Le président ukrainien a débloqué un budget pour l'armée alors que l'économie de son pays est au point mort. Il doit rencontrer le président russe pour "parler de paix" ce mardi.
Vladimir Poutine et Petro Porochenko s'entretiennent à Minsk, ce mardi. Pour cette deuxième entrevue des présidents russe et ukrainien, ce dernier a promis de "parler de paix". Pendant ce temps, les combats font toujours rage dans l'est de l'Ukraine: les séparatistes prorusses ont lancé une offensive au sud de Donetsk, tandis que l'armée de Kiev tente toujours de conquérir ce bastion séparatiste. En quatre mois, ce conflit a fait plus de 2000 morts.
Pour les Européens, les discussions sont cruciales. Leur effort diplomatique "traduit leurs craintes que la situation en Ukraine, hautement volatile, pourrait atteindre prochainement un nouveau paroxysme", analyse la chercheuse Isabelle Facon dans une tribune au Figaro. La Russie a d'ores et déjà annoncé l'envoi d'un second convoi humanitaire.
L'Europe demande des concessions
Mais l'heure de la diplomatie a-t-elle sonné? Ce week-end, avant la fête de l'indépendance ukrainienne, Angela Merkel a tenté sa chance. Elle s'est rendue à Kiev avec une enveloppe sous le bras: 500 millions d'euros pour la reconstruction de la région sinistrée du Donbass, une fois la guerre terminée. Manière de prendre position sur l'échiquier de l'est de l'Ukraine, alors même que les Russes faisaient entrer son premier convoi humanitaire sans permission, commente Le Monde.
Manière aussi d'intéresser la Russie et l'Ukraine à la solution diplomatique. Pour certains experts, cités par La Tribune, cette rencontre était l'occasion d'inciter Petro Porochenko à faire des concessions, afin de désamorcer une situation qui connaît une regain de tension depuis la mi-août. L'idée de "fédéralisation", un des objectifs de Vladimir Poutine pour l'est ukrainien -- dont la population est en partie russophone -- a d'ailleurs été évoquée par le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel, sans être repris par la chancelière, qui s'est contenté de préciser qu'au sens allemand, "fédéralisation" se rapproche plutôt de "décentralisation".
Poutine pourrait y voir un intérêt
La présence de Vladimir Poutine et de Petro Porochenko ce mardi est donc bon signe, même si la réunion a peu de chance de changer la donne sur le fond: Moscou devrait demander l'arrêt des opérations contre la population civile ainsi que des garanties sur le fait que l'Ukraine n'adhérera pas à l'Otan, estime Le Figaro. En face, Kiev devrait exiger que l'aide russe aux séparatistes cesse. Mais Moscou nie toujours son existence.
Les Occidentaux seraient-ils seuls à souhaiter cette issue? Par forcément. Poutine "peut être intéressé à des options diplomatique", estime Isabelle Facon, pour deux raisons: intervenir serait, selon Poutine, "ce à quoi veut l'entraîner Washington". De plus, la population russe ne l'y pousse pas.
L'Ukraine n'a pas les moyens d'une guerre
Ce week-end, le président ukrainien a envoyé, lui, d'autres signaux. Lors de son discours dimanche, il a rappelé l'importance de la souveraineté de son pays et annoncé un nouveau budget de 2,2 milliards d'euros pour l'armée ukrainienne, d'ici deux ans -- sans en préciser le financement.
Cette annonce a été faite alors que l'économie ukrainienne est à l'agonie. Elle s'est contractée de 5% en un semestre, explique le Financial Times, et l'agriculture ne pourra pas continuer à compenser le déficit d'activité industrielle, un secteur très important du Donbass. Le FMI prévoit un repli de l'économie de 6,5% sur un an, certains économistes tablent sur 8%. Même si la guerre prend fin rapidement, de nombreuses infrastructures nécessaires à la reprise de l'activité économique sont détruites. Et les 500 millions apportés par Angela Merkel sont bien peu de chose face à cette réalité.
Porochenko dans une impasse
La situation de Porochenko ressemble fort à une impasse: "La tension s'accroît pour le gouvernement ukrainien, soumis à la double pression du conflit et de la difficulté à mettre en oeuvre les réformes douloureuses demandées par le FMI", explique Isabelle Facon.
Sur le front, plusieurs mois de conflit n'ont pas suffi à rendre la frontière avec la Russie hermétique, ni à isoler les séparatistes. En revanche, ils ont pesé sur la population. 285 000 Ukrainiens ont quitté la région, selon l'ONU, dont 168 000 ont rejoint la Russie. Nombre d'entre eux disent ne pas vouloir y retourner une fois la guerre terminée. Certains questionnent l'attitude de l'armée qui bombarde sa propre population, rapporte le Financial Times, et sont tentés de soutenir les séparatistes.
A Kiev, la crise est aussi politique. La semaine dernière, la personne chargée de la lutte contre la corruption a démissionné parce que sa "présence était vaine". Le ministre de l'Economie a également jeté l'éponge. "Le grand élan réformateur du mouvement de Maïdan s'est enlisé dans l'effort de guerre", note Le Monde. Elu pour redresser l'économie et juguler la corruption, Porochenko est entré en guerre. L'absence de fonds pourrait le contraindre à y renoncer.
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