La boîte noire chargée d'enregistrer les conversations dans le cockpit n'a pas fonctionné, ce qui prive les enquêteurs de données précieuses.
Des soldats sur le site du crash d'un avion d'Air Algérie qui a fait 118 victimes dans le nord du Mali. © Dircompf / AFP
Deux semaines, jour pour jour, après l'accident du vol AH5017 d'Air Algérie au Mali, les premiers éléments sur les circonstances du crash vont être révélés par les enquêteurs français, qui pourraient esquisser un premier scénario de la tragédie. Mais leur enquête pourrait se compliquer singulièrement, car une des boîtes noires, celle qui enregistre les conversations dans le cockpit, serait muette, ce qui les priverait de données essentielles.
L'avion, loué auprès de la société espagnole SwiftAir, s'est désintégré en s'écrasant, avec des débris dispersés sur plusieurs centaines de mètres, selon plusieurs responsables et spécialistes présents sur les lieux. Immatriculé EC-LTV, le McDonnell Douglas MD83, qui devait relier Ouagadougou à Alger, s'est écrasé dans le nord du Mali moins d'une heure après son décollage. Après avoir annoncé que 118 personnes avaient péri dans l'accident, les autorités ont précisé vendredi dernier que deux d'entre elles n'avaient finalement pas embarqué, ramenant le bilan définitif à 116 morts, dont 54 Français (pour certains binationaux), 23 Burkinabés, 8 Libanais et 6 Algériens. Les six membres de l'équipage, tous Espagnols, ont été tuées.
Boîte noire défectueuse ?
Les enquêteurs du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), qui organisent une conférence de presse jeudi après-midi, ont jusqu'à présent tenu strictement secrètes les premières informations qui permettraient d'envisager des pistes explicatives. Juste après le crash, ils ont été désignés comme investigateurs de l'enquête technique par les autorités maliennes. Ils ont réceptionné le 28 juillet les deux enregistreurs de vol du MD-83 accidenté, plus connus sous la dénomination de "boîtes noires". Le BEA est l'un des seuls organismes au monde disposant d'outils et de spécialistes capables de décrypter les enregistreurs de vol, y compris lorsqu'ils ont été particulièrement endommagés.
La première boîte noire, qui a enregistré les paramètres du vol (vitesse, altitude, trajectoire, etc.) de l'avion, a pu être lue le jour même. La seconde, utilisée pour enregistrer les conversations de l'équipage dans le cockpit et leurs annonces en cabine, serait défectueuse, selon Europe 1, et n'aurait pas enregistré les conversations de l'équipage. Interrogé par l'AFP, le BEA s'est refusé à confirmer ou infirmer cette information, renvoyant à la conférence de presse prévue dans l'après-midi. Si tel était le cas, cela priverait les enquêteurs d'éléments essentiels pour la compréhension de l'accident, notamment le comportement et les réactions de l'équipage. La dimension humaine s'était révélée essentielle dans le crash du Rio-Paris survenu en 2009.
Ce point de presse se tient au lendemain du retour, en France, des gendarmes français, envoyés sur la zone d'accident, dans le nord-est du Mali pour collecter notamment les restes humains à des fins d'identification des victimes. Aux côtés d'homologues maliens, espagnols et algériens, ils ont passé une semaine à ratisser le site, proche de la ville de Gossi, à environ 150 kilomètres de Gao.
"Nous avons procédé à un peu plus de 1 000 prélèvements. Scientifiquement, nous avons une forte probabilité d'identifier toutes les personnes", a assuré le colonel Patrick Touron. Selon lui, "l'avion est tombé avec une très grande vitesse verticale, parce qu'il s'est littéralement pulvérisé". "Le choc a été quasi instantané", a-t-il estimé.
Le 29 juillet, le directeur du BEA, Rémi Jouty, avait déclaré qu'il espérait avoir un scénario de l'accident dans quelques semaines. La lecture des boîtes noires puis leur analyse sont cruciales dans un accident d'avion. Grâce à ces enregistrements, près de 90 % des accidents peuvent être expliqués.
Un avion commercial possède réglementairement deux boîtes noires, appelées en anglais DFDR (Digital Flight Data Recorder), celle qui a pu être lue dans le cas du vol AH5017, et CVR (Cockpit Voice Recorder). Le DFDR enregistre seconde par seconde tous les paramètres sur une durée de 25 heures de vol. Le CVR, l'enregistreur de vol "phonique", comprend les conversations, mais aussi tous les sons et annonces entendus dans la cabine de pilotage. Une analyse acoustique poussée permet même de connaître le régime des moteurs.
Le BEA mène une enquête purement technique qui n'a pas pour but de rechercher et de déterminer les responsabilités pénales, qui elles, sont du ressort de la Justice. Sur le volet judiciaire, trois enquêtes ont été ouvertes : au Mali, en France et au Burkina Faso.

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