tit sourire»

Cette injonction s’exerce donc dans la plus grande décontraction et conduit à l’intériorisation de cette obligation. Ainsi, les femmes sourient plus que les hommes, et ce, dès le plus jeune âge. Pas parce que le sourire est génétiquement fourni avec le package «Seins, ovaires, utérus», mais parce que, si vous êtes une fille, vous entendrez TOUTE VOTRE VIE que vous devez sourire. Dans son livre et sur son blog, la blogueuse Olympe relevait par exemple que, «sur des photos de classe de la maternelle à l’université, dans les magazines et les journaux, les personnes de sexe féminin sourient plus souvent: 63% des garçons en maternelle et primaire contre 82% des filles, 58% des hommes contre 80% des femmes dans les magazines».

Les banques d’images contribuent d’ailleurs largement à cette omniprésence d’images de femmes toutes ratiches dehors en proposant, quand on recherche simplement des photos de femmes, des images de femmes riant aux éclats devant un bol de laitue (???).

Si vous êtes une femme et que vous espérez faire des rencontres sur internet, il vous faudra également retrousser vos babines. Selon une étude de l’association américaine de psychologie, les femmes affichant un grand sourire sur les sites de rencontres remportent davantage de suffrages que celles qui ne sourient pas, quand il est fortement conseillé aux hommes d’adopter une mine «neutre ou fière» pour plaire.

Les hommes semblent penser qu’une femme qui ne sourit pas est une anomalie qui doit être furieusement pointée du doigt
Et l’injonction peut se formuler aussi publiquement, tant les hommes semblent penser qu’exiger un sourire d’une femme est un droit parfaitement légitime et qu’une femme qui ne sourit pas est une anomalie qui doit être furieusement pointée du doigt. En novembre 2015, Serena Williams remporte l’US Open face à sa sœur Venus. Épuisée par la performance, elle donne une conférence de presse au cours de laquelle un journaliste lui demande pourquoi elle ne sourit pas. La joueuse est alors contrainte de se justifier et de répondre qu’elle voudrait juste être dans son lit. Le journaliste aurait-il posé la même question à un Roger Federer? Probablement pas. Puisque c’est bien toujours aux femmes que l’on reproche de ne pas sourire assez, et jamais aux hommes.

Ainsi, sur le site Vodkaster, un homme se demande pourquoi «les actrices françaises font toujours la gueule»«à croire qu’être dotée de lèvres charnues et sensuelles prédispose ces dames à garder la mâchoire bien fermée». Et de demander au lecteur si, «indépendamment de leurs talents et charmes respectifs», il aurait envie «d’aller en boîte avec Léa Seydoux», avant de conclure: «Alors Mesdames les actrices, nous ne vous demanderons même pas un baiser, comme Emmanuel Mouret, non, juste un p’tit sourire!»

Dans le même temps, les boudeurs célèbres tels que Jean-Pierre Bacri ou Louis Garrel sont toujours décrits avec une tendresse indulgente, qui comme un exquis gueulard, qui comme un beau ténébreux.

Et cela vaut également pour la politique. Ainsi, le magazine GQ dit de Jean-Luc Mélenchon, avec un remarquable sens de la litote «qu’il s’est transformé en super bougon» et le place dans la lignée des Lino Ventura, tandis que L’Express, qui relate une altercation entre Ségolène Royal et une collaboratrice, dira d’elle qu’«elle sort les crocs» sans chercher à la placer, elle, dans une tradition cinématographique flatteuse et sépia.

Jouir du sourire des femmes

Mais pas besoin d’être à ce point exposé médiatiquement pour subir ce type de commentaires. Il suffit d’être une femme, de disposer d’un compte Instagram et de poster une photo de soi sans prémolaires apparentes pour qu’aussitôt déboule un garçon qui va, avec le petit commentaire passi- agressif qui va bien, chouiner que, quand même, vous êtes plus jolie quand vous souriez et que vous pourriez faire un effort.

Exiger d’une femme qu’elle sourit ne constitue rien d’autre qu’exiger d’elle qu’elle se conforme à une vision fantasmée de la façon dont les femmes devraient se comporter dans l’espace public

Et quand ils sont remis à leur place, il n’est pas rare qu’ils se plaignent alors d’avoir été «agressés» alors qu’ils disaient ça «pour votre bien». Quand ils ne sont pas franchement menaçants.

Nora Purmort en a fait l’amère expérience. Cette jeune femme américaine avait posté sur Twitter une photo d’elle accompagnée de la mention «FUCK YOU IF YOU TELL A WOMAN TO SMILE». Elle avait alors écopé de réactions extrêmement agressives de la part d’hommes, indignés d’être déchus de ce droit d’exiger des femmes qu’elles sourient. Parmi lesquelles des trolls émérites la traitant de «bitch» et la menacant de viol.

Et c’est PRÉCISÉMENT ce qu’elle voulait démontrer. L’aggressivité de ces hommes qui se sont, à cause d’un simple tweet, sentis purement et simplement menacés d’être dépossédés du droit d’exiger et de jouir du sourire des femmes illustre à quel point la frontière est ténue entre «sommer une femme de sourire» et «sommer une femme de se plier à vos moindres désirs, y compris sexuels».

Exiger d’une femme qu’elle sourit ne constitue rien d’autre qu’exiger d’elle qu’elle se conforme à une vision fantasmée de la façon dont les femmes devraient se comporter dans l’espace public. En réclamant un sourire, dont la symbolique renvoie à l’idée que la femme doit ainsi se montrer heureuse, jouisseuse, disponible, cela n’a rien de très différent avec le fait de décider de la façon dont une femme doit se vêtir, se maquiller, se coiffer, se déplacer. Et de la corriger si elle ne s’y soumet pas. Alors non. Dire «Souris!» à une passante, ou même à une amie ou une collègue, n’a strictement rien d’anodin. Parce que 1) elle sourit SI ELLE VEUT; et 2) une femme n’est ni un chaton mignon, ni du mobilier urbain et elle n’est pas là pour égayer le quotidien de qui que ce soit.

Nadia Daam

Posté vendredi 22 avril 2016 à 13:36 |  par bbela

mardi 23 février 2016

Michel Raimbaud 

Le pire ministre des affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.

Le départ d’un ministre aussi étranger aux affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.

Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des Etats membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’OTAN sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il « reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions », insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?

Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la « communauté internationale », s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de « l’Etat profond » des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation. En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment (protéger les populations civiles de la Jamahiriya libyenne en les bombardant, avant de liquider physiquement Kadhafi – NDLR), vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.

En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le net avec un titre en forme de question qui tue : « A quoi servent les sanctions contre la Syrie ? » Celle-ci, note le commentaire écrit, « fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé ». Il faut « punir et étouffer économiquement le régime de Bachar al Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif ». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.

Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union Européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la 17ème fois en un an (sic). Elle rappelle que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue Arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.

Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :

1/ D’abord viennent les sanctions classiques « de mise en situation » par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union Européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du « régime syrien ».

Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés « soutenant le régime » sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté « sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression ». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.

2/ Le 10 août 2011, le gouvernement américain prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens étatsuniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux États-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie.
Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union Européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole.
La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.

3/ Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les Etats-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs Etats de l’Union Européenne rappellent les leurs.
Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : « erreur fatale » pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’UNESCO et qu’il ne peut la contraindre au départ.

4/ En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne « Syrianair » à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc…
Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq Permanents du Conseil de Sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent « certains pays qui ne jouent pas le jeu ? (sic). Mais est-ce bien un jeu ? La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’Etat syriens : ils seront priés de « rejoindre la communauté internationale » (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux ? En outre, certains Etats traînent les pieds au sein de l’Union Européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.
Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes. Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays. Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs « libérateurs » et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’« Axe du Bien », parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.

Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance « laïque » assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur Etat, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les « sauver du tyran qui les massacre » et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.

Le terrible bilan enregistré en Iraq – un million et demi de morts, dont 500 000 enfants – est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les « maîtres du monde ». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des « dégâts collatéraux », « cela en valait la peine ». On voit le résultat.

En Syrie, les « punitions » occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter…Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix…Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.
Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambigüité leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?
La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.
Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.
Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.


Michel Raimbaud : Ancien Ambassadeur de France.

Tribune libre: un ancien ambassadeur français balance sur les pratiques burocrates sadiques des dirigeants occidentaux

Michel Raimbaud 

Le pire ministre des affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.

Le départ d’un ministre aussi étranger aux affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.

Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des Etats membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’OTAN sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il « reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions », insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?

Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la « communauté internationale », s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de « l’Etat profond » des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation. En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment (protéger les populations civiles de la Jamahiriya libyenne en les bombardant, avant de liquider physiquement Kadhafi – NDLR), vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.

En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le net avec un titre en forme de question qui tue : « A quoi servent les sanctions contre la Syrie ? » Celle-ci, note le commentaire écrit, « fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé ». Il faut « punir et étouffer économiquement le régime de Bachar al Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif ». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.

Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union Européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la 17ème fois en un an (sic). Elle rappelle que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue Arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.

Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :

1/ D’abord viennent les sanctions classiques « de mise en situation » par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union Européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du « régime syrien ».

Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés « soutenant le régime » sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté « sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression ». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.

2/ Le 10 août 2011, le gouvernement américain prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens étatsuniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux États-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie.
Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union Européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole.
La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.

3/ Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les Etats-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs Etats de l’Union Européenne rappellent les leurs.
Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : « erreur fatale » pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’UNESCO et qu’il ne peut la contraindre au départ.

4/ En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne « Syrianair » à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc…
Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq Permanents du Conseil de Sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent « certains pays qui ne jouent pas le jeu ? (sic). Mais est-ce bien un jeu ? La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’Etat syriens : ils seront priés de « rejoindre la communauté internationale » (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux ? En outre, certains Etats traînent les pieds au sein de l’Union Européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.
Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes. Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays. Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs « libérateurs » et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’« Axe du Bien », parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.

Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance « laïque » assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur Etat, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les « sauver du tyran qui les massacre » et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.

Le terrible bilan enregistré en Iraq – un million et demi de morts, dont 500 000 enfants – est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les « maîtres du monde ». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des « dégâts collatéraux », « cela en valait la peine ». On voit le résultat.

En Syrie, les « punitions » occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter…Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix…Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.
Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambigüité leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?
La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.
Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.
Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.


Michel Raimbaud : Ancien Ambassadeur de France.

Posté mardi 23 février 2016 à 09:02 |  par bbela

samedi 2 janvier 2016

 Des journalistes à Lagos- © Akintunde Akinleye Source: Reuters

Malgré ses immenses richesses naturelles et en dépit des fleuves d'aides, l'Afrique ne se développe pas. Le spécialiste de l'Afrique Bernard Lugan dévoile pour RT France les plus grands mensonges médiatiques à ce sujet.
Contrairement à ce qu'affirment les médias, l'Afrique ne se développe pas. Tout au contraire, elle régresse. Que s’est-il donc passé pour que, malgré ses immenses richesses naturelles et en dépit des fleuves d'aides qui la noyèrent après les indépendances, l'Afrique ait pu connaître un tel naufrage ? Pourquoi toutes les formes de développement qui y furent essayées ont-elles échoué ? Seul un bon diagnostic permettra de le comprendre, mais pour cela, il est devenu urgent de regarder la réalité en face et de cesser de mentir à l'Afrique.

Les principaux mensonges que les médias font à l'Afrique sont au nombre de quatre.

Premier mensonge : l'Afrique serait «mal partie» au moment de ses indépendances.
En 1962 René Dumont publia «L’Afrique noire est mal partie», livre qui fit sa renommée en dépit d'un titre aussi fort que faux. A l’époque, le monde en perdition n’était en effet pas l’Afrique, mais l’Asie, qui paraissait condamnée par de terrifiantes famines et de sanglants conflits (guerre civile chinoise,  guerres de Corée, guerres d’Indochine et guerres indo-pakistanaises). En comparaison, durant la décennie 1950-1960, les habitants de l'Afrique mangeaient à leur faim, étaient gratuitement soignés et pouvaient se déplacer le long de routes ou de pistes entretenues  sans risquer de se faire attaquer et rançonner... mais c'était au temps des colonies, cette époque «honteuse» dont il n'est aujourd'hui permis de parler que d'une manière négative.

Second mensonge : l'Afrique se développe
Soixante-dix ans après les indépendances, du nord au sud et de l'est à l'ouest, le continent africain est ravagé ou meurtri. De la Méditerranée aux prolongements sahariens, la dislocation libyenne entretient un foyer majeur de déstabilisation. Dans le cône austral, ce qui fut la puissante Afrique du Sud sombre lentement dans un chaos social duquel émergent encore quelques secteurs ultra-performants, cependant que la criminalité réduit peu à peu à néant la fiction du «vivre ensemble». De l'atlantique à l'Océan indien, toute la bande sahélienne est enflammée par un mouvement à la fois fondamentaliste et mafieux dont les ancrages se situent au Mali, dans le nord du Nigeria et en Somalie ; plus au sud, la Centrafrique a explosé cependant que l'immense RDC n'en finit pas de mourir. La situation est à ce point grave que les anciennes puissances coloniales sont régulièrement appelées à l'aide et que leurs interventions militaires sont demandées.
Humainement, le désastre est total avec des dizaines de milliers de boat people qui se livrent au bon vouloir de gangs qui les lancent dans de mortelles traversées en direction de la «terre promise» européenne. Les crises alimentaires sont  permanentes, les infrastructures de santé ont disparu comme l'a montré la tragédie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, l'insécurité est généralisée et la pauvreté atteint des niveaux sidérants.
Quotidiennement, les journaux et les divers organes d'information font état de famines, d'épidémies, de massacres qui montrent que le continent africain s’enfonce chaque jour un peu plus dans un néant duquel surnagent quelques îlots pétroliers.

Troisième mensonge : l'Afrique est devenue un «relais de croissance»
Cette affirmation est également fausse car, à l’exception d’enclaves dévolues à l’exportation de ressources minières confiées à des sociétés transnationales sans lien avec l’économie locale, l’Afrique est aujourd’hui largement en dehors du commerce, donc de l’économie mondiale.
Malgré le pétrole et les minerais, sa part dans les échanges mondiaux (importations plus exportations), est en effet dérisoire. De 6% en 1980, elle s’est effondrée à 2% dans la décennie 1990, avant de «remonter» à 2,8% en 2007, puis à  3,2% en 2008, 3,4% en 2010 (Rapport Economique sur l’Afrique, Addis-Abeba, 2010)  et 3,2% en 2013 (Rapport sur les échanges internationaux et intra-africains. Nations Unies, Conseil Economique et Social, Commission Economique pour l'Afrique, Addis Abeba février 2013). Commercialement, elle n'existe donc pas, même si certains pays-comptoirs connaissent une réelle prospérité.

Quatrième mensonge : la démocratie est le préalable à tout développement
Durant la «décennie 1990» il fut  postulé que si le développement avait échoué c'était par déficit de démocratie. Voilà pourquoi l’Afrique a subi, et subit encore, un véritable «diсtat démocratique» avec pour résultat le triomphe de la mathématique électorale, le pouvoir revenant automatiquement aux  ethnies les plus nombreuses grâce à l’ethno-mathématique électorale. Avec pour conséquence la multiplication des guerres, certaines ethnies minoritaires n'acceptant pas de se voir écartées du pouvoir pour l'éternité par la loi du nombre produit de l'universalisme individualiste européen.

Ces grands mensonges qui expliquent l'actuel naufrage de l'Afrique reposent sur deux grands postulats :
1-L'économie est la priorité : dans tous les modèles proposés ou imposés à l’Afrique sud saharienne, l’économique a en effet toujours été mis en avant. Or, les vrais problèmes du continent sont d'abord politiques, institutionnels et sociologiques puisqu'ils découlent de la non prise en compte de la réalité humaine qui est à base ethnique. Certes, l'ethnie n'explique pas tout, mais rien ne s'explique sans l'ethnie.

2- Le refus d'admettre la différence : les Africains n'étant pas des Européens pauvres à la peau noire, c’est parce que le corps social africain n’est pas celui de l’Europe, ou celui de l’Asie, que les modèles transposés n'y ont pas réussi. Et si la greffe européenne n'a pas pris sur le porte-greffe africain, c'est parce que, comme le dit le proverbe congolais «ce n'est pas parce qu'il pousse sur le bord du marigot qu'un arbre deviendra crocodile...»

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à b-bela. 

 https://francais.rt.com/opinions/12851-verite-afrique

Universitaire spécialiste de l'Afrique, Bernard Lugan est l'auteur de nombreux livres. Il anime un blog consacré à l'actualité et à la géopolitique de l'Afrique. Il dirige la revue par internet L'Afrique réelle www.bernard-lugan.com 

Bernard Lugan : Les principaux mensonges que les médias font à l'Afrique

 Des journalistes à Lagos- © Akintunde Akinleye Source: Reuters

Malgré ses immenses richesses naturelles et en dépit des fleuves d'aides, l'Afrique ne se développe pas. Le spécialiste de l'Afrique Bernard Lugan dévoile pour RT France les plus grands mensonges médiatiques à ce sujet.
Contrairement à ce qu'affirment les médias, l'Afrique ne se développe pas. Tout au contraire, elle régresse. Que s’est-il donc passé pour que, malgré ses immenses richesses naturelles et en dépit des fleuves d'aides qui la noyèrent après les indépendances, l'Afrique ait pu connaître un tel naufrage ? Pourquoi toutes les formes de développement qui y furent essayées ont-elles échoué ? Seul un bon diagnostic permettra de le comprendre, mais pour cela, il est devenu urgent de regarder la réalité en face et de cesser de mentir à l'Afrique.

Les principaux mensonges que les médias font à l'Afrique sont au nombre de quatre.

Premier mensonge : l'Afrique serait «mal partie» au moment de ses indépendances.
En 1962 René Dumont publia «L’Afrique noire est mal partie», livre qui fit sa renommée en dépit d'un titre aussi fort que faux. A l’époque, le monde en perdition n’était en effet pas l’Afrique, mais l’Asie, qui paraissait condamnée par de terrifiantes famines et de sanglants conflits (guerre civile chinoise,  guerres de Corée, guerres d’Indochine et guerres indo-pakistanaises). En comparaison, durant la décennie 1950-1960, les habitants de l'Afrique mangeaient à leur faim, étaient gratuitement soignés et pouvaient se déplacer le long de routes ou de pistes entretenues  sans risquer de se faire attaquer et rançonner... mais c'était au temps des colonies, cette époque «honteuse» dont il n'est aujourd'hui permis de parler que d'une manière négative.

Second mensonge : l'Afrique se développe
Soixante-dix ans après les indépendances, du nord au sud et de l'est à l'ouest, le continent africain est ravagé ou meurtri. De la Méditerranée aux prolongements sahariens, la dislocation libyenne entretient un foyer majeur de déstabilisation. Dans le cône austral, ce qui fut la puissante Afrique du Sud sombre lentement dans un chaos social duquel émergent encore quelques secteurs ultra-performants, cependant que la criminalité réduit peu à peu à néant la fiction du «vivre ensemble». De l'atlantique à l'Océan indien, toute la bande sahélienne est enflammée par un mouvement à la fois fondamentaliste et mafieux dont les ancrages se situent au Mali, dans le nord du Nigeria et en Somalie ; plus au sud, la Centrafrique a explosé cependant que l'immense RDC n'en finit pas de mourir. La situation est à ce point grave que les anciennes puissances coloniales sont régulièrement appelées à l'aide et que leurs interventions militaires sont demandées.
Humainement, le désastre est total avec des dizaines de milliers de boat people qui se livrent au bon vouloir de gangs qui les lancent dans de mortelles traversées en direction de la «terre promise» européenne. Les crises alimentaires sont  permanentes, les infrastructures de santé ont disparu comme l'a montré la tragédie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, l'insécurité est généralisée et la pauvreté atteint des niveaux sidérants.
Quotidiennement, les journaux et les divers organes d'information font état de famines, d'épidémies, de massacres qui montrent que le continent africain s’enfonce chaque jour un peu plus dans un néant duquel surnagent quelques îlots pétroliers.

Troisième mensonge : l'Afrique est devenue un «relais de croissance»
Cette affirmation est également fausse car, à l’exception d’enclaves dévolues à l’exportation de ressources minières confiées à des sociétés transnationales sans lien avec l’économie locale, l’Afrique est aujourd’hui largement en dehors du commerce, donc de l’économie mondiale.
Malgré le pétrole et les minerais, sa part dans les échanges mondiaux (importations plus exportations), est en effet dérisoire. De 6% en 1980, elle s’est effondrée à 2% dans la décennie 1990, avant de «remonter» à 2,8% en 2007, puis à  3,2% en 2008, 3,4% en 2010 (Rapport Economique sur l’Afrique, Addis-Abeba, 2010)  et 3,2% en 2013 (Rapport sur les échanges internationaux et intra-africains. Nations Unies, Conseil Economique et Social, Commission Economique pour l'Afrique, Addis Abeba février 2013). Commercialement, elle n'existe donc pas, même si certains pays-comptoirs connaissent une réelle prospérité.

Quatrième mensonge : la démocratie est le préalable à tout développement
Durant la «décennie 1990» il fut  postulé que si le développement avait échoué c'était par déficit de démocratie. Voilà pourquoi l’Afrique a subi, et subit encore, un véritable «diсtat démocratique» avec pour résultat le triomphe de la mathématique électorale, le pouvoir revenant automatiquement aux  ethnies les plus nombreuses grâce à l’ethno-mathématique électorale. Avec pour conséquence la multiplication des guerres, certaines ethnies minoritaires n'acceptant pas de se voir écartées du pouvoir pour l'éternité par la loi du nombre produit de l'universalisme individualiste européen.

Ces grands mensonges qui expliquent l'actuel naufrage de l'Afrique reposent sur deux grands postulats :
1-L'économie est la priorité : dans tous les modèles proposés ou imposés à l’Afrique sud saharienne, l’économique a en effet toujours été mis en avant. Or, les vrais problèmes du continent sont d'abord politiques, institutionnels et sociologiques puisqu'ils découlent de la non prise en compte de la réalité humaine qui est à base ethnique. Certes, l'ethnie n'explique pas tout, mais rien ne s'explique sans l'ethnie.

2- Le refus d'admettre la différence : les Africains n'étant pas des Européens pauvres à la peau noire, c’est parce que le corps social africain n’est pas celui de l’Europe, ou celui de l’Asie, que les modèles transposés n'y ont pas réussi. Et si la greffe européenne n'a pas pris sur le porte-greffe africain, c'est parce que, comme le dit le proverbe congolais «ce n'est pas parce qu'il pousse sur le bord du marigot qu'un arbre deviendra crocodile...»

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à b-bela. 

 https://francais.rt.com/opinions/12851-verite-afrique

Universitaire spécialiste de l'Afrique, Bernard Lugan est l'auteur de nombreux livres. Il anime un blog consacré à l'actualité et à la géopolitique de l'Afrique. Il dirige la revue par internet L'Afrique réelle www.bernard-lugan.com 

Posté samedi 2 janvier 2016 à 20:19 |  par bbela

mardi 15 décembre 2015



Début décembre la Turquie a fait entrer ses troupes en Irak sous prétexte de vouloir entraîner des soldats irakiens. Bagdad s'est vivement opposée à l'initiative turque ce qui n'a pas d'ailleurs influencé la position d'Ankara. Le président de la Turquie a expliqué que les militaires turcs y ont été envoyés en tant qu'instructeurs, leur mission étant limitée à l'entraînement. Pour Erdogan, « il est hors de question que la Turquie retire ses troupes de l'Irak ». Et pour ne pas parler dans le vide, elle a bombardé le 9 décembre les positions du Parti travailliste kurde (PKK) au Nord de l'Irak. Bagdad a alors demandé à l'Otan de faire pression sur Ankara pour qu'elle retire ses militaires. Mais sans résultat. Le refus persistant d'Erdogan a finalement poussé l'Irak à déposer une plainte au Conseil de sécurité de l'ONU. Selon l'ambassadrice des Etats-Unis Samantha Powers assurant la présidence tournante du CS de l'ONU, la requête irakienne a été enregistrée vendredi, son texte demandant que soit ordonné le retrait immédiat des troupes turques présentes en territoire irakien.

Le général de division de l'armée de terre française Vincent Desportes estime que la Turquie poursuit ses propres intérêts dans la région:



« Ce qui est sûr c'est que le problème essentiel de M. Erdogan est le Kurdistan. Je crois que nous ne sortirons pas de cette crise tant que M. Erdogan et la Turquie n'auront pas clairement décidé de quel côté ils étaient, et quel était leur véritable ennemi. Je crois qu'il faut néanmoins appeler à la sagesse des Etats (ndlr. Turquie et Irak) et rappeler M. Erdogan à ses responsabilités vis-à-vis de ses alliés et en particulier de l'Europe et des autres pays engagés dans la lutte contre Daech ». 

Des agissements continus d'Ankara rendent ses alliés perplexes. Un journal allemand met en garde contre l'escalade du conflit craignant que l'aggravation de la situation dans le nord de l'Irak ne provoque un conflit armé entre Ankara et Bagdad… Le Général Vincent Desportes estime que la Turquie représente, à l'heure actuelle, un vrai problème qui empêche de combattre Daech:

« Toute l'ambiguïté de la Turquie qu'elle est dans l'Otan sans y être, qu'elle veut être dans l'Europe sans y être et qui mène un double jeu par rapport à Daech. Son véritable ennemi n'étant pas l'EI mais les mouvements kurdes indépendantistes. La Turquie devient effectivement un danger pour tout le monde. Et la solution de la crise dans laquelle nous sommes, passe bien par la Turquie qu'il faudra ramener à la raison de manière à ce que la Turquie comprenne quels sont ses véritables intérêts et non pas ses intérêts à court terme. C'est vrai que la position de cavalier seul erratique et très ambiguë de la Turquie ne facilite pas les choses. Et le problème essentiel que les grandes puissances ont à régler aujourd'hui est bien le problème de la Turquie ».

Bien que les autorités irakiennes se soient adressées directement à l'Otan pour trouver une solution à la crise actuelle, il semble que les USA ne s'empressent pas de rappeler la Turquie à l'ordre. Le représentant du département d'Etat américain John Kirby a déclaré que la Turquie et l'Irak menaient un dialogue sur la question. « Nous le saluons et considérons que les pays doivent élaborer une solution commune », a-t-il dit. A la question de savoir si les USA prenaient en compte les inquiétudes des Irakiens, posée par une journaliste de RT, M. Kirby a répondu: « C'est encore une question ridicule… C'est tellement stupide. N'avez-vous pas honte de poser des questions pareilles? »



Selon les responsables américains, c'est donc Bagdad qui doit trouver une solution à la crise actuelle et négocier avec des importuns. Par ailleurs, les USA continuent d'inviter des troupes d'autres pays en Irak et en Syrie. Le 9 décembre le secrétaire à la Défense des États-Unis Ashton Carter a déclaré dans le Congrès qu'il s'était adressé à 40 pays constituant la coalition en proposant d'organiser des opérations spéciales et d'apporter d'autres formes de soutien aux pays en question. Bagdad a émis, à son tour, des inquiétudes sur le fait qu'elle n'ait pas son mot à dire quant à la coopération avec tel ou tel pays. La Commission de sécurité et de défense du parlement irakien a appelé donc à réviser ou à annuler même l'accord de sécurité avec les USA.
Quant aux Etats-Unis, ils s'apprêtent à renforcer leur contingent en Irak, comme l'a annoncé John Kirby, ce qui va à l'encontre des déclarations d'Obama sur l'impossibilité d'une opération terrestre.



Le candidat à l'élection présidentielle américaine Lindsey Graham indique que le déploiement des forces turques sur le territoire de l'Irak sème le doute quant aux réels enjeux de la coalition dans la région et à l'existence même d'un plan de lutte contre Daech.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

http://fr.sputniknews.com/opinion/20151214/1020258213/turquie-erdogan-irak.html

 

Tribune Libre - Général Desportes : il faut ramener la Turquie à la raison



Début décembre la Turquie a fait entrer ses troupes en Irak sous prétexte de vouloir entraîner des soldats irakiens. Bagdad s'est vivement opposée à l'initiative turque ce qui n'a pas d'ailleurs influencé la position d'Ankara. Le président de la Turquie a expliqué que les militaires turcs y ont été envoyés en tant qu'instructeurs, leur mission étant limitée à l'entraînement. Pour Erdogan, « il est hors de question que la Turquie retire ses troupes de l'Irak ». Et pour ne pas parler dans le vide, elle a bombardé le 9 décembre les positions du Parti travailliste kurde (PKK) au Nord de l'Irak. Bagdad a alors demandé à l'Otan de faire pression sur Ankara pour qu'elle retire ses militaires. Mais sans résultat. Le refus persistant d'Erdogan a finalement poussé l'Irak à déposer une plainte au Conseil de sécurité de l'ONU. Selon l'ambassadrice des Etats-Unis Samantha Powers assurant la présidence tournante du CS de l'ONU, la requête irakienne a été enregistrée vendredi, son texte demandant que soit ordonné le retrait immédiat des troupes turques présentes en territoire irakien.

Le général de division de l'armée de terre française Vincent Desportes estime que la Turquie poursuit ses propres intérêts dans la région:



« Ce qui est sûr c'est que le problème essentiel de M. Erdogan est le Kurdistan. Je crois que nous ne sortirons pas de cette crise tant que M. Erdogan et la Turquie n'auront pas clairement décidé de quel côté ils étaient, et quel était leur véritable ennemi. Je crois qu'il faut néanmoins appeler à la sagesse des Etats (ndlr. Turquie et Irak) et rappeler M. Erdogan à ses responsabilités vis-à-vis de ses alliés et en particulier de l'Europe et des autres pays engagés dans la lutte contre Daech ». 

Des agissements continus d'Ankara rendent ses alliés perplexes. Un journal allemand met en garde contre l'escalade du conflit craignant que l'aggravation de la situation dans le nord de l'Irak ne provoque un conflit armé entre Ankara et Bagdad… Le Général Vincent Desportes estime que la Turquie représente, à l'heure actuelle, un vrai problème qui empêche de combattre Daech:

« Toute l'ambiguïté de la Turquie qu'elle est dans l'Otan sans y être, qu'elle veut être dans l'Europe sans y être et qui mène un double jeu par rapport à Daech. Son véritable ennemi n'étant pas l'EI mais les mouvements kurdes indépendantistes. La Turquie devient effectivement un danger pour tout le monde. Et la solution de la crise dans laquelle nous sommes, passe bien par la Turquie qu'il faudra ramener à la raison de manière à ce que la Turquie comprenne quels sont ses véritables intérêts et non pas ses intérêts à court terme. C'est vrai que la position de cavalier seul erratique et très ambiguë de la Turquie ne facilite pas les choses. Et le problème essentiel que les grandes puissances ont à régler aujourd'hui est bien le problème de la Turquie ».

Bien que les autorités irakiennes se soient adressées directement à l'Otan pour trouver une solution à la crise actuelle, il semble que les USA ne s'empressent pas de rappeler la Turquie à l'ordre. Le représentant du département d'Etat américain John Kirby a déclaré que la Turquie et l'Irak menaient un dialogue sur la question. « Nous le saluons et considérons que les pays doivent élaborer une solution commune », a-t-il dit. A la question de savoir si les USA prenaient en compte les inquiétudes des Irakiens, posée par une journaliste de RT, M. Kirby a répondu: « C'est encore une question ridicule… C'est tellement stupide. N'avez-vous pas honte de poser des questions pareilles? »



Selon les responsables américains, c'est donc Bagdad qui doit trouver une solution à la crise actuelle et négocier avec des importuns. Par ailleurs, les USA continuent d'inviter des troupes d'autres pays en Irak et en Syrie. Le 9 décembre le secrétaire à la Défense des États-Unis Ashton Carter a déclaré dans le Congrès qu'il s'était adressé à 40 pays constituant la coalition en proposant d'organiser des opérations spéciales et d'apporter d'autres formes de soutien aux pays en question. Bagdad a émis, à son tour, des inquiétudes sur le fait qu'elle n'ait pas son mot à dire quant à la coopération avec tel ou tel pays. La Commission de sécurité et de défense du parlement irakien a appelé donc à réviser ou à annuler même l'accord de sécurité avec les USA.
Quant aux Etats-Unis, ils s'apprêtent à renforcer leur contingent en Irak, comme l'a annoncé John Kirby, ce qui va à l'encontre des déclarations d'Obama sur l'impossibilité d'une opération terrestre.



Le candidat à l'élection présidentielle américaine Lindsey Graham indique que le déploiement des forces turques sur le territoire de l'Irak sème le doute quant aux réels enjeux de la coalition dans la région et à l'existence même d'un plan de lutte contre Daech.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

http://fr.sputniknews.com/opinion/20151214/1020258213/turquie-erdogan-irak.html

 

Posté mardi 15 décembre 2015 à 10:08 |  par bbela

dimanche 13 décembre 2015

Que prépare Washington, en Syrie?!!

Que prépare Washington, en Syrie?!!

L'expert libanais, Amin Hoteith, revient, dans les colonnes du journal "Al-Bana", sur la nouvelle stratégie américaine, en Syrie, et écrit : "Les Etats Unis continuent de mettre à profit le terrorisme, au nom de la lutte contre le terrorisme, suivant la stratégie de l'OTAN, définie en 2010, laquelle consistait à instrumentaliser ce fléau. 

Les Etats Unis continuent de mettre à profit le terrorisme, au nom de la lutte contre le terrorisme, suivant la stratégie de l'OTAN, définie, en 2010, laquelle consistait à instrumentaliser ce fléau. Le texte qui décrit le rapport en 13 pages de cette stratégie confirme "la fermeture des fronts de guerre classiques de l'OTAN" et "l'ouverture, par la même occasion, de nouveaux fronts". Le texte évite, évidemment d'employer, expressément, le terme de "front", préférant, surtout, désigner tout, par "la gestion d'une grande crise, qui irait éclater, au Moyen-Orient, et qui serait très importante, pour l'OTAN. 

Les analystes ont conclu, à l'époque, à  l'émergence d'une nouvelle vague d'actions stratégiques et d'un soft power, dont le terrosime serait l'échine dorsale. Les choses se sont précisées, quand Al-Qaïda a accru ses actions, en Irak, avant de débarquer, en Syrie. 

Un Al-Qaïda, qui n'a jamais cessé d'être l'armée secrète des Etats Unis contre ses adversaires. La lutte contre ce terrorisme, là, a, ensuite, servi de prétexte aux Américains, pour ouvrir, chaque jour, un nouveau front  contre des adversaires. Daech, contre qui Washington a coalisé 63 pays, et qui a justifié le départ des avions US de l'Irak vers la Syrie, demande, selon les Américains, de 3 à 10 ans, pour être, totalement, extirpé! Cette précision ne laisse aucun doute : les Etats Unis veulent entraîner toute la région dans une spirale de guerre d'usure. 

Depuis peu, pourtant, les Etats Unis émettent le signe d'une volonté d'implication minimale, dans les guerres qu'ils ont déclenchées. En Syrie, tout comme en Irak, les Américains veulent, désormais, intervenir, de façon limitée, et la raison en est bien claire : depuis 2011, l'Amérique va d'échec en échec, en Syrie. Face à la ténacité d'Assad et de ses alliés, Washington a décidé de mettre sous pression l'Irak, pour le rallier à sa cause. L'invasion des provinces irakiennes, par Daech, est à comprendre, en ce sens. La lutte contre Daech aurait dû, en effet, convaincre Bagdad de céder aux pressions et de tourner le dos à la Syrie. Mais les choses ne se sont pas passées de cette manière. Le front Iran/Syrie/Hezbollah /Russie s' est avéré plus coriace que prévu. Chacun de ses composantes ont rempli leur part, dûment, faisant échec, une nouvelle fois, au projet américain. 

En moins de deux mois, l'initiative stratégique est tombée entre les mains des Syriens. Les frappes russes, conjuguées aux avancées fulgurantes des forces syriennes et de ses alliés du Hezbollah ont, donc, poussé les Etats Unis à changer de stratégie. Ce fut ainsi que le "Sukhoi" russe a été abattu par des missiles "made in USA, et par la Turquie. Dans le même temps, les USA ont déployé leurs forces, de façon limitée, dans l'Est de la Syrie. Ce qui a précédé le déploiement des forces spéciales turques, dans la banlieue de Mossoul. Les Américains ne se sont, toutefois, pas contentés de ces démarches.  Ils ont décidé de viser, directement, les positions de l'armée syrienne, à Deir ez-Zor. 

Tout en allongeant la liste des sanctions contre le Hezbollah. Il s'agit, pour Washington, d'assiéger le Hezbollah, en termes financiers et propagandistes. C'est, d'ailleurs, dans ce même sens, que Arab Sat a interrompu la diffusion des programmes d'Al-Manar. L'Iran la Russie la Syrie ont riposté. Pas, uniquement, en Syrie, mais aussi, en Irak et au Yémen. 

La nouvelle stratégie US se résume, donc, ainsi: 

1- L'intervention directe, sur le terrain des combats terrestres, Washington veut une coalition arabe et islamique, secondée par les frappes US, qui entrerait en action, sous prétexte de la lutte contre Daech. 

2- Le maintien d'un territoire étendu, depuis Mossoul et Al-Anbar, jusqu'à Deir ez-Zor et à Raqqa, au Sud et à l'Ouest. Le pilonnage de la base de l'armée syrienne, à Raqqa, s'est faite, dans ce même sens, pour permettre à Daech de pouvoir s'en emparer. 

3- Duper les Kurdes et créer une région indépendante, au coeur de l'axe Iran/Russie/Syrie. La carte kurde couperait, géo stratégiquement, cet axe, et servirait de monnaie d'échange, au cours de toute négociation à venir avec les adversaires. 

4- Politiquement parlant, les efforts de Washington iront mettre en échec toute solution, qui n'assurerait pas ses intérêts.

http://francophone.sahartv.ir/infos/article-i12169-syrie_nouvelle_strat%C3%A9gie_am%C3%A9ricaine

Tribune libre - Syrie: Nouvelle stratégie américaine en 5 points

Que prépare Washington, en Syrie?!!

Que prépare Washington, en Syrie?!!

L'expert libanais, Amin Hoteith, revient, dans les colonnes du journal "Al-Bana", sur la nouvelle stratégie américaine, en Syrie, et écrit : "Les Etats Unis continuent de mettre à profit le terrorisme, au nom de la lutte contre le terrorisme, suivant la stratégie de l'OTAN, définie en 2010, laquelle consistait à instrumentaliser ce fléau. 

Les Etats Unis continuent de mettre à profit le terrorisme, au nom de la lutte contre le terrorisme, suivant la stratégie de l'OTAN, définie, en 2010, laquelle consistait à instrumentaliser ce fléau. Le texte qui décrit le rapport en 13 pages de cette stratégie confirme "la fermeture des fronts de guerre classiques de l'OTAN" et "l'ouverture, par la même occasion, de nouveaux fronts". Le texte évite, évidemment d'employer, expressément, le terme de "front", préférant, surtout, désigner tout, par "la gestion d'une grande crise, qui irait éclater, au Moyen-Orient, et qui serait très importante, pour l'OTAN. 

Les analystes ont conclu, à l'époque, à  l'émergence d'une nouvelle vague d'actions stratégiques et d'un soft power, dont le terrosime serait l'échine dorsale. Les choses se sont précisées, quand Al-Qaïda a accru ses actions, en Irak, avant de débarquer, en Syrie. 

Un Al-Qaïda, qui n'a jamais cessé d'être l'armée secrète des Etats Unis contre ses adversaires. La lutte contre ce terrorisme, là, a, ensuite, servi de prétexte aux Américains, pour ouvrir, chaque jour, un nouveau front  contre des adversaires. Daech, contre qui Washington a coalisé 63 pays, et qui a justifié le départ des avions US de l'Irak vers la Syrie, demande, selon les Américains, de 3 à 10 ans, pour être, totalement, extirpé! Cette précision ne laisse aucun doute : les Etats Unis veulent entraîner toute la région dans une spirale de guerre d'usure. 

Depuis peu, pourtant, les Etats Unis émettent le signe d'une volonté d'implication minimale, dans les guerres qu'ils ont déclenchées. En Syrie, tout comme en Irak, les Américains veulent, désormais, intervenir, de façon limitée, et la raison en est bien claire : depuis 2011, l'Amérique va d'échec en échec, en Syrie. Face à la ténacité d'Assad et de ses alliés, Washington a décidé de mettre sous pression l'Irak, pour le rallier à sa cause. L'invasion des provinces irakiennes, par Daech, est à comprendre, en ce sens. La lutte contre Daech aurait dû, en effet, convaincre Bagdad de céder aux pressions et de tourner le dos à la Syrie. Mais les choses ne se sont pas passées de cette manière. Le front Iran/Syrie/Hezbollah /Russie s' est avéré plus coriace que prévu. Chacun de ses composantes ont rempli leur part, dûment, faisant échec, une nouvelle fois, au projet américain. 

En moins de deux mois, l'initiative stratégique est tombée entre les mains des Syriens. Les frappes russes, conjuguées aux avancées fulgurantes des forces syriennes et de ses alliés du Hezbollah ont, donc, poussé les Etats Unis à changer de stratégie. Ce fut ainsi que le "Sukhoi" russe a été abattu par des missiles "made in USA, et par la Turquie. Dans le même temps, les USA ont déployé leurs forces, de façon limitée, dans l'Est de la Syrie. Ce qui a précédé le déploiement des forces spéciales turques, dans la banlieue de Mossoul. Les Américains ne se sont, toutefois, pas contentés de ces démarches.  Ils ont décidé de viser, directement, les positions de l'armée syrienne, à Deir ez-Zor. 

Tout en allongeant la liste des sanctions contre le Hezbollah. Il s'agit, pour Washington, d'assiéger le Hezbollah, en termes financiers et propagandistes. C'est, d'ailleurs, dans ce même sens, que Arab Sat a interrompu la diffusion des programmes d'Al-Manar. L'Iran la Russie la Syrie ont riposté. Pas, uniquement, en Syrie, mais aussi, en Irak et au Yémen. 

La nouvelle stratégie US se résume, donc, ainsi: 

1- L'intervention directe, sur le terrain des combats terrestres, Washington veut une coalition arabe et islamique, secondée par les frappes US, qui entrerait en action, sous prétexte de la lutte contre Daech. 

2- Le maintien d'un territoire étendu, depuis Mossoul et Al-Anbar, jusqu'à Deir ez-Zor et à Raqqa, au Sud et à l'Ouest. Le pilonnage de la base de l'armée syrienne, à Raqqa, s'est faite, dans ce même sens, pour permettre à Daech de pouvoir s'en emparer. 

3- Duper les Kurdes et créer une région indépendante, au coeur de l'axe Iran/Russie/Syrie. La carte kurde couperait, géo stratégiquement, cet axe, et servirait de monnaie d'échange, au cours de toute négociation à venir avec les adversaires. 

4- Politiquement parlant, les efforts de Washington iront mettre en échec toute solution, qui n'assurerait pas ses intérêts.

http://francophone.sahartv.ir/infos/article-i12169-syrie_nouvelle_strat%C3%A9gie_am%C3%A9ricaine

Posté dimanche 13 décembre 2015 à 04:22 |  par bbela

jeudi 10 décembre 2015

Les avions de chasse américains n'ont jamais reçu l'ordre de défendre l'espace aérien turc en cas de confrontation avec l'aviation russe ou syrienne. Toutefois, cela peut changer après que la Turquie ait provoqué l'incident ayant mené à la destruction du bombardier russe Su-24.

Depuis novembre, six chasseurs américains F-15C et six chasseurs-bombardiers F-15E ont été déployés à la base aérienne d'Incirlik en Turquie.
Les forces armées aériennes américaines ne pouvaient pas présumer que la Turquie abattrait un bombardier russe aussi elles ne pouvaient pas prévoir que la Russie répondrait en envoyant à côte de Lattaquié le croiseur lance-missiles Moskva qui est équipé d'un système de défense surface-air "Fort", équivalent au système S-300. D'après The National Interest, "le système dissuasif S-300 est une menace mortelle pour les chasseurs ordinaires tels que les F-15 et F-16".

De plus, la Russie a déployé un système de défense antiaérien mobile S-400 Triumph (code Otan: SA-21 Growler) qui est "encore plus redoutable", rapporte NI. Ce système permet d'atteindre des cibles à grande portée sur le territoire turc. Les Etats-Unis supposent également que la Russie peut déployer en Syrie des chasseurs multi-rôles Su-30SM et Su-27SM.

"L'incident avec le Su-24 et la mise en place ultérieure à grande échelle d'armes russes en Syrie font augmenter la situation à un niveau critique", indique un représentant des forces armées aériennes américaines cité par NI.
En ce moment, les Etats-Unis et la Turquie élaborent un document permettant aux avions américains de défendre l'espace aérien turc. Les détails de cet accord sont encore discutés.

"Des règles d'engagements sont nécessaires pour éviter une répétition de l'incident, lorsque l'armée turque a abattu un bombardier russe Su-24", rapporte National Interest.


Rappelons que le 24 novembre, un chasseur F-16 de l'armée de l'air turque a abattu un bombardier russe Su-24 impliqué dans la campagne de frappes aériennes contre les positions de l'Etat islamique en Syrie. Selon Ankara, l'avion russe a violé son espace aérien. Moscou dément ces allégations tout en soulignant que son bombardier ne présentait aucune menace pour la Turquie.

http://fr.sputniknews.com/actualite/20151208/1020140385/triumph-turquie-moskva-antiaerienne.html

Les systèmes S-400 russes: un cauchemar pour les américains

Les avions de chasse américains n'ont jamais reçu l'ordre de défendre l'espace aérien turc en cas de confrontation avec l'aviation russe ou syrienne. Toutefois, cela peut changer après que la Turquie ait provoqué l'incident ayant mené à la destruction du bombardier russe Su-24.

Depuis novembre, six chasseurs américains F-15C et six chasseurs-bombardiers F-15E ont été déployés à la base aérienne d'Incirlik en Turquie.
Les forces armées aériennes américaines ne pouvaient pas présumer que la Turquie abattrait un bombardier russe aussi elles ne pouvaient pas prévoir que la Russie répondrait en envoyant à côte de Lattaquié le croiseur lance-missiles Moskva qui est équipé d'un système de défense surface-air "Fort", équivalent au système S-300. D'après The National Interest, "le système dissuasif S-300 est une menace mortelle pour les chasseurs ordinaires tels que les F-15 et F-16".

De plus, la Russie a déployé un système de défense antiaérien mobile S-400 Triumph (code Otan: SA-21 Growler) qui est "encore plus redoutable", rapporte NI. Ce système permet d'atteindre des cibles à grande portée sur le territoire turc. Les Etats-Unis supposent également que la Russie peut déployer en Syrie des chasseurs multi-rôles Su-30SM et Su-27SM.

"L'incident avec le Su-24 et la mise en place ultérieure à grande échelle d'armes russes en Syrie font augmenter la situation à un niveau critique", indique un représentant des forces armées aériennes américaines cité par NI.
En ce moment, les Etats-Unis et la Turquie élaborent un document permettant aux avions américains de défendre l'espace aérien turc. Les détails de cet accord sont encore discutés.

"Des règles d'engagements sont nécessaires pour éviter une répétition de l'incident, lorsque l'armée turque a abattu un bombardier russe Su-24", rapporte National Interest.


Rappelons que le 24 novembre, un chasseur F-16 de l'armée de l'air turque a abattu un bombardier russe Su-24 impliqué dans la campagne de frappes aériennes contre les positions de l'Etat islamique en Syrie. Selon Ankara, l'avion russe a violé son espace aérien. Moscou dément ces allégations tout en soulignant que son bombardier ne présentait aucune menace pour la Turquie.

http://fr.sputniknews.com/actualite/20151208/1020140385/triumph-turquie-moskva-antiaerienne.html

Posté jeudi 10 décembre 2015 à 01:51 |  par bbela

jeudi 3 décembre 2015



Et si l'Europe était un avion inachevé ? Un appareil dont on aurait construit le fuselage, le cockpit, choisi la couleur des sièges, le film à projeter à bord, mais auquel on aurait oublié d'ajouter les ailes, et, surtout, dont on ne connaîtrait pas le pilote... Difficile de prendre son envol. Cette métaphore a été déployée par un Européen convaincu, l'Italien Walter Veltroni, ancien maire de Rome et figure de la gauche transalpine, lors des Journées de Bruxelles organisées les 18 et 19 novembre par "l'Obs" avec les deux grands quotidiens belges, "le Soir" et "De Standaard".

Ces troisièmes Journées de Bruxelles avaient pour thème "Europe : dernière chance". Sans point d'interrogation. Ce titre un peu dramatique avait été choisi avant les sanglantes attaques du 13 novembre à Paris, et reflétait déjà le climat sur le continent, après une année marquée par les tergiversations sur la crise grecque et les images choquantes lors de l'afflux de réfugiés et de migrants aux frontières de l'Europe.

L'irruption du terrorisme au cœur du continent, pour la deuxième fois de l'année après "Charlie Hebdo" et l'Hyper Cacher à Paris en janvier, n'a fait que renforcer la force du titre de ces Journées, tant l'Europe est apparue à côté de la plaque aux yeux de ses citoyens : échec du renseignement, manque de coordination face à une menace commune, tolérance ou laxisme vis-à-vis de foyers de radicalisation islamiste...

Face aux préoccupations des citoyens

En venant devant le public du palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, savait qu'il n'aurait pas la tâche facile. Il a en effet été confronté à des questions directes de citoyens européens préoccupés ou indignés, certains s'inquiétant des failles dans le renseignement qui permettent à des terroristes d'aller et venir en Europe sans être repérés, d'autres des menaces sur les libertés publiques face aux législations d'exception, ou encore de l'absence de réponse au comportement du Premier ministre hongrois Viktor Orban sur le dossier des réfugiés.
Cette liste de questions résumait bien les préoccupations des citoyens européens à une Europe qui a raté plusieurs rendez-vous avec l'histoire récente.
 
Plus de 3.500 personnes ont assisté aux Journées de Bruxelles.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")


Le président de la Commission a d'emblée pris ses distances avec le mot de "guerre" employé par François Hollande dans son discours au Congrès à Versailles. Commentaire de Jean-Claude Juncker :
Guerre ? Je n'aime pas utiliser des termes dont je ne mesure pas les prolongements. Cela aide qui de parler de 'guerre' ? Oui, il y a eu des actes de guerre sur le territoire européen. Je n'exclurais pas la nécessité militaire, mais il ne faut pas donner des réponses simples à des questions difficiles. C'est une confrontation qui va durer et qui aura des conséquences."

"FBI européen" ?

Jean-Claude Juncker n'emploie pas l'acronyme "Daech" privilégié par les dirigeants français, ni même le nom complet d'"Etat islamique". Il préfère ses simples initiales, "EI" :
L'EI est l'ennemi numéro un de l'Europe. Il faut tout faire pour mettre un terme à sa barbarie galopante. Les grands Etats doivent travailler ensemble contre l'EI, et mettre de côté leurs différences."
Il s'est prononcé en faveur d'une "meilleure coopération" entre les services de renseignement, déplorant au passage "l'absence d'une certaine idée de l'Europe", et qualifiant la Belgique, plusieurs fois mise en cause dans les enquêtes sur les dossiers terroristes, de "maillon faible".
Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")


Juste avant lui, l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt était allé dans le même sens, en soulignant que la simple coordination entre services de renseignement "ne suffit pas". Il a plaidé pour un "FBI européen", avec un échange "obligatoire" d'informations :
Imaginez qu'aux Etats-Unis, certains Etats refusent de participer au FBI, on les traiterait de fous. Ça se passe comme ça en Europe. Cette fois, j'espère, on surmontera le refus de certains Etats pour franchir ce pas décisif."

"Veiller au maintien des libertés publiques"

Mais le président de la Commission européenne a également insisté sur les réponses non-sécuritaires à ce défi.
C'est dans notre nid que ça se passe. Notre réponse doit aussi passer par la culture, par le sport, par toutes les activités que les Européens aiment faire ensemble."
 
Le débat "la Culture comme résistance". (Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

L'ancien Premier ministre luxembourgeois, à la tête de la Commission depuis un peu plus d'un an, a répondu aux craintes issues du public de voir les libertés sacrifiées sur l'autel de la sécurité contre le terrorisme :
Les Etats-Unis avaient exagéré après le 11-Septembre. Il faut opposer au terrorisme la force et la raison. Il faut veiller au maintien des libertés publiques, qui sont notre modèle. Et j'en suis sûr : François Hollande ne tuera pas les libertés publiques."

"Repli identitaire" ou "Etats-Unis d'Europe" ?

Mais l'Europe est-elle encore capable de ce sursaut espéré alors qu'elle s'est montrée si faible, si inconsistante face aux défis de cette année ? C'est lors d'un débat passionné, animé par Matthieu Croissandeau, directeur de "l'Obs", et Maroun Labaki, chef du service Monde du quotidien "le Soir", que Walter Veltroni a émis sa métaphore de l'avion. Son verdict est sans appel :
L'Europe a fait des choses extraordinaires dans les années 1980 et 1990, l'abolition des frontières intérieures, la monnaie unique, etc., et puis on s'est arrêté. Mais nous sommes à mi-parcours, et on ne peut pas en rester là. L'Europe doit choisir : terminer la fabrication de l'avion, ou s'arrêter."
L'ancien maire de Rome a souligné que "la peur est aujourd'hui dominante dans les opinions publiques", avec comme conséquence la montée des demandes identitaires. Pour Walter Veltroni, il faudra donc choisir : "Soit le repli identitaire", soit "les Etats-Unis d'Europe". Ou, pour reprendre sa métaphore, "soit terminer l'avion, soit retourner sur terre". Et il ajoute : "Personnellement, je suis pour terminer la construction de l'avion."
 
Walter Veltroni, ancien maire de Rome et Européen convaincu.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

Un "système d'institutions paralytiques"

Face à lui, l'ancien Premier ministre Michel Rocard affiche un pessimisme total. Suscitant un certain émoi chez les autres intervenants et dans la salle, il a lancé :
L'Europe, c'est fini, on a raté le coche, c'est trop tard."
Sombre, Michel Rocard a constaté que "le monde se refait dans la force, mais que l'Europe a baissé les bras. Les dépenses de défense sont au plus bas depuis cent cinquante ans, les citoyens de l'Union européenne sont joyeux de ne plus s'occuper des problèmes du monde". A ses yeux, l'Europe s'est dotée d'un "système d'institutions paralytiques", des institutions qui "tuent le leadership". Il a plaidé à l'opposé pour un "civisme mondial" autour des grandes questions comme le climat, la laïcité, etc.
En écho à Michel Rocard, dans un autre débat, l'ancien commissaire européen Pascal Lamy a évoqué les loupés européens sur le plan économique :
Il y a des menaces sur la position compétitive de l'Union, nous avons perdu des places, nous ne sommes pas assez compétitifs sur l'économie numérique, mais nous continuons de nous battre sur le plombier polonais."
 
Pascal Lamy et Cecilia Malmström. (Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

Danger populiste

Il appartenait à Martin Schulz, le président du Parlement européen, un élu social-démocrate allemand, de redonner de l'espoir en employant le mot "courage". Il a plaidé pour "un leadership européen capable de courage à un moment de découragement, capable d'émettre des opinions claires et de faire front. Il faut le courage de se confronter avec ceux qui disent que la solution est dans le repli sur une communauté de nations souveraines alors que c'est justement la source de la crise actuelle. La réponse au défi global serait le repli ? Des barbelés autour de chaque pays ? Mais les réfugiés ne se laissent pas arrêter par les barbelés." Pour Martin Schulz, nous assistons à une vague de "désolidarisation" dans nos sociétés qui gagne le champ politique intergouvernemental.
La renationalisation met en cause tous les succès de l'après-guerre."
En réponse à une question de la salle, il s'est même inquiété de la présence d'élus ouvertement et "véritablement fascistes" au Parlement européen, bien plus dangereux à ses yeux que les "populistes". L'eurodéputé allemand a déploré le manque de courage de la classe politique actuelle en Europe :
Il faut avoir le courage de dire ce qu'on croit et pas ce qui est opportun pour gagner les prochaines élections. Or je vois le découragement intégral. Les gens ne disent pas ce qu'ils pensent ou ce qu'ils savent. C'est du cynisme de savoir et de ne pas le dire ouvertement, ou seulement à huis clos."
 
Martin Schulz, président du Parlement européen.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

La politique "caricature"

Lors d'une autre table ronde, l'ancien ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a fait écho à ces propos en revenant, avec une grande franchise, sur sa carrière politique à laquelle il a mis fin en se consacrant à des missions internationales dans le cadre des Nations unies sur les "financements innovants". Il a admis qu'il avait été une "caricature" d'homme politique, d'abord soucieux de sa carrière et des rivalités internes à sa famille... Une mentalité fort répandue qui, a-t-il dit, privilégie la victoire à l'échéance électorale proche au détriment des enjeux de la société ou du monde.
Visiblement libéré par son changement de cap, il a plaidé pour la prise en compte des grands enjeux planétaires comme la santé, citant le fait qu'il suffit d'un euro pour sauver un enfant de maladies guérissables, mais que des systèmes de financement innovants (et indolores) comme la taxe sur les billets d'avion ou sur les transactions financières se heurtent encore à de fortes réticences.
 
Philippe Douste-Blazy, Plantu et Yvan Mayeur, le bourgmestre de Bruxelles.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

"Merci et au revoir"

L'indispensable sursaut européen face aux questions qui dépassent le cadre national passe-t-il par un nouveau big bang institutionnel ? Certains voient une opportunité de remise à plat dans la demande du Royaume-Uni de renégocier certains aspects des Traités avant un référendum sur le "Brexit", la sortie du pays de l'Union européenne.
Participant aux Journées de Bruxelles, Denis MacShane, l'ancien ministre britannique des Affaires européennes de l'époque de Tony Blair et du New Labour, a ironiquement commencé son intervention par un retentissant "merci et au revoir", pour bien faire comprendre que la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE était une réelle possibilité. Il a critiqué une Europe "centrifuge", "très IVe République", et a beaucoup fait rire en racontant comment, avant les élections européennes de 2009, le Parti socialiste européen cherchait des idées pour un programme paneuropéen :
Quand on a parlé d'énergie, les Français ont dit 'nucléaire', mais les Allemands ont dit 'nein' ; quand on a parlé d'agriculture, ce sont les Français qui ont dit 'non', pas touche à la PAC ; quand on a parlé de droits des animaux, les Espagnols ont été embarrassés"...
Il a déploré l'inexistence d'intellectuels ou de journalistes reconnus à travers les frontières de l'Europe.
 
Michel Rocard et Denis MacShane. (Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

Vers une Europe à plusieurs vitesses ?

L'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, président du groupe libéral (ALDE) au Parlement européen, répond "chiche" aux Britanniques. "Merci David !", s'est-il exclamé dès la première session des Journées de Bruxelles, faisant référence au chef du gouvernement britannique, David Cameron, et à son "Brexit". Il a précisé :
Merci David, car il nous donne la possibilité de revoir le chantier institutionnel de l'Europe."
Pas tout de suite, mais après les élections française et allemande de 2017... "Il faut dire 'oui' à Cameron, pas sur ses propres demandes, mais s'il veut A, B et C, il doit nous donner de D à Z."
En d'autres termes, dire oui à une Europe à plusieurs vitesses, question posée depuis longtemps et jamais tranchée, mais que la demande britannique de "moins d'Europe" peut permettre de régler en laissant ceux qui le désirent aller vers "plus d'Europe".
Guy Verhofstadt - à gauche-, président de l'Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l'Europe au Parlement. (Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

"Rouvrir le chantier institutionnel"

Guy Verhofstadt est un euro-enthousiaste sans limites, et ne dément pas lorsque Renaud Dély, rédacteur en chef de "l'Obs", lui fait remarquer ironiquement qu'il est "le dernier fédéraliste" du continent... Même s'il reconnaît que ceux qui critiquent l'Union européenne en ce moment, sur les réfugiés ou le terrorisme, "ont raison". "Mais, ajoute-t-il, la solution, c'est l'Europe. Le changement climatique, le crime organisé, le terrorisme ne s'arrêtent pas aux frontières nationales. Le rétablissement des frontières comme le préconise Marine Le Pen créera plus de problèmes qu'il n'en résoudra." A ses yeux, il faut plus de "politique" en Europe :
C'est la politique qui est importante. Les institutions de l'Europe ne sont plus adaptées au monde d'aujourd'hui. Il faut rouvrir le chantier institutionnel."
Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, lui a indirectement répondu, deux heures plus tard, en estimant que le moment n'était pas venu de discuter des institutions. La blessure de 2005 et du référendum français sur le projet de Traité européen est encore présente...

Que faire en Syrie

Dans ce contexte lourd, peu porteur d'espoir, il existe aussi des éléments plus positifs. Federica Mogherini, cette femme politique italienne de 42 ans, nommée depuis un peu plus d'un an au poste de haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité, est venue en donner certains. Lors d'un débat important avec deux vétérans de la politique internationale, l'ancien chef de la diplomatie française Hubert Védrine, et l'ancien ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, Federica Mogherini a décrit le changement de paradigme diplomatique autour de la guerre en Syrie, avec le processus de négociations de Vienne. Elle a été plus précise encore dans une interview accordée, en marge des Journées, à "l'Obs", au "Soir" et à "De Standaard" :
Nous avons la possibilité, peut-être pour la première fois concrètement, d'avoir une transition politique en Syrie qui pourrait mettre fin à la guerre."
"Ce qui s'est passé à Paris, mais aussi avant cela l'attentat à Beyrouth, l'attentat contre l'avion russe et celui en Turquie n'ont pas été sans effet sur la dynamique syrienne. Cela peut constituer un accélérateur du processus politique autour de la Syrie. Chacun comprend et devrait comprendre que la priorité numéro un doit être non pas de combattre Daech pour qu'Assad puisse rester en place - ce serait irréaliste après quatre ans de guerre civile - la priorité numéro un doit être de combattre parallèlement Daech avec l'effort international le plus large possible, et entamer le processus de transition politique à Damas. Les deux processus peuvent se renforcer l'un l'autre. Ce qui s'est passé à Paris et dans les semaines précédentes est une façon de dire aux acteurs régionaux : maintenant, cela suffit."
 
Débat entre Federica Mogherini, Hubert Védrine et Miguel Angel Moratinos.
(Pierre-Yves Thienpont/"Le Soir")

"Manque de confiance et de cohérence"

Federica Mogherini ne pratique pas la langue de bois. Devant le public du palais des Beaux-Arts, elle a eu des mots forts. Interrogée sur le malaise européen, elle répond :
Il manque la confiance en nous et la cohérence. Vous n'avez pas idée des dégâts que la gestion des réfugiés a produits sur notre image. Une superpuissance qui panique face à quelques centaines de milliers de réfugiés ? C'est une honte ! Et on veut résoudre le conflit du Moyen-Orient ?"
Mais elle se veut positive :
Chaque jour, je vois beaucoup plus d'intérêts communs que de différences. L'important est de faire émerger cette communauté d'intérêts."
Hubert Védrine l'écoute, et lui demande : "Vous voulez dire que la dynamique est plus forte que la différence ?" "Exactement", répond la haute représentante.

"Corriger les erreurs"

L'ancien ministre français a souligné pour sa part l'importance de ce moment dans la diplomatie mondiale.
Nous avons la possibilité de corriger une bonne partie des erreurs qui ont été commises depuis la fin de la guerre froide."
C'est ce qu'a estimé Hubert Védrine en commentant le changement de cap français sur la Syrie, qu'il approuve, avec la main tendue à Vladimir Poutine et Barack Obama pour faire une seule, grande coalition contre Daech.
Il y a deux mois à Moscou, lors d'un précédent forum de "l'Obs", Hubert Védrine avait listé, à un moment de grand froid entre Moscou et l'Union européenne, les erreurs qui, selon lui, avaient été commises depuis la fin de l'URSS en 1991. A commencer par le fait de vouloir réduire la Russie à un rôle marginal. Aujourd'hui, avec l'émergence d'un adversaire commun, la nouvelle guerre froide cède le pas à un rapprochement potentiellement fécond.

Sursaut européen

Mais, dans notre interview, Federica Mogherini reste prudente : "Si la Russie s'implique de façon plus responsable et constructive dans la communauté internationale, cela ne pourra que contribuer à notre relation bilatérale, qui était bonne avant la crise ukrainienne, et qui n'a pas mal tourné par un changement d'humeur quelconque, mais à cause de violations graves de lois internationales. Je pense que c'est la mise en œuvre complète des accords de Minsk [sur l'Ukraine, NDLR] qui aura un effet déterminant sur le rétablissement complet d'une relation bilatérale de coopération de l'UE avec la Russie. D'un autre côté, je pense qu'il sera bon de considérer qu'il n'y a pas de donnant donnant entre Syrie et Ukraine : nous n'abaisserons pas nos attentes sur l'Ukraine."
On peut regretter qu'il ait fallu la tragédie syrienne et ses conséquences sur l'exode des réfugiés ou le terrorisme, pour rapprocher les points de vue, et, peut-être, permettre un sursaut européen. Mais l'Europe elle-même est née des ruines de la Seconde Guerre mondiale... "Europe, la dernière chance" proclamaient les Journées de Bruxelles : à écouter les intervenants, il y a encore une possibilité que cette "chance" soit saisie. Ou, pour reprendre la métaphore de Walter Veltroni, qu'on se décide enfin à terminer la construction de l'avion européen.
Pierre Haski


http://tempsreel.nouvelobs.com/journees-de-bruxelles/20151127.OBS0263/michel-rocard-l-europe-c-est-fini-on-a-rate-le-coche.html

#France, Michel Rocard : "L'Europe c'est fini, on a raté le coche"



Et si l'Europe était un avion inachevé ? Un appareil dont on aurait construit le fuselage, le cockpit, choisi la couleur des sièges, le film à projeter à bord, mais auquel on aurait oublié d'ajouter les ailes, et, surtout, dont on ne connaîtrait pas le pilote... Difficile de prendre son envol. Cette métaphore a été déployée par un Européen convaincu, l'Italien Walter Veltroni, ancien maire de Rome et figure de la gauche transalpine, lors des Journées de Bruxelles organisées les 18 et 19 novembre par "l'Obs" avec les deux grands quotidiens belges, "le Soir" et "De Standaard".

Ces troisièmes Journées de Bruxelles avaient pour thème "Europe : dernière chance". Sans point d'interrogation. Ce titre un peu dramatique avait été choisi avant les sanglantes attaques du 13 novembre à Paris, et reflétait déjà le climat sur le continent, après une année marquée par les tergiversations sur la crise grecque et les images choquantes lors de l'afflux de réfugiés et de migrants aux frontières de l'Europe.

L'irruption du terrorisme au cœur du continent, pour la deuxième fois de l'année après "Charlie Hebdo" et l'Hyper Cacher à Paris en janvier, n'a fait que renforcer la force du titre de ces Journées, tant l'Europe est apparue à côté de la plaque aux yeux de ses citoyens : échec du renseignement, manque de coordination face à une menace commune, tolérance ou laxisme vis-à-vis de foyers de radicalisation islamiste...

Face aux préoccupations des citoyens

En venant devant le public du palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, savait qu'il n'aurait pas la tâche facile. Il a en effet été confronté à des questions directes de citoyens européens préoccupés ou indignés, certains s'inquiétant des failles dans le renseignement qui permettent à des terroristes d'aller et venir en Europe sans être repérés, d'autres des menaces sur les libertés publiques face aux législations d'exception, ou encore de l'absence de réponse au comportement du Premier ministre hongrois Viktor Orban sur le dossier des réfugiés.
Cette liste de questions résumait bien les préoccupations des citoyens européens à une Europe qui a raté plusieurs rendez-vous avec l'histoire récente.
 
Plus de 3.500 personnes ont assisté aux Journées de Bruxelles.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")


Le président de la Commission a d'emblée pris ses distances avec le mot de "guerre" employé par François Hollande dans son discours au Congrès à Versailles. Commentaire de Jean-Claude Juncker :
Guerre ? Je n'aime pas utiliser des termes dont je ne mesure pas les prolongements. Cela aide qui de parler de 'guerre' ? Oui, il y a eu des actes de guerre sur le territoire européen. Je n'exclurais pas la nécessité militaire, mais il ne faut pas donner des réponses simples à des questions difficiles. C'est une confrontation qui va durer et qui aura des conséquences."

"FBI européen" ?

Jean-Claude Juncker n'emploie pas l'acronyme "Daech" privilégié par les dirigeants français, ni même le nom complet d'"Etat islamique". Il préfère ses simples initiales, "EI" :
L'EI est l'ennemi numéro un de l'Europe. Il faut tout faire pour mettre un terme à sa barbarie galopante. Les grands Etats doivent travailler ensemble contre l'EI, et mettre de côté leurs différences."
Il s'est prononcé en faveur d'une "meilleure coopération" entre les services de renseignement, déplorant au passage "l'absence d'une certaine idée de l'Europe", et qualifiant la Belgique, plusieurs fois mise en cause dans les enquêtes sur les dossiers terroristes, de "maillon faible".
Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")


Juste avant lui, l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt était allé dans le même sens, en soulignant que la simple coordination entre services de renseignement "ne suffit pas". Il a plaidé pour un "FBI européen", avec un échange "obligatoire" d'informations :
Imaginez qu'aux Etats-Unis, certains Etats refusent de participer au FBI, on les traiterait de fous. Ça se passe comme ça en Europe. Cette fois, j'espère, on surmontera le refus de certains Etats pour franchir ce pas décisif."

"Veiller au maintien des libertés publiques"

Mais le président de la Commission européenne a également insisté sur les réponses non-sécuritaires à ce défi.
C'est dans notre nid que ça se passe. Notre réponse doit aussi passer par la culture, par le sport, par toutes les activités que les Européens aiment faire ensemble."
 
Le débat "la Culture comme résistance". (Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

L'ancien Premier ministre luxembourgeois, à la tête de la Commission depuis un peu plus d'un an, a répondu aux craintes issues du public de voir les libertés sacrifiées sur l'autel de la sécurité contre le terrorisme :
Les Etats-Unis avaient exagéré après le 11-Septembre. Il faut opposer au terrorisme la force et la raison. Il faut veiller au maintien des libertés publiques, qui sont notre modèle. Et j'en suis sûr : François Hollande ne tuera pas les libertés publiques."

"Repli identitaire" ou "Etats-Unis d'Europe" ?

Mais l'Europe est-elle encore capable de ce sursaut espéré alors qu'elle s'est montrée si faible, si inconsistante face aux défis de cette année ? C'est lors d'un débat passionné, animé par Matthieu Croissandeau, directeur de "l'Obs", et Maroun Labaki, chef du service Monde du quotidien "le Soir", que Walter Veltroni a émis sa métaphore de l'avion. Son verdict est sans appel :
L'Europe a fait des choses extraordinaires dans les années 1980 et 1990, l'abolition des frontières intérieures, la monnaie unique, etc., et puis on s'est arrêté. Mais nous sommes à mi-parcours, et on ne peut pas en rester là. L'Europe doit choisir : terminer la fabrication de l'avion, ou s'arrêter."
L'ancien maire de Rome a souligné que "la peur est aujourd'hui dominante dans les opinions publiques", avec comme conséquence la montée des demandes identitaires. Pour Walter Veltroni, il faudra donc choisir : "Soit le repli identitaire", soit "les Etats-Unis d'Europe". Ou, pour reprendre sa métaphore, "soit terminer l'avion, soit retourner sur terre". Et il ajoute : "Personnellement, je suis pour terminer la construction de l'avion."
 
Walter Veltroni, ancien maire de Rome et Européen convaincu.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

Un "système d'institutions paralytiques"

Face à lui, l'ancien Premier ministre Michel Rocard affiche un pessimisme total. Suscitant un certain émoi chez les autres intervenants et dans la salle, il a lancé :
L'Europe, c'est fini, on a raté le coche, c'est trop tard."
Sombre, Michel Rocard a constaté que "le monde se refait dans la force, mais que l'Europe a baissé les bras. Les dépenses de défense sont au plus bas depuis cent cinquante ans, les citoyens de l'Union européenne sont joyeux de ne plus s'occuper des problèmes du monde". A ses yeux, l'Europe s'est dotée d'un "système d'institutions paralytiques", des institutions qui "tuent le leadership". Il a plaidé à l'opposé pour un "civisme mondial" autour des grandes questions comme le climat, la laïcité, etc.
En écho à Michel Rocard, dans un autre débat, l'ancien commissaire européen Pascal Lamy a évoqué les loupés européens sur le plan économique :
Il y a des menaces sur la position compétitive de l'Union, nous avons perdu des places, nous ne sommes pas assez compétitifs sur l'économie numérique, mais nous continuons de nous battre sur le plombier polonais."
 
Pascal Lamy et Cecilia Malmström. (Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

Danger populiste

Il appartenait à Martin Schulz, le président du Parlement européen, un élu social-démocrate allemand, de redonner de l'espoir en employant le mot "courage". Il a plaidé pour "un leadership européen capable de courage à un moment de découragement, capable d'émettre des opinions claires et de faire front. Il faut le courage de se confronter avec ceux qui disent que la solution est dans le repli sur une communauté de nations souveraines alors que c'est justement la source de la crise actuelle. La réponse au défi global serait le repli ? Des barbelés autour de chaque pays ? Mais les réfugiés ne se laissent pas arrêter par les barbelés." Pour Martin Schulz, nous assistons à une vague de "désolidarisation" dans nos sociétés qui gagne le champ politique intergouvernemental.
La renationalisation met en cause tous les succès de l'après-guerre."
En réponse à une question de la salle, il s'est même inquiété de la présence d'élus ouvertement et "véritablement fascistes" au Parlement européen, bien plus dangereux à ses yeux que les "populistes". L'eurodéputé allemand a déploré le manque de courage de la classe politique actuelle en Europe :
Il faut avoir le courage de dire ce qu'on croit et pas ce qui est opportun pour gagner les prochaines élections. Or je vois le découragement intégral. Les gens ne disent pas ce qu'ils pensent ou ce qu'ils savent. C'est du cynisme de savoir et de ne pas le dire ouvertement, ou seulement à huis clos."
 
Martin Schulz, président du Parlement européen.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

La politique "caricature"

Lors d'une autre table ronde, l'ancien ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a fait écho à ces propos en revenant, avec une grande franchise, sur sa carrière politique à laquelle il a mis fin en se consacrant à des missions internationales dans le cadre des Nations unies sur les "financements innovants". Il a admis qu'il avait été une "caricature" d'homme politique, d'abord soucieux de sa carrière et des rivalités internes à sa famille... Une mentalité fort répandue qui, a-t-il dit, privilégie la victoire à l'échéance électorale proche au détriment des enjeux de la société ou du monde.
Visiblement libéré par son changement de cap, il a plaidé pour la prise en compte des grands enjeux planétaires comme la santé, citant le fait qu'il suffit d'un euro pour sauver un enfant de maladies guérissables, mais que des systèmes de financement innovants (et indolores) comme la taxe sur les billets d'avion ou sur les transactions financières se heurtent encore à de fortes réticences.
 
Philippe Douste-Blazy, Plantu et Yvan Mayeur, le bourgmestre de Bruxelles.
(Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

"Merci et au revoir"

L'indispensable sursaut européen face aux questions qui dépassent le cadre national passe-t-il par un nouveau big bang institutionnel ? Certains voient une opportunité de remise à plat dans la demande du Royaume-Uni de renégocier certains aspects des Traités avant un référendum sur le "Brexit", la sortie du pays de l'Union européenne.
Participant aux Journées de Bruxelles, Denis MacShane, l'ancien ministre britannique des Affaires européennes de l'époque de Tony Blair et du New Labour, a ironiquement commencé son intervention par un retentissant "merci et au revoir", pour bien faire comprendre que la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE était une réelle possibilité. Il a critiqué une Europe "centrifuge", "très IVe République", et a beaucoup fait rire en racontant comment, avant les élections européennes de 2009, le Parti socialiste européen cherchait des idées pour un programme paneuropéen :
Quand on a parlé d'énergie, les Français ont dit 'nucléaire', mais les Allemands ont dit 'nein' ; quand on a parlé d'agriculture, ce sont les Français qui ont dit 'non', pas touche à la PAC ; quand on a parlé de droits des animaux, les Espagnols ont été embarrassés"...
Il a déploré l'inexistence d'intellectuels ou de journalistes reconnus à travers les frontières de l'Europe.
 
Michel Rocard et Denis MacShane. (Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

Vers une Europe à plusieurs vitesses ?

L'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, président du groupe libéral (ALDE) au Parlement européen, répond "chiche" aux Britanniques. "Merci David !", s'est-il exclamé dès la première session des Journées de Bruxelles, faisant référence au chef du gouvernement britannique, David Cameron, et à son "Brexit". Il a précisé :
Merci David, car il nous donne la possibilité de revoir le chantier institutionnel de l'Europe."
Pas tout de suite, mais après les élections française et allemande de 2017... "Il faut dire 'oui' à Cameron, pas sur ses propres demandes, mais s'il veut A, B et C, il doit nous donner de D à Z."
En d'autres termes, dire oui à une Europe à plusieurs vitesses, question posée depuis longtemps et jamais tranchée, mais que la demande britannique de "moins d'Europe" peut permettre de régler en laissant ceux qui le désirent aller vers "plus d'Europe".
Guy Verhofstadt - à gauche-, président de l'Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l'Europe au Parlement. (Bruno Coutier/Jean-Yves Lacôte pour "l'Obs")

"Rouvrir le chantier institutionnel"

Guy Verhofstadt est un euro-enthousiaste sans limites, et ne dément pas lorsque Renaud Dély, rédacteur en chef de "l'Obs", lui fait remarquer ironiquement qu'il est "le dernier fédéraliste" du continent... Même s'il reconnaît que ceux qui critiquent l'Union européenne en ce moment, sur les réfugiés ou le terrorisme, "ont raison". "Mais, ajoute-t-il, la solution, c'est l'Europe. Le changement climatique, le crime organisé, le terrorisme ne s'arrêtent pas aux frontières nationales. Le rétablissement des frontières comme le préconise Marine Le Pen créera plus de problèmes qu'il n'en résoudra." A ses yeux, il faut plus de "politique" en Europe :
C'est la politique qui est importante. Les institutions de l'Europe ne sont plus adaptées au monde d'aujourd'hui. Il faut rouvrir le chantier institutionnel."
Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, lui a indirectement répondu, deux heures plus tard, en estimant que le moment n'était pas venu de discuter des institutions. La blessure de 2005 et du référendum français sur le projet de Traité européen est encore présente...

Que faire en Syrie

Dans ce contexte lourd, peu porteur d'espoir, il existe aussi des éléments plus positifs. Federica Mogherini, cette femme politique italienne de 42 ans, nommée depuis un peu plus d'un an au poste de haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité, est venue en donner certains. Lors d'un débat important avec deux vétérans de la politique internationale, l'ancien chef de la diplomatie française Hubert Védrine, et l'ancien ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, Federica Mogherini a décrit le changement de paradigme diplomatique autour de la guerre en Syrie, avec le processus de négociations de Vienne. Elle a été plus précise encore dans une interview accordée, en marge des Journées, à "l'Obs", au "Soir" et à "De Standaard" :
Nous avons la possibilité, peut-être pour la première fois concrètement, d'avoir une transition politique en Syrie qui pourrait mettre fin à la guerre."
"Ce qui s'est passé à Paris, mais aussi avant cela l'attentat à Beyrouth, l'attentat contre l'avion russe et celui en Turquie n'ont pas été sans effet sur la dynamique syrienne. Cela peut constituer un accélérateur du processus politique autour de la Syrie. Chacun comprend et devrait comprendre que la priorité numéro un doit être non pas de combattre Daech pour qu'Assad puisse rester en place - ce serait irréaliste après quatre ans de guerre civile - la priorité numéro un doit être de combattre parallèlement Daech avec l'effort international le plus large possible, et entamer le processus de transition politique à Damas. Les deux processus peuvent se renforcer l'un l'autre. Ce qui s'est passé à Paris et dans les semaines précédentes est une façon de dire aux acteurs régionaux : maintenant, cela suffit."
 
Débat entre Federica Mogherini, Hubert Védrine et Miguel Angel Moratinos.
(Pierre-Yves Thienpont/"Le Soir")

"Manque de confiance et de cohérence"

Federica Mogherini ne pratique pas la langue de bois. Devant le public du palais des Beaux-Arts, elle a eu des mots forts. Interrogée sur le malaise européen, elle répond :
Il manque la confiance en nous et la cohérence. Vous n'avez pas idée des dégâts que la gestion des réfugiés a produits sur notre image. Une superpuissance qui panique face à quelques centaines de milliers de réfugiés ? C'est une honte ! Et on veut résoudre le conflit du Moyen-Orient ?"
Mais elle se veut positive :
Chaque jour, je vois beaucoup plus d'intérêts communs que de différences. L'important est de faire émerger cette communauté d'intérêts."
Hubert Védrine l'écoute, et lui demande : "Vous voulez dire que la dynamique est plus forte que la différence ?" "Exactement", répond la haute représentante.

"Corriger les erreurs"

L'ancien ministre français a souligné pour sa part l'importance de ce moment dans la diplomatie mondiale.
Nous avons la possibilité de corriger une bonne partie des erreurs qui ont été commises depuis la fin de la guerre froide."
C'est ce qu'a estimé Hubert Védrine en commentant le changement de cap français sur la Syrie, qu'il approuve, avec la main tendue à Vladimir Poutine et Barack Obama pour faire une seule, grande coalition contre Daech.
Il y a deux mois à Moscou, lors d'un précédent forum de "l'Obs", Hubert Védrine avait listé, à un moment de grand froid entre Moscou et l'Union européenne, les erreurs qui, selon lui, avaient été commises depuis la fin de l'URSS en 1991. A commencer par le fait de vouloir réduire la Russie à un rôle marginal. Aujourd'hui, avec l'émergence d'un adversaire commun, la nouvelle guerre froide cède le pas à un rapprochement potentiellement fécond.

Sursaut européen

Mais, dans notre interview, Federica Mogherini reste prudente : "Si la Russie s'implique de façon plus responsable et constructive dans la communauté internationale, cela ne pourra que contribuer à notre relation bilatérale, qui était bonne avant la crise ukrainienne, et qui n'a pas mal tourné par un changement d'humeur quelconque, mais à cause de violations graves de lois internationales. Je pense que c'est la mise en œuvre complète des accords de Minsk [sur l'Ukraine, NDLR] qui aura un effet déterminant sur le rétablissement complet d'une relation bilatérale de coopération de l'UE avec la Russie. D'un autre côté, je pense qu'il sera bon de considérer qu'il n'y a pas de donnant donnant entre Syrie et Ukraine : nous n'abaisserons pas nos attentes sur l'Ukraine."
On peut regretter qu'il ait fallu la tragédie syrienne et ses conséquences sur l'exode des réfugiés ou le terrorisme, pour rapprocher les points de vue, et, peut-être, permettre un sursaut européen. Mais l'Europe elle-même est née des ruines de la Seconde Guerre mondiale... "Europe, la dernière chance" proclamaient les Journées de Bruxelles : à écouter les intervenants, il y a encore une possibilité que cette "chance" soit saisie. Ou, pour reprendre la métaphore de Walter Veltroni, qu'on se décide enfin à terminer la construction de l'avion européen.
Pierre Haski


http://tempsreel.nouvelobs.com/journees-de-bruxelles/20151127.OBS0263/michel-rocard-l-europe-c-est-fini-on-a-rate-le-coche.html

Posté jeudi 3 décembre 2015 à 00:00 |  par bbela

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