L'enlèvement, le lieu de détention et les conditions de libération des
trois religieux occidentaux suscitent moult inquiétudes.
Qu'on le reconnaisse au moins, la libération de la sœur canadienne
Gilberte Buissière et des deux prêtres italiens, Giampaolo Marta et
Ginantonio Allegri est une grande victoire pour la diplomatie
camerounaise. Ailleurs, le bilan des libérations est souvent lourd :
pertes en vies humaines, gros dégâts matériels. Le dénouement de
l'affaire des trois religieux occidentaux s'est fait sans effusions.
Mais, certains points de cette affaire suscitent des inquiétudes
légitimes : qui a enlevé les trois religieux ? Où étaient-ils cachés ?
Et comment ont-ils été libérés ?
Dimanche dernier, lors de leur arrivée à l'aéroport international de
Yaoundé-Nsimalen, les trois ex-otages ont déclaré avoir été «bien
traités» par leurs ravisseurs. Aucune autre déclaration n'a été faite
sur les conditions de détention ou de libération. Le communiqué du
ministre secrétaire général à la Présidence de la République n'apporte
pas également plus d'indications.
Mais selon les informations contenues dans le numéro de lundi dernier
du journal l'Œil du Sahel : «des négociations pourraient avoir été
menées avec des Camerounais opérant pour Boko Haram dans l'Extrême
Nord». Le rédacteur de l'article, Guibaï Guitama, fait savoir que de
«nombreuses sources locales s'accordent aujourd'hui à admettre que les
prises d'otages sont le fait d'une mafia locale implantée
principalement dans le Mayo-Sava». Ce dernier ajoute : «cette mafia
s'est associée aux groupes armés du Nigéria, notamment des éléments de
Boko Haram, avec qui ils se partagent la rançon en cas de succès».
Guibaï Gatama fait une analyse pertinente : l'enlèvement des trois
religieux en avril dernier dans la localité de Tchéré dans le
département du Diamaré n'a pas été revendiqué par Boko Haram. Tout
comme celui du père Vandenbeush en novembre 2013 dans la localité de
Nguétchéwé dans le Mayo-Tsanaga. Même si le mode opératoire est
semblable à celui de ce groupe, l'Œil du Sahel évoque l'implication
d'une mafia associée à certains éléments de Boko Haram sans l'aval de
«la direction centrale». Justification : c'est le député Rdpc Abba
Malla qui a été le principal négociateur avec les ravisseurs.
Processus de libération
En rappel, «c'est ce député proche d'Amadou Ali qui avait été à la
manœuvre dans la libération de la famille Moulin-Founier». Et comment
comprendre que toutes les libérations se font dans le Mayo-Sava ? Les
noms d'Amadou Ali et de Cavaye Yéguié Djibril, Abba Malla reviennent
toujours dans le processus de libération.
Autre précision faite : le lieu de détention des otages. Différentes
sources font savoir que les otages étaient en captivité sur le sol
camerounais. Difficile de le savoir. L'hebdomadaire du septentrion
mentionne que les otages ont été déposés au pied de la montagne
«Greya», à environ 15 km d'Amchidé, localité frontalière avec le
Nigéria, située dans le Mayo-Sava. «Là, dans la brousse séparant le
Cameroun et le Nigéria».
© Mutations : Ibin Hassan

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