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mercredi 4 février 2015

Les gagnants 2015 de l'Open d'Australie ont un point commun: s'être construits dans l'adversité. Et c'est ce qui fait leur force aujourd'hui.

Ecrit par bbela  |  le  mercredi 4 février 2015 pas de commentaires

 

Serena - Djokovic : envers et contre tous

L’Open d’Australie 2015 a donc sacré les deux N°1 mondiaux, Serena Williams et Novak Djokovic. C’est d’ailleurs la première fois que ces deux-là remportent en même temps le même tournoi du Grand Chelem. L’info est anecdotique bien sûr mais elle permet d’associer ces deux champions aux racines communes, deux champions qui se sont bâtis contre…

A chaque nouveau titre du Grand Chelem de Serena, je reste épaté par la joie infantile qu’elle laisse exploser après la victoire comme si elle était encore une gamine. Pourtant, elle vient de soulever son 19e titre majeur, dépassant d’une unité Chris Evert et Martina Navratilova. Serena 33 ans, comme Martina Navratilova l’année de son ultime titre majeur, n’est plus une enfant depuis longtemps et seize années séparent désormais son premier titre du Grand Chelem, à l’US Open 1999, de cette sixième victoire à Melbourne. C’est un extraordinaire record, qu’elle pourrait encore améliorer, puisque son nouveau but est d’égaler les 22 couronnes de Steffi Graf. L’Allemande, elle, avait amassé son impressionnant magot sur une durée de « seulement » 12 ans, remportant son ultime succès à 29 ans. Graf a donc gagné plus -pour le moment- mais sur moins longtemps. A chacune sa forme de boulimie.

Serena prend son temps en quelque sorte, à un âge où tout devient forcément plus difficile pour elle. C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus fascinant, ces champions qui n’abdiquent pas. Où trouvent-ils encore l’énergie physique et mentale qui leur permet d’être toujours les plus forts ? L’élixir de la victoire est-il à ce point enivrant qu’on ne peut plus s’en priver ? Sans nulle doute, sinon pourquoi continuer à travailler autant à l’heure où pas mal ont rangé leur raquette et coulent des jours tranquilles. Mais cette envie de croquer dans la pomme, encore et encore, a forcément des origines. Il en va d’ailleurs de même pour Venus, l’aînée, toujours dans le coup malgré son syndrome de Sjögren*.

Chez les Williams où la vie n’a pas été toujours facile, le combat pour survivre est une vertu cardinale, une valeur qui guide leur vie. Les fins de mois difficiles, le racisme -même déjà championne, elles en encore ont souffert à Indian Wells où elles n’ont jamais remis les pieds depuis 2001- un physique hors norme qu’il a fallu accepter -« aucune sportive n’a une poitrine comme la mienne » rappelle Serena- sont autant d’obstacles qui lui ont forgé ce caractère de fer. Sans évoquer ses multiples blessures ou l’embolie pulmonaire dont elle a réchappé de peu en mars 2011. Sans parler de revanche sur la vie, il y a évidement chez cette jeune femme une volonté sans limite de profiter jusqu’au bout, de ce qui la rend peut-être la plus heureuse : vibrer et gagner sur un court de tennis. Et vivre jusqu’à plus soif la gloire qui va avec.

Novak Djokovic, 27 ans, est encore un jeunot aux côtés de Serena. Mais pour lui aussi, la vie n’a pas été un long fleuve tranquille. La guerre en ex-Yougoslavie alors qu’il était enfant, l’exil dans l’académie de tennis de Nikki Pilic dès l’âge de 12 ans ont forgé son indéfectible envie de réussir et sa solidité mentale, l’une des clefs de sa réussite future. Car, même devenu un bon joueur professionnel, il fallait sacrément croire en soi pour vouloir tutoyer les étoiles à une époque où deux cannibales, Roger Federer et Rafael Nadal, croquaient titre sur titre.

Contemporain des deux plus grands joueurs de l’histoire ! Encore un coup du sort, finalement. Face à cette adversité nouvelle, Djokovic va alors se bâtir un tennis à l’image de ce que fut sa vie lors de ses jeunes années : encaisser les coups durs, ne pas baisser la tête, puis répliquer ! A l’instar d’ailleurs de cette finale 2015 à Melbourne contre Andy Murray, contraint après trois heures de bras de fer de courber l’échine devant la résistance de cet adversaire qui a érigé la défense, la relance et le contre en art absolu. A tel point que c’est Murray qui a fini complètement sonné, incapable de remporter le moindre jeu dans le quatrième et dernier set, tout comme Stan Wawrinka dans la cinquième manche de sa demi-finale contre le Serbe, deux jours plus tôt.

Avec ce cinquième titre à Melbourne, record dans l’ère Open, Djokovic totalise désormais huit succès majeurs. Le voilà aux côtés d’Andre Agassi, Jimmy Connors, Ivan Lendl, Fred Perry et Ken Rosewall. En bonne place, déjà, dans l’histoire du jeu, là où il voulait être, respectable désormais. Djokovic a longtemps souffert de n’avoir pas forcément la même cote d’amour que Federer ou Nadal. Ce qui l’avait conduit, parfois, à quelques maladresses en terme de com’. Mais pour séduire les foules, mieux vaut empiler les titres, devenir ainsi incontestable et incontesté. Il l’est. Plus que jamais. Et comme Serena, parce qu’il y aura toujours quelques ardoises de la vie à effacer, Djokovic fera tout pour prolonger le plaisir très longtemps encore…

PS : Petit message il y a deux jours de Gilbert Ysern, le patron de la FFT, suite à mon dernier post sur le dopage. J’y faisais remarquer, en substance, que les instances du tennis devaient mettre encore plus de moyens pour chasser les tricheurs afin qu’il n’y ait plus de place au doute quant à l’efficacité de cette lutte anti-dopage. Gilbert Ysern m’a donc adressé le mail suivant que je vous livre bien volontiers -ce n’est pas à sa demande, je le précise, mais comme il est intéressant, je prends donc cette liberté-  :

 

Très sincèrement, le programme du tennis international, piloté par l’ITF, me semble bon, et en très gros progrès depuis 2 ans. Une chose le pénalise lourdement, en image et en communication. Les chiffres communiqués sont le plus souvent les chiffres totaux par sport, agrégeant les contrôles effectués par les Fédérations internationales et les agences nationales (chez nous l’AFLD). Or, réputation oblige peut-être, les agences nationales exercent l’essentiel de leurs contrôles dans le foot et l’athlétisme. Dès lors, lorsque les chiffres sont agrégés, ils font apparaître une faiblesse du tennis, par comparaison par exemple avec le cyclisme. C’est d’ailleurs pour cela que nous venons de mettre en place, nous FFT, un partenariat avec l’AFLD pour l’année 2015 : nous allons payer l’AFLD pour qu’elle fasse davantage de contrôles dans le tennis français.

La FFT va donc accentuer les contrôles dans le tennis français. C’est très bien. Puisse d’autres fédérations s’en inspirer afin de soutenir la démarche globale des instances internationales. Et effrayer un peu plus ceux qui seraient tentés de franchir la ligne jaune.

* Le syndrome de Sjögren est une affection chronique caractérisée par une insuffisance des glandes salivaires et lacrymales qui cause une sécheresse de la bouche et des yeux. Il touche également d’autres parties du corps dont les articulations, les muscles et les nerfs ainsi que les poumons, les reins ou des glandes comme la thyroïde. (source arthrite.ca)

 

 

https://fr.sports.yahoo.com/blogs/jeu-decisif/serena-djokovic-envers-et-contre-tous-173633160.html




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